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La grève dont le préavis avait été déposé le 2 juillet dernier par le Syndicat UNI.T978 est en cours à la Collectivité depuis ce lundi 12. En fait de grève, il s’agit plutôt d’un blocage des accès à l’Hôtel de la Collectivité, ainsi qu’à certains services excentrés depuis ce jeudi 15 juillet. 

Give me more

Le mouvement de contestation a initialement pris corps fin juin autour de bureaux rénovés pour la DGS et ses équipes dont la Police territoriale a réclamé et obtenu l’usufruit, mais les revendications du syndicat ne sont pas circonscrites à la Police et se comptent au nombre de 30. 

Une vingtaine d’entre elles, concernant notamment les obligations en termes de gestion des ressources humaines, ont reçu réponses de la part de la Collectivité, mais celles-ci ont été jugées insatisfaisantes par UNI.T978 car non datées et/ou incomplètes.

Ainsi, par exemple, si la liste des derniers recrutements contractuels réclamée par le syndicat a bien été fournie, sa demande relative aux dates de fin de ces contrats a été éludée. 

Or, la COM ne dispose toujours pas de Recueil des Actes Administratifs qui permettrait de consulter le cadre de ces embauches tandis que, d’après nos informations, certaines d’entre elles tout comme certaines promotions n’ont même pas été actées par arrêté tel que le prévoit la loi.

Je t’aime…

Dans ce cadre et surtout parce que la première de ses revendications, “le départ urgent de la DGS et de son équipe”, n’est pas audible, UNI.T978 a décidé de quitter la table des négociations dressée par le président le 13 juillet et de poursuivre son mouvement, jusqu’à obtenir l’écoute présidentielle, mais en l’absence des deux premières techniciennes pourtant concernées : la DRH et la DGS.

La première est en partance et ne peut donc, selon le syndicat, “envisager leur avenir”. Quant à la seconde, elle est celle qui cristallise l’ire syndicale, même si lorsqu’on entre un peu plus en profondeur dans l’échange avec les représentants syndicaux et les agents de la COM, il semblerait que Christiane Ayache ne soit que le catalyseur de griefs en réalité à l’endroit du président Gibbs à qui les agents reprochent notamment sa fermeture, sa pleine délégation de pouvoirs et une gestion “à deux vitesses” entre son cercle rapproché et le reste de la pyramide administrative.

C’est un ras le bol, la conséquence de multiples demandes d’attention lancées au président et restées sans réponse. (…) Il semblerait que sa tête soit très dure et qu’il n’entende ou ne comprenne pas. Nous espérons avec cette action qu’il consentira à recevoir “his people” qui veulent lui parler de “his people”  qui souffrent sur son territoire” justifiait ainsi Albert Blake, Secrétaire général de UNI.T978 lundi matin.

Moi non plus !

Le président Gibbs, de son côté, regrettait mardi, par voie de communiqué, l’interruption “brutale” de la rencontre qui devait avoir pour objet d’apporter des réponses aux préoccupations légitimes des employés.” Il est en effet vrai que si les revendications actuelles sont portées par un seul des syndicats représentés à la COM, certains constats s’avèrent partagés par nombre des agents, même non grévistes, présents devant les portes closes de la Collectivité en début de semaine ou s’exprimant sur les réseaux sociaux (parfois dans des mesures qui dépassent largement leur devoir de réserve…).

Mais concomitamment, Daniel Gibbs ne semblait pas disposé à reconnaître la représentativité des porteurs actuels de ces préoccupations. “Alors que certains se croient légitimes à représenter l’ensemble des personnels de la collectivité en entravant l’ensemble du fonctionnement de l’administration, je sais que la majorité silencieuse, celle qui n’ose pas, celle qui a peur, a conscience de l’ampleur et de la nécessité du changement que nous menons ensemble” , indiquait-il ainsi dans le même communiqué.

Le conflit semble dès lors bel et bien dans une impasse et aura conduit à la délocalisation du Conseil territorial de ce jeudi 15 vers un lieu extérieur, à huis clos, ce qui doit par ailleurs s’avérer bien opportun pour la Team Gibbs à l’aune des débats internes qui l’animent, par presse interposée…

Le fond et la forme

Difficile d’estimer de manière juste la part réelle des agents en souffrance, entre ceux qui se taisent mais n’en pensent pas moins, ceux qui ne s’expriment que dans des cercles sécurisés ou sous couvert d’anonymat et ceux qui, loin de ces considérations humaines ou administratives, n’hésitent pas à instrumentaliser les doléances… ou les causes. 

De même, il serait naïf de croire qu’un peu de l’attention présidentielle à l’égard de UNI.T978 suffirait à faire faire fondre un malaise profond et à réduire le fossé qui s’est construit depuis 2017 entre ceux à qui on a demandé de traverser les différentes crises avec patience et abnégation et ceux à qui il a été fait des ponts d’or afin notamment de pallier le manque d’attractivité politico-administrative de notre territoire, sous la pression des nombreux rapports et des protocoles de reconstruction.

La réforme administrative, la nécessaire montée en compétence, se munir d’outils mieux adaptés à nos obligations et ambitions, l’apport de compétences extérieures sont des évidences incontestables qui, malgré ce que certains aimeraient nous faire croire, sont globalement acceptées. Là où le bât blesse relève de l’émotionnel, c’est une question d’attitude, de discours et de respect, de part et d’autre…

Parce qu’on vous doit plus que des éclairages…

Dans ce cadre, l’urgence est de construire des ponts dans un climat apaisé, si toutefois la performance et l’efficacité sont les buts recherchés. Et quoiqu’en disent UNI.T, les agents de la COM ou la population, historiquement habitués à un contact direct avec leurs élus dont ils savent que, surtout à l’approche d’échéances électorales, ils restent comptables devant eux, les pouvoirs sont entre les mains de la DGS, c’est elle la boss des services et des agents. L’urgence est aussi, sans doute, dans le brouhaha politicien, d’oser, avec courage et clarté, dire la vérité. 

Permettez-nous, en nos humbles colonnes, de tenter, puisqu’animés par “aucun mandat quel qu’il soit”, ni en protection de quelque avantage ou privilège, une ébauche de vérité… La vérité est que Daniel Gibbs ne peut décemment amputer de sa tête la refonte administrative engagée, surtout à quelques encablures des prochaines élections. La vérité est que Christiane Ayache lui est aujourd’hui de plus en plus indispensable sur le volet politique aussi, au fur et à mesure que sa majorité se délite. La vérité est que l’embauche, la débauche et la mise au piloris de fonctionnaires ne se fait pas sur la place publique, encore moins sur de tels motifs. Les actes administratifs, à condition d’être publiés, les fautes et manquements sont, dans la sphère publique, opposables devant des instances et juridictions administratives au moyen d’arguments relevant du droit ; à l’instar de l’immense travail qu’accomplit par exemple la CFTC, syndicat des agents des collectivités territoriales, en Guadeloupe. Et enfin, la vérité est qu’aucun élu ne remettra son mandat (et son indemnité) en jeu pour défendre quelque agent ; les élus passent, les agents restent… 

Aussi, permettez-nous, dans l’espoir de gagner un peu de temps et peut-être de crédibilité territoriale, de vous informer ici que si le mouvement social actuellement en cours a le mérite de mettre en lumière certains dysfonctionnements et aberrations dont la gouvernance devra se saisir, il ne changera pas la face de l’Administration, même s’il serait opportun et aisé, pour le président, de faire sauter quelques fusibles facilement identifiables et non indispensables ou facilement remplaçables…

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