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C’est un des credo du Président Gibbs avant même qu’il ne soit Président : la Collectivité de Saint-Martin a besoin d’une réforme fiscale.

Autonomes, mais pas tout à fait…

Pour rappel, notre autonomie est avérée sur la compétence fiscale, en tous cas sur le papier, depuis 2007. La Team Gibbs nous avait promis une réforme fiscale, promesse couchée dans le marbre du programme électoral de la TEAM en 2017. Dans les grandes lignes, et pour pallier entre autres notre incivisme vissé au corps, la gouvernance voyait une fiscalité autre, reposant pour une part plus importante sur l’impôt indirect, élargissant de fait une assiette qui en l’état actuel des choses peine à trouver des espaces et amène la fiscalité à peser de plus en plus sur celles et ceux qui sont identifiables.

Mais, pas de trace de la queue d’une réforme à l’horizon et cette fois ce n’est ni du fait d’Irma ni de celui de la Covid 19.

En effet, la Collectivité a bien fait réaliser un Audit de la chose fiscale en 2019, audit qui a débouché sur la rédaction d’un Code des Impôts quelque peu simplifié, passant de 600 pages à 300 mais qui n’est pour le moment pas adopté ou “adoptable”.

La problématique est que pour implémenter ce nouveau Code, il eut fallu que les outils de l’Etat soient adaptés à la souplesse de l’exercice, or, la Nation Une et Indivisible n’a pas intégré dans le déploiement des outils techniques et informatiques nationaux qu’une poignée d’ultramarins réputés gaulois (jusqu’à ce que les livres d’histoire fassent aussi preuve de souplesse) allait solliciter cette adaptabilité à nos spécificités.

Marie-Dominique Ramphort, élue en charge de la fiscalité que nous avons rencontrée mercredi, ne cache pas son agacement à voir l’État et plus précisément Bercy et la DRFIP se refuser à se doter des moyens qui permettraient effectivement à la Collectivité de Saint-Martin de jouir pleinement de sa compétence fiscale. Car, ne l’oublions pas, si l’Etat reste bien l’acteur en charge de l’émission et du recouvrement des rôles, la convention qui le lie à la Collectivité prévoyait aussi une obligation de moyens dédiés à ces objectifs.

Les recours amiables auprès du Ministère des Finances, du Ministère des Outre-mer ou les actions contentieuses de la Collectivité, qui ne lâche rien, se sont tous avérés vains et ont même certainement excédé d’éminents représentants de la DRFIP au point qu’il ait pu être recommandé, pour pallier cette situation injuste, que nous nous bornions à adopter le code fiscal national… rien que cela !

Contraints, les élus ont donc changé leur fusil d’épaule, pour le moment, œuvrant à une réforme à petits pas, ceux des délibérations prises lors des conseils territoriaux, démarche bien frustrante quand une réforme existe dans les tiroirs.

Notons au passage que le site de la collectivité dédié à la fiscalité est en passe de voir le jour et facilitera en tous cas pour l’usager la compréhension du sujet et favorisera peut être même des “vocations” : www.impots-saint-martin.fr

Pendant ce temps, un peu plus au Sud…

Et oui, car il est avéré que notre destin répond sur bien des plans à un tandem, une volonté complémentaire, partagée ou même opposée entre Saint-Martin et Sint Maarten au titre des Accords qui régissent, ou s’imposent en temps de crise, notre vie insulaire depuis près de 4 siècles.

Le fait est que des rencontres ont eu lieu entre la Collectivité et à son initiative et le Gouvernement de Sint Maarten quand le sujet “réforme fiscale” était sur la planche de nos élus.

Si ces moments n’ont pas été nourris ou n’ont pas fait l’objet d’un suivi régulier, il n’en fallait pas plus pour que Sint Maarten, territoire lui aussi sous pression financière, enclenche sa propre réforme qui devrait d’ailleurs aboutir prochainement puisqu’eux, l’autonomie, ils en disposent pleinement !

Au bilan, alors que nous espérions pouvoir disposer d’un certain leadership sur le sujet réforme de la fiscalité à l’échelle de l’île dans son entièreté, il nous faudra sans doute dans les mois à venir multiplier les délibérations en mode patchworking pour que le gap fiscal entre le Nord et le Sud ne se transforme pas en véritable handicap à notre développement. Cette incapacité à voir les services de l’Etat se mettre au diapason de notre autonomie couchée dans la Loi Organique constitue une véritable hérésie en termes d’intelligence économique.

Autonomie sous contrainte…

Si l’on élargit le prisme du sujet et que l’on englobe toutes les compétences qui nous sont aujourd’hui dévolues, il ne peut être nié qu’il nous reste du chemin à faire pour pouvoir les embrasser pleinement et cela passe par la montée en puissance de l’administration et certainement aussi par un changement de mentalité collective, pour peu que ce dernier point puisse être considéré comme un paramètre homogène sur un territoire où l’hétérogénéité prédomine au détriment de la cohésion.

Pour autant, si les outils de notre prise de responsabilité ne se mettent pas au diapason de notre autonomie, ce cheminement n’en sera que plus long. Rappelons qu’au-delà des outils techniques ou informatiques, le premier d’entre eux, l’outil économique fait toujours l’objet d’un contentieux entre la Collectivité et l’État puisque la compensation des charges relatives aux transferts de compétences a clairement été sous-évaluée voire instrumentalisée.

De plus, il faudra bien qu’un jour, quelqu’un s’empare du sujet prégnant de la modification de notre Loi organique dont les limites sont maintenant éprouvées tout comme il apparaît urgent que ce même quelqu’un trouve les moyens de s’imposer comme interlocuteur direct des instances parisiennes sans devoir passer par la case Guadeloupe.

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