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On pensait que le changement de présidence du Conseil économique, social et culturel aurait signé la fin des tensions historiques entre l’organe consultatif de la Collectivité et son exécutif, mais le président Gibbs a mis un terme prématuré à la lune de miel, lors du conseil territorial du mois dernier. 

11 février 2021, Round 1 :  COM 1

Daniel Gibbs avait alors vertement recadré le directeur du CESC tancé d’avoir rédigé un avis trop étayé et technique sur le sujet aéroportuaire, un comble pour un technicien, juriste de formation et sans doute recruté pour ces compétences même…

“Monsieur le Directeur, je suis un peu déçu sur un certain nombre de choses vis-à-vis du CESC à qui vous êtes chargé de donner conseil, et des avis d’opportunité et non pas des analyses techniques et juridiques. Vous compilez analyste juridique, juriste, avocat, technicien, médiateur, juge, c’est super… (…). En tous cas, ce qu’on vous demande, c’est un avis d’opportunité, pour l’avis juridique, nous avons nos instances…”

Daniel Gibbs à Sébastien Culetto le 11 février 2021

Un peu plus tard, lors de cette réunion, c’est le vice-président Yawo Nyuiadzi qui demandait au président du CESC, Julien Gumbs, de “tenir sa place” après avoir remis en question son “honnêteté intellectuelle”.

Le cadre et le format des conseils territoriaux n’ont pas offert aux incriminés le loisir de répondre sur site à ces remarques suffisamment inconvenantes pour que le conseiller Charville s’en offusque. Mais le CESC n’entend pas pour autant en rester là et semble vouloir rééquilibrer les choses, si l’on en croit le préambule de son avis sur les orientations budgétaires 2021.

31 mars 2021, Round 2 : CESC 1

On notera d’abord, et nous nous en félicitons au titre de la démocratie participative, que les avis du CESC sont maintenant mis à disposition du public en amont des Conseils Territoriaux via la page Facebook de l’institution.

Dans leur avis du 26 Mars, les membres ont ainsi souhaité “rappeler à toute autorité publique et à la société civile qu’ils représentent qu’ils sont nommés par le représentant de l’Etat et, qu’à ce titre, ils sont autonomes vis-à-vis de leur Collectivité de rattachement pour formuler leur avis. (…) Le Conseil économique, social et culturel est la quatrième institution de la Collectivité de Saint-Martin au sein de laquelle le débat démocratique est un point d’honneur. (…) Par conséquent, le Président du CESC, dans son rôle de représentation de l’institution en toutes circonstances, en particulier lors de la lecture des avis en Conseil territorial, exprime le fruit de la réflexion collective et démocratique de cette dernière dans le seul intérêt général du territoire.” 

Comprenez en clair que si la Collectivité rémunère le directeur mis à disposition du CESC, cela ne lui confère pas le droit de lui dicter son travail et le contenu des avis, fruit de la concertation des membres du Conseil. D’autre part, il est demandé de ne pas tirer sur le messager, le président Gumbs en l’occurrence, qui n’est que le rapporteur des réflexions de tous les membres.

En ce qui concerne le fond

Ces rappels de forme ayant été faits, c’est un avis plus que mitigé que le Conseil a rendu quant aux orientations budgétaires de la Collectivité. 

Ainsi, au-delà de la légalité de la procédure budgétaire dans son entièreté au regard de ses délais d’adoption, en retard par rapport à ce que prévoit le Code général des collectivités territoriales, le CESC juge que les informations présentées dans le cadre des orientations budgétaires “ne sont pas suffisantes et ne permettent pas aux membres de se projeter convenablement dans la constitution du budget.” 

Et, tout au long des 6 pages de son avis, le CESC n’a de cesse de pointer le manque de pertinence et les maladresses du document soumis à leur avis, notamment :

  • – un trop grand nombre de coquilles de forme et de rédaction de premier jet 
  • – une impression d’absence de contrôle final qui nuit à la prise en considération du fond 
  • – un rapport souvent trop opérationnel et dont la rédaction des parties est trop hétérogène 
  • – peu ou pas de perspectives annoncées
  • – un satisfecit peu étayé de l’optimisation des recettes 
  • – une rédaction très maladroite

De nombreux autres points viennent étayer cet avis du CESC que l’on peut qualifier de négatif et mériteraient d’être pris en compte par l’exécutif de la COM puisque motivés par l’intérêt général, même s’ils mettent en même temps en exergue de nombreuses défaillances de l’administration pourtant renouvelée et un défaut avéré de vision politique. 

Pour une fois que votre journal, targué d’être subjectif, n’est pas le seul à le constater…

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15 août 2020, le St Martin’s Week avait alerté…

Nous essayons de résister à la tentation de l’autosatisfaction, puisque cette situation ne peut être bénéfique ni pour la collectivité ni pour le territoire, mais le fait est que… au mois d’août, nous écrivions “l’arrivée de M. Sébastien Culetto (alors DGS d’une communauté de communes) au sein de l’administration territoriale risque fort de créer quelques remous supplémentaires sur une mer déjà bien agitée politiquement et socialement (…) dans la mesure où le profil du candidat retenu correspond bien plus à celui d’un responsable des affaires générales et que la charge des affaires du CESC est clairement sous-dimensionnée par rapport au potentiel de M. Culetto”

Le choc entre le parcours du nouveau directeur et ce qui est traditionnellement attendu du CESC nous apparaissait déjà inévitable. Mais les décisionnaires, plus enclins à nous considérer comme des opposants, des empêcheurs de tourner en rond, que comme les lanceurs d’alerte que nous nous évertuons à être, ont préféré faire la sourde oreille à nos analyses, de surcroît qualifiées de “critiques stériles, voire blessantes”

Qui a dit que seule la vérité blesse ?

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