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Il était dans l’Océan atlantique un petit territoire nommé Saint-Martin dont l’exiguïté était inversement proportionnelle à la taille des egos qui le gouvernaient ou prétendaient à…, offrant ainsi tout au long de son histoire un florilège de personnages et personnalités dignes des plus grandes épopées, et pouvant même virer à la science fiction parfois.

Sorti de la cuisse de Bonaparte ?

La récente commémoration du bicentenaire de la disparition de Napoléon Bonaparte a mis l’homme qui a rétabli l’esclavage au centre des débats et polémiques récents. Moults retours et illustrations du tempérament, de la philosophie et du sens de la Politique du premier empereur des Français ont eu lieu à cette occasion et n’ont pas manqué de résonner sur notre territoire sur lequel règnent autoritarisme aveugle et imperturbable arrogance, depuis 2017 en particulier. 

En effet, au-delà de considérations physiques, forcément trop courtes, les analogies entre le progressiste Bonaparte et l’autocrate Gibbs peuvent s’avérer nombreuses.

Une forme de gouvernement centralisé autour d’une poignée, un exercice arbitraire d’un pouvoir solitaire, démocratie passive, entretien des élites, despotisme, népotisme mais aussi adhésion populaire et stabilité politique… autant de qualificatifs qui caractérisent l’exercice du pouvoir par Bonaparte et qui trouvent des échos dans la gouvernance du président du Conseil territorial de Saint-Martin. 

Pour ce qui est de la stabilité et de l’adhésion populaire, quoiqu’on en dise, et quels que soient les épithètes que l’on posera sur l’homme et sa gestion, il aura tout de même été élu avec plus de 60% des suffrages en 2017 (certes sous l’impulsion d’autres qui se sont depuis détournés de lui) et est en passe de réussir l’exploit de la 1ere mandature stable de la Collectivité de Saint-Martin en dépit de plusieurs velléités au sein même de son groupe depuis 2017.

Pour le reste, entre-soi, favoritisme, autoritarisme, conception hiérarchique de la société, administration centralisée, une tendance à la xénophilie toutes proportions gardées… sont largement en vigueur à l’échelle locale et contemporaine où le pouvoir s’exerce avec et pour une poignée de privilégiés. Ici, point de médailles militaires ou de nominations ostentatoires pour récompenser les mérites, mais une distribution en sourdine de postes et privilèges, de préférence à ceux qui auront eu le discernement de ne pas trop contredire la seigneurie en place. 

Le Comité international des peuples noirs, le FKNG et le Mouvement international pour les réparations (MIR) à l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon : “Nulle victime ne peut célébrer son bourreau, à moins d’être aliéné et fou à lier.”

L’appel du 18 juin à la mode Gibbs

De Napoléon à De Gaulle, il n’y a qu’un pas selon certains historiens et le président Gibbs l’a semble-t-il, franchi en choisissant ce vendredi 18 juin pour convier la presse à un petit déjeuner. Inutile pour les fibres républicaines de s’émoustiller outre-mesure, il ne s’agit en aucun cas d’un appel à la résistance mais “d’échanger de façon informelle avec le président sur les sujets d’actualité.”

L’occasion était belle pour le sarkozyste Gibbs qui, face à la montée en puissance de l’opposition, se doit aussi d’occuper l’espace médiatique ; et nul ne pourra décemment lui en vouloir de l’avoir saisie, lui qui est désormais le seul représentant, pour ne pas dire le représentant esseulé, du parti Les Républicains dont on ne sait plus s’il a une existence locale.

Mais, pour nous, la comparaison s’arrêtera là car en dehors de cette contiguïté partisane, les deux hommes n’ont en commun qu’une date, celle du 8 janvier : date de la prise de présidence du Général et date de naissance du président.

Et par rapport au mois décolonial ? 

Quoiqu’il en soit, en attendant de connaître la vision informelle du président sur l’actualité, à défaut d’un éclairage sur son projet territorial, notre regard ne peut s’empêcher de se tourner vers Grenoble, terre de la DGS Christiane Ayache, où se déroule actuellement un très controversé “Mois décolonial” visant à “déconstruire l’imaginaire post colonial” au travers de concerts, conférences et tables rondes.  

“Partout dans le monde, les peuples expriment leur désir d’émancipation, de liberté, de renouveau. Partout, cette énergie stimulante et cette dynamique salutaire sont confrontées aux postures défensives d’une minorité bien assise, arc-boutée sur ses privilèges hérités d’un autre âge. C’est dans ce contexte que nous souhaitons proposer des espaces d’expression pour celles et ceux qui proposent une lecture différente, interrogent notre manière de faire société et luttent contre les assignations », tels sont les motivations d’un tel événement selon ses organisateurs qui suscitent, en pleine campagne des Régionales, l’ire de certaines figures de proue des LR tels, Gérard Larcher, Laurent Wauquiez ou encore Eric Ciotti qui évoquent un “contraire du vivre ensemble, les délires du racialisme” et une volonté de « déconstruire et réécrire notre roman national”.

Il serait intéressant de connaître, à l’aune de ses choix stratégiques, la position du président Gibbs sur le sujet, lui qui n’hésite pas à prendre Aimé Césaire en référence plus que de raison pour l’indéfectible LR, conseiller politique de Christian Jacob qu’il est.

Alors… Plutôt bonapartiste, gaulliste ou césairien ?

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