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Après des péripéties dantesques qui ont su animer nos colonnes et la rue depuis août 2019 et la mise en application du PPRn par anticipation, nous serions en passe d’atteindre sans trop d’encombres le crucial moment de l’enquête publique.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Collectif des Collectifs composé de l’Union du peuple/travailleurs Saint-Martinois, de Soualiga United et du Soualiga GrassRoot Mouvement s’empare à nouveau du sujet.

Concrètement…

Celle-ci débutera le 13 septembre prochain, les permanences se tiendront à la préfecture du lundi 13 septembre 2021 au lundi 27 septembre 2021 mais aussi dans les quartiers.

Il sera également possible de transmettre les observations, propositions ou contre propositions à l’adresse courriel suivante : risque-cyclonique@developpement-durable.gouv.fr

Toute la documentation ainsi que le planning des permanences sont accessibles sur le site de la préfecture, onglet “actions de l’Etat”.

Naturellement, l’objet est cette fois d’épargner l’enquête publique du flot de “non au PPRn” qui avait encadré la première enquête. Ainsi, et sur la base des documents mis à disposition, les services de l’Etat sont-ils en attente de remontées constructives de la part des professionnels de l’art, des particuliers, des porteurs de projet mais aussi de la Collectivité.

Le PPRn version 2021 a été profondément retravaillé pour ne pas empiéter sur la compétence urbanisme de la Collectivité, pour s’affranchir de formules toutes faites mais impropres au territoire, pour s’enrichir des préconisations du rapport Lacroix/Desbouis, revoir certains éléments de zonage etc…

Ce PPRn par exemple, permet toutes les reconstructions y compris en zone à risque fort sous réserve du respect de certaines recommandations et notamment celle visant à éviter les lieux de sommeil en rez-de-chaussée.

Le PPRn s’exonère ainsi de beaucoup d’interdictions laissant peser la régularité des reconstructions sur les services de l’urbanisme et notamment en ce qui concerne la délivrance des permis. L’Etat, dans ce cadre, interviendra en dernier lieu dans la phase de contrôle de la légalité desdits permis. Naturellement, la pression est aussi mise sur la commission de régularisation des 50 pas géométriques, sujet dominant lors des dernières réunions de consultation publique, et surtout sur les conditions de vente de ces terrains que fixera la Collectivité qui en est maintenant propriétaire après une longue période de travail du service des domaines.

Un PPRn reste une contrainte

C’est un fait puisque le document final après enquête publique et mise en application par arrêté préfectoral sera part des documents d’urbanisme de la Collectivité avec un double objectif, ne l’oublions pas : protéger les personnes et les biens sur la base des données liées à la submersion et au choc mécanique des vagues enregistrées durant Irma.

Ainsi, et même si en termes de permissivité nous avons atteint avec ce nouveau document des sommets, certainement du fait de la pression populaire et de celle des élus locaux, serions nous tentés d’en demander encore un peu plus et notamment pour les secteurs actuellement vierges de construction, hors dents creuses et en zone de risque fort qui se voient frappés pour le moment du sceau de l’interdiction de construction.

Mais, le PPRn n’est pas couché dans le marbre et le PADSM, Plan de Développement et d’Aménagement de Saint-Martin, en cours d’élaboration par la Collectivité de Saint-Martin pourrait amener des modifications futures, notamment si celui-ci devait planifier des aménagements à l’échelle de quartiers susceptibles de réduire la vulnérabilité. Un élément qui méritera par exemple que l’on se penche sur les modalités permettant à la Collectivité de solliciter de l’Etat de nouvelles modifications de ce PPRn pour pouvoir libérer certains espaces non bâtis sous contraintes.

Mais l’actualité doit nous interpeller

Ida a atteint cette semaine les côtes de la Louisiane en tant que cyclone de catégorie 4. Le cyclone Katrina avait déjà ravagé cette région en 2005 coûtant la vie à 1836 personnes. Plus de 12 milliards de dollars d’investissements ont depuis été réalisés pour limiter les risques d’inondation. A l’approche d’Ida, les pouvoirs publics ont pu constater que ces aménagements avaient été particulièrement efficaces. La faiblesse a par contre été identifiée sur le réseau électrique toujours trop aérien. Les dégâts liés aux vents restent pour autant dramatiques et seules des normes de constructions plus en phase avec la réalité des nouveaux aléas peuvent répondre à ce constat.

Katrina a par contre apporté une donnée incontournable : le meilleur moyen d’éviter des conséquences humaines désastreuses reste l’évacuation et c’est ce qu’on fait les habitants de la zone concernée. Au bilan, 26 personnes étaient considérées décédées hier des suites du passage du cyclone Ida sur la côte Est.

Par contre, en poursuivant sa route vers le Nord et même si son intensité a faibli, Ida a provoqué des tornades et des inondations historiques à New York et dans sa région, inondant les rames de métros, les rues et provoquant la mort de 14 personnes, ce chiffre pourrait évoluer.

Que le PPRn Saint-Martinois version 2021 puisse ne pas être considéré comme une bonne nouvelle par certains propriétaires fonciers ou par la Collectivité dans ses volontés d’aménagement ne doit pas occulter le fait que le risque de submersion est aujourd’hui une réalité différente d’hier en ce que ces phénomènes, sans être forcément plus fréquents sont en tous cas beaucoup plus violents du fait du réchauffement progressif des eaux de surface océaniques. Nous sommes de plus directement soumis à un autre risque, celui de la hausse du niveau des océans qui ne peut être négligé.

La question qui se pose ou qui va s’imposer est de savoir comment financer les aménagements qui permettront demain de garantir au territoire un développement à la hauteur de ses ambitions sans le priver d’une naturalité qui est part du succès de la destination.

Étrangement, et alors que nous avions évoqué le poids de l’aménagement du territoire dès la décision de mise en révision du PPRn, ce point semble avoir été un peu escamoté alors qu’il aurait trouvé une place de choix au sein du PPI avec l’appui du Plan de Relance.

Jacques Chirac, Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg, 2002 :
“Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. (…) Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !
Prenons garde que le 21e siècle ne devienne pas, pour les générations futures,
celui d’un crime de l’Humanité contre la vie.”

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