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Le tourisme s’est imposé comme une évidence et a vécu ses heures de gloire à Saint-Martin sur la base d’un capital exceptionnel, fait de plages inoubliables, d’un climat appétant et d’une population originelle profondément accueillante qui a su y trouver “son compte”.

Le tourisme, activité centrale, une évidence mais jusqu’à quand ?

Mais les choses évoluent et les aléas sont terriblement là, qu’ils soient climatiques ou sanitaires. Les destinations à l’échelle mondiale ont su fleurir et fleurissent encore, les offres sont particulièrement appétentes, la qualité de service est croissante… et, il faut bien l’avouer, notre offre en la matière n’est plus ce qu’elle était : le parc hôtelier est vieillissant même si les professionnels déploient des moyens considérables pour le maintenir “up to date”, l’accueil de la population n’est plus celui des années 90, la vitrine que fut Marigot n’est plus que l’ombre d’elle même, le prix des billets d’avion avant la pandémie était déjà régulièrement inabordable et la fluctuation des tarifs depuis un an couplée à la variabilité des formalités et des contraintes rend les billets aléatoires voire inaccessibles.

Notre pilier central reste une micro-économie à l’échelle du secteur touristique mondial et certains principes de réalité devraient s’imposer à nous, ce qui n’est pas évident puisque nous avons tous le nez dans le guidon, oubliant certainement de le relever parfois pour jouir dune vision plus large. Quel que soit ce que nous déployons localement en termes d’infrastructures et en termes de communication pour que la destination rayonne, et au delà des coups bas plus ou moins fondés dont nous sommes l’objet à l’échelle nationale au travers de médias mal informés, le rebond touristique s’il doit apparaître ne se fera pas pour ce qui nous concerne et au regard de notre double-insularité sans les compagnies aériennes…Or, celles-ci sont en difficulté croissante directement imputables à la crise sanitaire et aux contraintes de déplacement liées, tout comme les exploitants d’infrastructures aéroportuaires d’ailleurs, les dernières décisions du Conseil Territorial en la matière attestent. Il n’est d’ailleurs pas irréaliste de se demander si pour conserver son délégataire, et si la crise sanitaire perdure, la Collectivité ne sera pas obligée de le perfuser annuellement.

Période d’exception oblige, nous ne nous étalerons pas sur la réalité de la continuité territoriale qui déjà avant la pandémie posait le résident saint-martinois en otage des compagnies aériennes, surtout en période de vacances scolaires.

La réalité du transport aérien aujourd’hui

C’est une évidence, les flux sont plus que perturbés et puisque nous ne dépendons que d’eux ou presque l’économie saint-martinoise vit un repli sur elle-même et sur le socle le plus solide composé de l’activité anthropique, des salaires des fonctionnaires et des minimas sociaux. Le privé tire la langue, les restos font le dos rond… bref, les touristes, ceux qui venaient encore avant la pandémie ne sont pas là ou trop peu nombreux pour que la machine économique ne vive pas de sérieux ratés.

L’aéroport de Pointe à Pitre en janvier 2021 affichait une baisse de trafic passagers de l’ordre de 31% par rapport à janvier 2020. En Martinique, le trafic avec la métropole est de 15% inférieur à celui observé en janvier 2020. Le réseau régional affiche 66% de son niveau de janvier 2020. Vers l’aéroport l’Espérance de Grand Case et Saint Barthélémy le trafic est en baisse de 16% globalement, une donnée qu’il faut pondérer par le fait que St Barth vit elle un accroissement de 10%… c’est vous dire la difficulté à Grand-Case ou la baisse est estimée à 23%.

En France, l’industrie du tourisme représente 7,2 % du PIB français, et environ 2 millions d’emplois directs et indirects. Si son savoir-faire est reconnu partout dans le monde, le secteur doit désormais inventer le tourisme de demain pour se relancer après la crise.

BPI France

A l’échelle mondiale et malgré le soutien large des gouvernements, les compagnies aériennes n’envisagent pas une reprise aussi rapide que prévu. Si la vaccination accélère un peu partout avec les couacs que l’on connaît, l’apparition de variants les uns après les autres, les fermetures de frontières, les reconfinements etc, l’Association Internationale du transport aérien ne voit pas d’embellie possible avant l’été… au mieux. Quand l’IATA parle d’embellie à l’été, dans le meilleur des cas, elle ne parle pas d’un retour à la normale, elle espère un trafic estival qui puisse atteindre 38% de ce qu’il était en 2019, 50% à fin 2021 !

Le manque à gagner pour le secteur aérien en 2019 est déjà estimé à 328 milliards de dollars. La compagnie Air France n’assure que 45% et les avions ne sont pas pleins. La direction affirme perdre plus de dix millions d’euros par jour et prévoit 7700 licenciements. Ryanair a licencié 15% de son personnel. 15 compagnies aériennes ont disparu en 2020, 20 à 30 sont menacées. Les méthodes de travail qui ont vu l’avènement de la visio et de la dématérialisation vont aussi jouer un rôle dans la reprise du trafic et notamment du trafic business.

“C’est l’occasion de gagner plusieurs années de maturité sur la réponse aux nouveaux besoins des clients, de faire levier pour se projeter massivement vers l’avenir. Il s’agit de soutenir les entreprises qui ont été fragilisées, et surtout de leur permettre de se réinventer dans le tourisme français du futur“

a affirmé Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, à l’AFP lors de l’annonce du Plan Relance Tourisme

Alors, à court terme ? Tout tourisme ?

Le tour d’horizon est suffisant pour espérer, encore, ou émettre le vœu, c’est très tendance, que nos édiles, au delà de se pencher sur le sauvetage à tout prix de notre avenir touristique et de le repenser, s’offrent aussi le luxe de ne pas faire un pari unique et se portent aussi sur la diversification d’une activité endémique, pourquoi pas en endossant la compétence énergie qui est nôtre depuis 9 ans, ou en anticipant le transfert de la compétence environnement, en pensant agriculture, permaculture, qualité de vie, nouvelles technologies, déplacement urbains, réhabilitation de l’habitat insalubre, insertion, désenclavement numérique et pourquoi pas en se tournant un peu plus vers la mer que vers l’aérien… Car pendant que l’on rêve d’un retour à un trafic aérien optimum, d’autres et pas des moindres, affirment que tant que l’avionique green n’aura pas émergé, le secteur restera un très gros consommateur d’énergie fossile et ne doit pas renouer avec l’emballement qui caractérise sa croissance au XXIème siècle.

“Les innovations n’empêcheront pas la nécessité de modérer le trafic aérien pour rester sous la barre des +2°C”

Grégoire Carpentier de Supaéro Décarbo
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