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D’aucuns jugeront ces sujets alarmistes alors que la période nous contraint à ne penser que “santé publique“ et “économie” ou a contrario à verser dans les “happy news” pour éviter la déprime générale et la gouvernance par la peur…

D’autres argueront du fait que nous ne pesons pas grand chose dans la balance mondiale de l’émission de gaz à effet de serre, et qu’en cela nos éventuels efforts ne pèseraient rien ou presque.

Et puis il y aura les sceptiques inconditionnels qui nieront la réalité humaine dans le réchauffement climatique comme ils nient la réalité de la pandémie ou doutent de l’efficacité de la vaccination… jusqu’à ce qu’ils aient besoin d’oxygène.

Qu’importe ! Certains ont su s’inscrire dans l’histoire en prêchant dans le désert…

D’abord… la saison cyclonique pourrait bien évoluer !

L’université de Princeton le dit : si la réduction d’émission de CO2 n’est pas plus rapide, les zones tropicales seront rapidement invivables

Ces émissions de CO2 dont on parle crescendo depuis que la corrélation est faite avec le réchauffement climatique, l’extinction des espèces, la perte de biodiversité; la récurrence des catastrophes naturelles, se sont invitées à l’Université de Princeton dont on ne peut nier le sérieux puisqu’elle surclasse Harvard.

Les chercheurs se sont penchés sur les effets planétaires en fonction des climats. Notre climat, tropical, se caractérise par des températures élevées et une forte humidité de l’air. Ils ont déterminé que si les gaz à effet de serre étaient suffisamment réduits pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, les tropiques devraient éviter d’atteindre des températures et des taux d’humidité incompatibles avec la vie humaine.

Ce pourrait être une très bonne nouvelle de prime abord mais il se trouve que cet objectif d’une augmentation de 1,5°C est le plus strict de ceux établis par l’Accord de Paris de 2015, est qu’il apparaît de plus en plus hors de portée. Au delà du fait que nous sommes concernés au premier chef, il est important de noter que 40% de la population mondiale vit un climat tropical et l’échec de la réduction forte de l’émission de gaz à effet de serre engendrera des flux migratoires sévères, de véritables exodes de réfugiés climatiques.

A Saint-Martin, le climat est tropical et nous disposons de la compétence énergie, pourquoi ne pas en faire quelque chose ?

Que faut-il pour réduire le réchauffement climatique? La réponse courte est une moindre dépendance aux combustibles fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel) et une plus grande utilisation de sources d’énergie propres telles que l’énergie solaire et éolienne. En la matière, nous sommes non seulement mauvais puisque dépendant à 100% de la centrale EDF dont les générateurs tournent gentiment au pétrole, mais nous sommes aussi incapables d’assumer la compétence “énergie” qui est la nôtre depuis 2012, part du package en deux temps de l’évolution statutaire.

Nous n’aurions donc en matière climatique aucun rôle à jouer sur la scène mondiale car trop insignifiants alors que nous restons encore convaincus que cette insignifiance n’est pas une réalité lorsque nous nous convainquons intrinsèquement que nous sommes incontournables sur le marché du tourisme. Et si nous nous servions de cette image survitaminée, largement financée pour aussi devenir exemplaires en termes de lutte contre le réchauffement climatique ? Paramètre qui, vous en conviendrez, ne nuirait de plus pas à notre image à l’international !

En attendant, les autorités françaises en matière de climat n’ont pas réagi à cette prise de conscience américaine, le coq se doit de pérorer un peu avant de s’aligner.

Ensuite… le bilan de la phase II du plan séisme antilles

Le Plan séisme Antilles n’a plus de secret pour personne ou ne devrait plus en avoir :
“Les Antilles françaises sont les régions du territoire français où l’aléa et le risque sismiques sont les plus forts. À la suite des séismes qui se sont déroulés aux Saintes en 2004 et en Martinique en 2007, l’État a mis en place, dès 2007, le plan séisme Antilles, pour assurer la meilleure sécurité possible aux résidents antillais. Prévu pour une durée de 30 ans, l’axe majeur en est la réduction de la vulnérabilité du bâti, et en particulier du bâti existant, qui est le principal moyen de sauver des vies humaines.”

Le “PSA” est évalué fréquemment et notamment à l’issue de chacune de ses phases, Phase I 2007-2013, une phase transitoire 2014-2015 et une phase II 2016-2020 qui vient donc de s’achever.

Le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire s’est donc comme à l’accoutumée fendu d’un rapport d’évaluation à l’échelle des Antilles Françaises et dans lequel Saint-Martin est naturellement citée… mais pas vraiment en exemple.

Globalement, les études menées en début de la phase I sur les bâtiments scolaires avaient démontré qu’en Guadeloupe, en Martinique, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy, 543 écoles étaient à mettre en sécurité, avec, en première estimation, 319 écoles à renforcer et 224 à reconstruire.

À Saint-Martin, les bâtiments du lycée polyvalent des îles du Nord ont fait l’objet de travaux sur la passerelle et les escaliers du lycée (coût global de 1,7 M€) en 2015 et se sont terminés en 2016. A la suite du passage du cyclone Irma en septembre 2017, “il conviendra de redéfinir éventuellement les travaux à mener sur cet établissement”… oui mais quand ?

1 seule école primaire de 14 classes avait fait l’objet d’une réhabilitation terminée à fin 2016.

En termes d’établissements scolaires, rien ne figure au bilan de la phase II, 2016-2020,  en ce qui concerne Saint-Martin même si l’on devine, suppose ou ose espérer que la reconstruction post-Irma n’aura pas manqué d’user des fonds disponibles en matière d’intégration du risque sismique et que ce vide sidéral n’est que la résultante d’un oubli ou d’une difficulté à évaluer l’intégration sismique de cette large reconstruction post-Irma, mais le document n’était encore qu’un document de travail… en juillet 2020…

Selon l’évaluation, “Les bâtiments des établissements d’enseignement privé et les autres bâtiments accueillant en nombre important un public vulnérable doivent faire l’objet d’un effort particulier.”

Pour ce qui est des logements sociaux, 2 opérations ont été menées sur le patrimoine de la SIG et concernent 155 logements et un montant de 3,9M€. Aucune information n’est disposnible quant aux programmes développés par SICOA et surtout par la SEMSAMAR.

Le SDIS, bâtiment des pompiers, n’a pas fait l’objet d’expertise…

Au niveau “santé publique”, seul l’hôpital Louis Constant Fleming livré en 2013 répondrait à des normes suffisantes. Quid de l’EHPAD par exemple ?

Au niveau des bâtiments industriels classé SEVESO (sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs), la centrale EDF a fait l’objet d’une étude sismique en 2010 et a été mise en demeure en décembre 2015.

Saint-Martin dispose d’études de microzonage sismique depuis 2016 mais qui n’ont pas été traduites en PPRs même si cela reste un objectif puisqu’en application en de l’article R. 563-8, le PPRs pourrait définir des règles de construction plus adaptées à la nature et à la gravité locale du risque. On devine que la tâche sera ardue si l’on se réfère à l’interminable révision du PPRn qui prive le territoire d’un réel développement s’inscrivant dans la durabilité.

Et en la matière, la tâche est beaucoup plus aisée et moins coûteuse de poser des adaptations pour les constructions futures que de trouver les financements nécessaires pour “upgrader” le bâtiment existants, qu’il soit public ou privé.

On notera le travail parlementaire réalisé par le sénat lors de l’adoption du Projet de Loi de Finance 2021 et qui permet grâce à l’approbation d’un amendement visant à harmoniser l’intervention du fonds Barnier, en permettant de procéder comme dans les Programmes d’action de prévention des inondations (PAPI) : définir les travaux éligibles et s’appuyer sur les collectivités locales qui connaissant bien leurs territoires, les constructions et les habitants notamment pour réaliser les études de diagnostic.

Bref, le chantier est encore vaste à Saint-Martin sur le volet sismique ! Beau projet électoral pour celle ou celui qui voudra bien s’en emparer !

Mais cela bouge au niveau des normes de construction !

Sur le volet sismique, un arrêté du 30 décembre 2020 modifie l’arrêté du 22 octobre 2010 relatif à la classification et aux règles de construction parasismique applicables aux bâtiments de la classe dite “à risque normal”.

Un arrêté que ne peuvent ignorer les architectes puisque depuis le 1er Janvier 2021, il est supposé conditionner l’obtention des permis de construire si toutefois les services de la Collectivité on bien intégré la portée du l’arrêté. La zone de sismicité “5”, spécifique aux antilles, imposait jusque là que les constructions répondent aux règles édictées par le document “Construction parasismique des maisons individuelles aux Antilles, CP-MI Antilles” datant de 2004. Il convient depuis le premier janvier de se rapporter à un nouveau document, autrement plus précis : “Guide de construction parasismique des maisons individuelles, DHUP CPMI-EC8 zone 5 édition 2020”. Une donnée intéressante et qu’il s’agit de prendre en considération localement puisque Collèges 600 et 900, nouvelle préfecture et autres constructions sont sur les rails.

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Sur le volet cyclonique et si l’on connait à Saint-Martin les petits fascicules qui ont été édités pour nous épauler dans le respect des règles en termes de recpnstruction, la Caisse Centrale de Réassurance/Météo-France et RiskWeatherTech ont livré en février 2020 une étude sur l’évolution du risque cyclonique en Outre-mer à l’horizon 2050.

Au delà d’une grande et croissante exposition au risque cyclonique, l’étude pointe les Milliards d’euros potentiels des reconstructions futures. Pour faire fondre l’addition, un seul moyen, rajouter la couche cyclonique à la couche sismique en termes de règles de constructions et l’on devine qu’une réforme nécessaire de la coûteuse mécanique “catastrophe naturelle” se dessine.

À horizon 2050, les résultats montrent que la sinistralité augmenterait de 20 % sur l’Outre-mer du fait de l’accroissement de la fréquence moyenne des cyclones (selon CORDEX) et de la hausse du niveau de la mer.”

Extrait de évolution du risque cyclonique en Outre-mer à l’horizon 2050
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En ce sens, le gouvernement lance une concertation pour établir de nouvelles normes para-cycloniques applicables au secteur de la construction. La réglementation devrait donc elle aussi évoluer en la matière assez rapidement et s’adapter à la réalité changeante des contraintes spécifiques à chaques territoires.

Le travail,  mené sous l’égide des préfets, doit aboutir à l’été et se fera en concertation avec les maîtres d’ouvrages et les professionnels du secteur.

Il s’appuiera notamment sur les conclusions de la délégation interministérielle aux risques majeurs Outre-mer que dirigeait Frédéric Mortier jusqu’à sa récente dissolution.

Le pain est là, la planche aussi et le temps passe !

Faisons nous aussi le vœu, qu’avant 2022 et les promesses électorales, une prise en considération profonde et transversale sera à l’ordre du jour de nos politiques locales, au bénéfice de notre contribution à la lutte contre le réchauffement que nous payons cher de façon récurrente, d’une intégration plus sérieuse du risque sismique avant qu’il ne s’impose violemment et d’une image forte de nos consciences sur ces sujets qui ne peut que bénéficier au tourisme..

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