Temps de lecture estimé : 14 minutes

Si les revendications et le contenu des échanges entre les pouvoirs publics et le collectif peuvent sembler touffus aux yeux de celles et ceux qui tentent de suivre les débats, il n’en reste pas moins que certains sujets sont particulièrement sérieux et méritent un travail de fond et une force de proposition suffisante pour que cette tension s’apaise. Certains travaux faisaient d’ailleurs l’objet de toute l’attention de la préfecture et de la collectivité depuis un moment déjà puisque les deux institutions ne sont pas complètement étanches aux problématiques locales.

Personne à Saint-Martin n’a actuellement besoin d’une flambée de violence urbaine, personne ne la souhaite réellement à part ceux qui y auraient pris goût ou ceux qui aimeraient y voir un outil politique supplémentaire à poser au discrédit de la gouvernance.

Mais, n’en doutons pas, si la tension est régulièrement palpable entre les protagonistes, elle a aussi une certaine tendance à se propager au sein de la population dans son ensemble, en fonction des cultures, des activités, du niveau de compréhension des problématiques et de l’implication profonde ou superficielle dans la vie du territoire… tout cela vient en fait appuyer sur une blessure qui ne veut pas cicatriser, celle du manque de cohésion sociale, celle de la radicalisation et du communautarisme.

L’arrachage de micro par Albert Blake des mains du Président Gibbs vendredi dernier alors que ce dernier se présentait seul devant la foule le jour de la manifestation a déclenché une réaction populaire controversée qui illustre bien la dualité, a minima, de l’électorat : entre commentaires indignés de ceux qui auraient aimé entendre la suite et caution au syndicat excédé par le verbe. Le blocage des axes de communication par les “SXM Truckers” dans la foulée n’a pas non plus été vécu par la population de façon uniforme : d’aucuns ne supportent pas cette “prise d’otage de la population” pendant que d’autres espéraient qu’elle perdure. Pour autant, et pour qui connaît bien le territoire, les truckers sont la clef du succès de toute manifestation et revendication en ce que s’ils se mobilisent, ils ont la capacité, comme le BTP, de paralyser durablement l’île qui dépend à 100% des flux qu’ils assument, que ce soit sur le volet alimentaire, sur le volet construction, sanitaire etc etc… Face à une mobilisation de poids lourds, les forces publiques sont localement assez démunies faute d’engins lourds et se tournent donc vers des moyens de “maîtrise” différents : les contrôles routiers. C’est en substance ce qui s’est produit lundi matin avec un contrôle assez systématique des camions circulant provoquant l’ire des SXM Truckers, une prise de risque peut-être un peu trop ferme si l’on a conscience des conséquences potentielles. Au bilan, les forces de l’ordre ont desserré cet étau.

Hier, l’échec des négociations laisse craindre que la part la plus radicale du Collectif ne s’enflamme avec le renfort potentiel de ceux qui, étant “on the block”, y trouveront une occupation susceptible de nourrir le besoin d’adrénaline…  Parce qu’il n’est aucun doute : pendant que certains craindront pour leurs business, pour la perte économique occasionnée, d’autres n’ont strictement rien à perdre. Il leur appartiendra alors au collectif de fuir la manipulation car quoique l’on en dise, si tout est traditionnellement politique, cela l’est encore plus en cette période où les élections territoriales se profilent.

Nous noterons que la plateforme de revendications proposée par le Collectif a par ailleurs évolué hier, créant un peu de surprise au sein des services de l’Etat et de la Collectivité.

Plateforme de revendications, ce qui concerne l’Etat, la COM, l’Etat et la COM… etc

Ces sujets entre les mains de l’Etat

  • – La Suppression et NON ! à l’obligation vaccinale pour tous !! 
  • – La Suppression et NON au Pass Sanitaire, Non aux sanctions disciplinaires, non aux retenues des salaires , Non aux suspensions des contrats de travail , Non aux licenciements  dans les secteurs publics et privés !! 
  • – Le maintien de la gratuité des tests.
  • – Non aux protocoles sanitaires stricts ! et ils doivent être adaptés aux établissements publics et privés en concertation avec les chefs d’entreprises, Syndicat et/ou Salariés !

L’ensemble de ces premiers points relève de la politique gouvernementale dédiée à la lutte contre la pandémie à la Covid-19. Nous noterons d’ailleurs que la prolongation de l’État d’urgence sanitaire a été votée par le parlement hier pour les outre-mer jusqu’au 15 Novembre prochain au regard de la dégradation des indicateurs sur certains territoires. Cela signifie entre autres que les Préfets conservent une grande latitude dans l’adaptation locale des mesures nationales. Pour autant, l’obligation vaccinale par branche déclenche une levée de boucliers manifeste en ce qu’elle vient en opposition avec la volonté individuelle de se vacciner ou pas et qu’elle intègre pour les réfractaires des conséquences économiques évidentes inhérentes à la possibilité de suspension du contrat de travail. Un effet boule de neige est à craindre de la part des métiers concernés, engendrant débrayages et grèves. A Saint-Martin, les pompiers se sont déjà manifestés depuis hier, le Pôle Emploi aussi, les personnels hospitaliers et d’autres pourraient faire de même.

L’implémentation du Pass Sanitaire engendre elle beaucoup d’interrogations même si le Préfet a su rappeler qu’au regard des infrastructures locales, de leur faible superficie ou de leur capacité d’accueil restreinte, sa mise en application n’aura qu’un impact mineur sur l’activité et consernera essentiellement certains restaurateurs et hôteliers.

On notera que ce sujet d’actualité, Vaccination/Pass Sanitaire, est autrement plus fédérateur et transversal que d’autres revendications particulièrement ciblées, et qu’en la matière SXM Resistance, emmenée par Jean-Barry Hodge n’a que peu apprécié “la récupération” de ce point par le Collectif des Collectifs qui de son côté considère qu’il n’est pas d’exclusivité sur les problèmes locaux…

  • – Plus de recrutements de soignants, agents techniques et autres personnes dans l’hôpital et cliniques et aussi dans d’autres secteurs publics du social et du médico-Social (embauche et formation pour les Saint-Martinois).

Une revendication qui étend la volonté d’implémentation de la discrimination positive qui s’implémente progressivement au sein de l’administration territoriale au secteur hospitalier et qu’il appartiendra à la direction de l’hôpital d’intégrer… ou pas. En la matière, on notera qu’il existe historiquement des revendications allant dans le même sens vis à vis des personnels de l’éducation nationale œuvrant à Saint-Martin.

  • – Impérativement dans l’urgence de matériels de santé dans l’hôpital et dans d’autres secteurs médicaux
  • – Dans le développement territorial l’agrandissement de l’hôpital

Deux points qui échappent à la compétence stricte de la Préfecture ou de la Collectivité qui à la limite peuvent agir en tant que facilitateurs et qu’il appartiendra à l’ARS Guadeloupe Saint-Barthélemy et Saint-Martin et à la direction du groupement hospitalier territorial Louis Constant Fleming/De Bruyn de s’emparer.

  • – Quelle est la Situation du PPRN ?

Sur ce point, la procédure touche à sa fin et l’enquête publique en préfecture comme dans les quartiers sera déployée du 13 au 27 septembre. En fonction de la qualité et de la pertinence des remarques effectuées durant cette période, le PPRn 2021 proposé, zonage et règlement, pourra encore évoluer quelque peu avant la prise d’arrêté du Préfet. Une position est particulièrement attendue : celle de la Collectivité qui expertise actuellement les documents et qui s’exprimera certainement au travers d’un vote au prochain Conseil Territorial. Il serait par ailleurs judicieux que les conseils de quartier puissent bénéficier assez rapidement d’éclairages techniques et réglementaires quant à la portée de ce PPRn 2021 pour pouvoir s’en faire le relais à la population et ainsi permettre des réactions constructives auprès des enquêteurs publics.

  • – Aucune poursuite ne sera retenue contre les manifestants.

Une demande que l’on comprend évidemment bien puisque Cédrick André a pu être inquiété par la justice après les émeutes de 2019/2020 mais qui pour le moment n’a pas de raison d’être puisqu’aucune plainte n’a été déposée. Une demande qui toutefois peut paraître un peu décalée puisque si plainte il devait y avoir, il appartiendrait alors au juge de se prononcer.

  • – Pour l’abolition de l’esclavage il faut tous les magasins et boutiques soit Fermés.

Une demande qui relève de l’identité, du poids et du respect de l’histoire, valeurs qui ne sont pas toutes comprises et partagées par la population, mais cette mesure existe sur d’autres territoires, à Sint Maarten par exemple. Pour autant la législation actuelle est ainsi posée : un commerce qui n’emploie aucun salarié peut ouvrir tous les dimanches et jours fériés, sauf si un arrêté préfectoral en limite le droit à certaines activités.

Le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé pour tous les salariés. Le travail les autres jours fériés (hors dimanches) relève d’un accord propre à chaque entreprise.

On devine la complexité qui réside dans la prise d’un tel arrêté puisqu’il faudrait faire face à la grogne des socio-professionels, entre autres.

Ces sujets partagés (selon nous) entre l’Etat et la COM

  • – Les 50 pas géométriques : acquisitions des terrains à un prix raisonnable et régularisation des titres de propriété.

Sur ce point, les avancées et solutions potentielles sont réelles et couchées dans le protocole publié plus loin. Elles passent malheureusement par des affres administratifs assez lourds mais la Collectivité œuvre à ce que le prix au m2 des terrains dont elle est aujourd’hui effectivement propriétaire (Les 50 pas ont été rétrocédés à la Collectivité et l’opération s’est achevée en juin dernier) puisse être revu le plus possible à la baisse pour peser le moins possible sur la bourse des occupants historiques. Il serait certainement intéressant que la Collectivité se penche sur “un dispositif d’accession à la propriété”, puisqu’il est évident que d’aucuns n’auront ou pas les moyens de faire face à la dépense dans l’immédiat ou ne seront pas en capacité de contracter un crédit bancaire.

Pour sa part, le Préfet Gouteyron a certifié qu’il existait des dispositifs d’accompagnement pour les personnes les plus démunies et qu’il était prêt à les activer, notamment pour atténuer les surcoûts éventuels liés aux contraintes de reconstruction ou à l’aménagement d’une safety room.

  • – Un plan d’urgence de formation rémunéré pour des jeunes et moins jeunes Saint-martinois, plus la mise en place d’activités Sportives-loisir et Culturel…

Là encore, les dispositifs existent et bénéficient même de dotations conséquentes depuis le déploiement du Plan de Relance. Il appartiendra à l’Etat de rappeler à quelle hauteur il a su répondre présent et à la Collectivité de rendre audibles d’abord et efficaces ensuite les politiques qui sont en cours de mise en œuvre sur le territoire. Notons que Pôle Emploi sur le sujet aurait pu être un interlocuteur de choix, tout comme les différents organismes collecteurs ou pourvoyeurs de formations.

Ce qui pèse sur la COM

  • – La situation de la collectivité qui perturbe les administrés de l’île !

Le Collectif, soutenu par le syndicat Uni-t 978 et vice versa, met donc une certaine pression sur nos élus locaux pour que les 30 revendications du syndicat trouvent une oreille conciliante auprès d’eux. Si 29 points bénéficient actuellement d’un véritable travail de fond avec les services de la Collectivité, le premier d’entre eux, à savoir l’éviction de la DGS Christiane Ayache reste un point d’achoppement. Le Président Gibbs lui réitère sa confiance et rappelle que l’on ne se sépare pas à l’envi de salariés de la fonction publique, s’étonnant du fait que généralement ce sont même les syndicats qui s’insurgent quand les règles en la matière ne sont pas respectées. De son côté, le syndicat garantit à la DGS de suffisamment “soigner” ses conditions de travail pour qu’elle ne puisse se satisfaire d’une action performante et ce, jusqu’à ce qu’elle décide de quitter le territoire.

D’autres salariés récemment arrivés, dont certains en provenance de la Préfecture, sont aussi dans le collimateur du syndicat qui leur reproche une vision trop hors sol et est convaincu que des compétences locales auraient pu être mises en valeur sur ces postes.

  • – Le prix de la décharge publique est trop élevé pour les particuliers et les professionnels

Il faut ici rappeler que l’Ecosite de Grand-Caye est géré par une structure privée et que le tarif proposé n’est pas réellement entre les mains de la COM. D’autre part, si les particuliers pouvaient user un peu plus de la déchèterie de Galisbay qui est totalement gratuite, nous serions peut être un peu moins soumis aux amoncellement indignes et insultants qui jalonnent nos routes !

  • – Situation du pont de Sandy-ground

Le sujet n’est plus réellement d’actualité puisque le pont est ouvert à la circulation routière depuis le dimanche 8 septembre, avant 15 jours d’avance sur le calendrier, et que le chantier semble tenir ses délais pour ce qui est du reste des travaux.

  • – Les Conseils de Quartier

C’est une arlésienne : les Conseils de Quartier, institution sans existence juridique propre mais part de ce dont la Collectivité dispose comme outils de démocratie participative, ont toujours peiné à trouver leur espace dans cette architecture voulue par la Loi Organique. Les différents représentants au fil des mandatures ont pu exprimer leur difficulté à fonctionner, leur manque de moyens ou le fait de ne pas être suffisamment écoutés ou sollicités par la Collectivité.

C’est à se demander si ce point ne doit pas passer par une modification de la Loi Organique.

  • – Mettre en place le transfert de compétence de l’environnement (pour régler certaines situations !! ) entre l’État et la Collectivité !!

Sujet d’intérêt s’il en est mais qui ne relève pas de la simple volonté de récupérer cette compétence ou de ne pas la récupérer. Le transfert de compétence s’accompagne de fait d’une évaluation des charges transférées et en la matière nous n’avons pas spécialement été “bien traités» par l’Etat. De plus, il est nécessaire pour que ce transfert ait du sens, au delà de celui de nous affranchir d’un PPRn intrusif ou de mesures conservatoires gelant des espaces, de voir monter en puissance la compétence au sein des services de la Collectivité comme de voir émerger une politique en la matière. Plus complexe encore, il est impératif que le socle de la pyramide, la population, intègre une sensibilité suffisante pour que les problématiques environnementales ne se résument pas aux poubelles et autres nuisances humaines pour s’élever un peu et bénéficier au solenoptère de Chalumeau, par exemple.

  • – La mise en place d’une aide financière spéciale pour les personnes à faible revenu et sans emploi.

Un point particulier puisque s’il est indéniable qu’en la matière les fraudes aux minimas sociaux sont légions et que la Collectivité comme les organismes qui les dispensent y font la chasse, vivre à Saint-Martin avec le RSA est un parti si risqué qu’il ne fait qu’inciter au recours aux activités marginales. La réponse ne peut dans tous les cas que dépendre de la politique menée par la collectivité avec toutefois une aberration : comment peut-on à la fois fustiger l’assistanat permanent qui ne serait pas en adéquation avec les habitudes saint-martino-saint-martinoises, et c’est un fait, et souhaiter que des aides supplémentaires soient déployées, selon quels critères, selon quelles modalités ?

Ce qui relève du “privé”

  • – La situation de la Famille Pierre Webster l’arrêt immédiat des poursuite au tribunal pour son terrain (alors qu’il a un titre de propriété !! ) (pas de propositions – que Cadisco (chemin Baie-orientale ) quitte le Lieu.

Une situation vraiment difficile pour la famille Webster mais vis à vis de laquelle la justice a tranché, ne laissant à la famille qu’une seule possibilité, celle de la cour européenne. Pour autant, et si le Préfet se fait fort d’organiser pour Messieurs Webster une rencontre avec les nouveaux propriétaires, ce cas particulier mérite d’être observé avec un peu de distance. Avec du recul, l’on s’aperçoit que les problématiques foncières qui découlent des turpitudes successorales de la famille Beauperthuy, plusieurs centaines d’ayant droit supposés et plusieurs dizaines d’avocats, le tout “managé” par des administrateurs qui sont généralement contraints à vendre des terrains pour pouvoir se garantir leurs honoraires, concernent localement des dizaines de parcelles dont le statut bâtardé par l’histoire et les actes légers laissent une porte ouverte à ceux qui savent les percevoir. En ce sens, et si tout ceci relève bien du droit privé, de telles surfaces sur une île contrainte méritent certainement que les pouvoirs publics y voient une obligation d’intervention à une échelle globale pour éviter que des occupants de bonne foi ne découvrent à terme que leurs droits sur ce foncier sont ou minimes ou inexistants.

  • – La priorité aux transporteurs et camionneurs Saint-Martinois 

Là encore, cette priorité est difficile à insufler d’autant que nombreux sont les poids lourds œuvrant côté français et disposant de plaques “dutch” tout en appartenant à des entrepreneurs de Saint-Martin. Pour autant le Président Gibbs l’affirme, les marchés publics s’enrichissent systématiquement de clauses visant à favoriser les retombées locales !

“La guerre est plus facile à déclarer que la paix n’est facile à organiser.”

Émile de Girardin
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.