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La faible couverture vaccinale des territoires ultramarins est une réalité suffisamment prégnante pour avoir justifié la prolongation de l’état d’urgence jusqu’au 15 novembre d’une part, et la mise en place d’une mission sénatoriale au mois de septembre d’autre part. Et les chiffres partagés ce 27 octobre par le Ministère des Outre-mer ne sont pas de nature à modifier ce constat.

Les chiffres : honorables “selon les organisateurs”, insuffisants “selon la police”

A Saint-Martin, selon les derniers chiffres de l’ARS en date du 27 octobre :

  • 12 541 personnes ont reçu leur première injection, 
  • 10 408 personnes ont reçu leur deuxième injection,
  • 185 personnes ont reçu leur troisième injection.

Rappelons ici que la campagne de rappel pour la troisième injection, qui doit être réalisée au moins six mois après la deuxième, concerne prioritairement les résidents d’EPHAD ainsi que les personnes âgées de plus de 65 ans ou fragiles. 

Ces chiffres portent à 41.40% la part de la population (âgée de plus de 12 ans) ayant reçu au moins une dose de vaccin depuis le lancement de la campagne en janvier dernier. Pour les plus de 18 ans, ce taux de couverture vaccinale atteint 46.81% contre 45% en Guadeloupe, plus de 79% à Saint Barthélemy et 76.1% à l’échelle nationale.

Pris dans leur globalité, les statistiques saint-martinoises auraient tendance à nous poser comme mauvais élèves de la classe vaccination, mais le président Gibbs souhaiterait que ceux-ci soient nuancés. Dans son adresse du 27 octobre en Conseil territorial, Daniel Gibbs relativisait donc en ces termes : “Actuellement, n’en déplaise aux alarmistes et aux “enfermistes”, l’épidémie de COVID-19 s’inscrit, localement, sur une phase descendante. 5…) contrairement aux clichés et aux idées reçues des partisans du Saint-Martin bashing (…) Si l’on considère la population globale, toutes tranches d’âges confondues donc, seuls 36,4 % des Saint-Martinois ont certes reçu au moins une injection au 24 octobre. Mais il est important de surtout considérer que ce taux est tiré vers le bas au regard d’une proportion de personnes non éligibles bien plus importante qu’ailleurs. A Saint-Martin, 18 % de la population a entre 0 et 11 ans. Or, le taux de couverture vaccinale s’avère bien plus favorable lorsque l’on prend en compte les âges “vulnérables”, là où la vaccination est la plus efficace : ainsi, s’agissant des 75-79 ans, le taux, de 87,2 % pour une injection, se rapproche du niveau national (97 %). Et, fait peu connu, c’est le meilleur taux outre-mer sur cette tranche d’âge. Pour les 70-74 ans, il atteint un taux assez honorable de 73,7 %.”  

L’obligation vaccinale pour infléchir la courbe ?

En attendant et quels que soient le filtre de lecture choisi ou les réticences caractérisées, les mesures de lutte contre la COVID inscrites dans la Loi du 5 août 2021 ont vocation à s’appliquer en Outre-mer, comme le rappelait le Ministre Sébastien Lecornu au micro de France info jeudi 28. Ainsi le passe sanitaire est-il en vigueur à Saint-Martin, de manière allégée et souple, depuis vendredi dernier. 

De même, la vaccination obligatoire des professionnels concernés est en oeuvre depuis le 15 octobre, sans que les mobilisations successives des opposants ne soient parvenues à infléchir la date butoir du 15 novembre, date à laquelle les intéressés devront être en mesure de présenter un schéma vaccinal complet, sauf contre-indication médicale, sous peine de suspension sans rémunération.

Au 15 Septembre 2021, le nombre de personnes concernées par cette obligation vaccinale s’élevait à près de 3 millions, inscrit dans un spectre élargi au personnel administratif des cliniques et des hôpitaux ainsi qu’aux salariés des professionnels de santé, notamment. En termes d’efficience, selon les chiffres de Santé Publique France, environ 84% des soignants travaillant dans les hôpitaux et les Ehpad et plus 90% des libéraux avaient un parcours vaccinal complet le mois dernier ; chez les ambulanciers, 13 % de la profession ne serait pas vaccinée et ne souhaiterait pas l’être​. De son côté, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime à seulement 2 à 3% la proportion des non vaccinés au sein des SDIS, mais ce chiffre atteindrait entre 60 et 70% lorsque circonscrit aux DOM-TOM…

Ainsi, en dehors de certains territoires ultramarins où une part des professionnels concernés ne décolère pas, les mesures de coercition semblent donc avoir suffisamment de résonance et d’efficacité pour justifier et conforter la ligne gouvernementale. “Les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinés. On est donc à un taux de couverture vaccinale des salariés des établissements sanitaires et médico-sociaux qui est extrêmement élevé et un taux de suspension et de démission qui est extrêmement faible” indiquait d’ailleurs le Ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d’une audition au Sénat sur le projet de loi vigilance sanitaire mardi 26 octobre. 

Le Doigt présidentiel…

Quid dès lors des mobilisations qui se poursuivent, avec un objectif qui semble s’éloigner un peu plus chaque jour, à l’hôpital Louis-Constant Fleming et au SDIS ? Quelle(s) suite(s) espérer de la rencontre du 22 octobre entre Daniel Gibbs et la section syndicale CGTG-CHLCF auprès de laquelle le président s’est “s’est engagé à appuyer leurs demandes portant sur le renforcement matériel et humain de l’hôpital, la prolongation de la gratuité des test, une application adaptée du pass sanitaire bornée dans le temps, des assouplissements pragmatiques sur l’obligation vaccinale” ? 

Certes, le 25 octobre, une missive présidentielle à l’endroit du Ministre de la Santé arguait que “s’agissant de l’obligation vaccinale pour les soignants, il s’agit d’un point de blocage important, qui menace la cohésion du Territoire et le fonctionnement régulier de notre Centre Hospitalier dans un contexte, hélas structurel, de difficultés de fonctionnement et de pénuries de personnel. (…) Je plaide, dès lors, pour des assouplissements pragmatiques, assortis d’initiatives susceptibles de rétablir le dialogue. (…) Par exemple, la transformation de l’obligation vaccinale en “garantie sanitaire” (test antigénique ou salivaire présenté tous les trois jours, a fortiori pour les personnels n’étant pas au contact du public) et l’élargissement de l’offre vaccinale (non limitée aux produits à ARN-m) me semblent être des avancées réalistes, pertinentes et nécessaires.” En sus de ces préconisations, le président sollicite “le déplacement in situ, dans les quatre collectivités françaises de la Caraïbe, d’une mission de l’IGAS.”

Ce positionnement présidentiel désormais clair aura sans doute le mérite de faire taire les reproches récurrents faits concomitamment à Daniel Gibbs quant à son silence sur la question qui sclérose le dialogue social local depuis plusieurs semaines ; il aura aussi certainement nourri suffisamment d’espoirs pour que les barrages physiques soient levés aux entrées de l’hôpital LCF. Mais, en termes d’impacts concrets, si l’on considère le fait que les missions de l’IGAS durent en moyenne de un à cinq mois préalable(s) à la production d’un rapport remis au(x) ministre(s) commanditaire(s), il semble irréaliste de croire que la venue d’une telle mission pourrait aboutir à une levée de l’obligation vaccinale sur notre territoire avant l’échéance du 15 novembre…

En attendant, les suspensions ont bel et bien débuté à Saint-Martin aussi, et quelle que soit la formule mathématique choisie, aucune statistique ne semble de nature à en justifier le terme : 80% du personnel hospitalier vacciné, selon la Direction de l’hôpital LCF ; moins d’une vingtaine de grévistes devant les portes de l’hôpital ; 99.9% des réunions avec le Collectif des collectifs avortées en Préfecture et 0% de risques que Saint-Martin fasse figure d’exception au sein de la République quant à l’application de la Loi…

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