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Annoncé dès le mois de juillet par voie de presse, le Rassemblement Saint-Martinois (RSM) est désormais un parti politique, officialisé le 6 novembre dernier lors d’une réception en jaune et vert au restaurant le Yacht Club à Marigot.

Jouez hautbois, résonnez musettes ?

Pas d’effet de surprise ni de grande révélation à cette occasion, puisque les figures majeures du RSM sont connues depuis cet été lorsque les sept membres fondateurs du RSM annonçaient aux médias leurs constitution en équipe avec pour objectif de “présenter une liste de candidats aux prochaines échéances électorales de Mars 2022.”

Et c’est donc le bureau de l’association ainsi formée qui était présentée au public vendredi dernier, comme suit :

  • Président : Georges GUMBS. Chef d’entreprises, président du CESC de sa création à 2019, M. GUMBS ne s’était jusqu’alors engagé sur aucune liste mais briguait, pour la forme, le Sénat en 2014. Initiateur du RSM, sa volonté de rassemblement tient à son constat que “Ce territoire, ce pays n’est ni administré, ni gouverné et le problème le plus crucial est que nous ne sommes pas reconnus comme étant un peuple.”
  • Vice-Président : Michel PETIT. Docteur en médecine à la retraite, éminent homme d’affaires, M. PETIT fait ici son entrée dans l’arène électorale mais n’est pas un novice en politique puisque son père, le Dr Hubert PETIT, fut maire de Saint-Martin de 1959 à 1977. Il affirmait d’ailleurs vendredi 6 : “Mon diagnostic préliminaire de la situation du territoire me permet d’affirmer de façon formelle que la cause principale de la débâcle de la collectivité territoriale est la gestion despotique, autocratique de son président qui décide de tout et tout seul.”
  • Secrétaire : Julien GUMBS. Chef d’entreprise, actuel président du CESC, ce GUMBS là est, lui, rompu à l’exercice électoral puisqu’il a notamment été numéro 3 du MAP mené par Louis MUSSINGTON en 2012 et tête de liste MOCSAM en 2017.
  • Secrétaire adjoint : Johan TAGE. Cheffe d’entreprise, Mme TAGE fait son entrée en politique avec le RSM et incarnera une certaine image de la jeunesse.
  • Trésorier : Alain RICHARDSON. Expert comptable, Président du Conseil territorial 2012 à 2013 (avant d’être démis d’office par le Conseil d’Etat), conseiller territorial sur les bancs de l’opposition de 2007 à 2012 et de 2017 à 2018 (avant d’être démis d’office par le Conseil d’Etat), M. RICHARDSON veut, à travers son engagement au RSM, “répondre à l’appel de détresse de son pays, être un agent d’espoir, faire ressortir le meilleur de chaque citoyen, unir les générations, porter sa pierre à l’édifice,…”. 
  • Membre : Frantz GUMBS. Proviseur retraité, président du Conseil territorial de 2008 à 2012, membre du MJP de Louis MUSSINGTON depuis 2017, M. GUMBS n’a jamais été tête de liste et ne le sera pas en 2022 non plus. L’homme affirme en effet “Je n’ai pas de réel appétit pour la présidence, je n’en ai jamais eu” ; il préfère vraisemblablement se réserver pour une représentation nationale, à l’Assemblée nationale en particulier.
  • Membre : Louis MUSSINGTON. Professeur des écoles, conseiller territorial, membre du conseil exécutif, cofondateur du MAP avec Alain RICHARDSON en 1996, membre du RRR en 2007, tête de liste MAP et candidat aux législatives en 2012, fondateur du MJP en 2017, M. MUSSINGTON est la tête de liste RSM pressentie pour les prochaines territoriales.

Au-delà de son bureau, le RSM affichait vendredi d’autres figures historiques de la vie politique locale telles que Bernadette DAVIS (N° 14 sur la liste UP en 2012 et N°4 du MJP en 2017), Arnel DANIEL (N° 11 sur la liste UP en 2012 et N°7 du MJP en 2017), Jeanne VANTERPOOL (N°8 sur la liste RRR en 2012 et tête de liste New direction en 2017) ou encore Liliane PAGE (n°6 sur la liste MVP d’Alain RICHARDSON en 2017).

Devant ce parterre, il ne semble pas prématuré d’affirmer que le RSM concentre ainsi, et pour l’instant, la plus importante somme d’expérience politique sur le territoire, même si nous n’aurons pas manqué de noter l’absence du conseiller territorial MVP, Alain GROS DESORMEAUX pourtant fidèle à Alain RICHARDSON depuis au moins 2012.

Objectif 2022, évidemment…

Quel que soit le passé politique des uns et des autres, les hommes et les femmes du RSM semblent avoir trouvé le dénominateur commun leur permettant de dépasser leurs anciens clivages et dissensions  qui leur ont déjà coûté si ce n’est la victoire, au moins la crédibilité : une volonté partagée de faire front contre le président sortant, mais cela ne saurait décemment constituer un programme politique.

Celui auquel travaille le RSM s’attachera à “écarter toute gouvernance autocratique ou oligarchique et de privilégier les ressources d’une équipe expérimentée en action, travaillant de façon collégiale.”  Plus concrètement, en termes de lignes conductrices, et pour résumer l’esprit qui habitait la déclinaison des axes de travail présentés par le RSM vendredi dernier, l’association affiche en objet au journal officiel : “faire triompher à nouveau les valeurs et les principes qui fondent l’âme et l’identité saint-martinoise (piliers de l’existence de sa population), transmettre cet héritage et ce patrimoine aux générations futures et faire de ce vécu notre partage commun une fois de plus, défendre l’identité saint-martinoise contre toutes formes d’assimilations. Cet objet sera atteint par, l’action politique, en formulant des propositions politiques et en lançant des actions visant à réformer le fonctionnement des institutions locales et nationales et l’amélioration du quotidien des saint-martinois,la formation des femmes et des hommes aux responsabilités politiques à Saint-Martin et sur l’ensemble du territoire français, la participation au débat politique et à la présentation de candidats aux élections de son choix.”

Appel était donc lancé, vendredi dernier, à toutes les bonnes volontés se reconnaissant dans ce large spectre, l’objectif étant de pouvoir accoucher d’une liste qui sera candidate aux échéances de mars 2022.

Our 2 cents

La méthode n’est ni surprenante, ni exceptionnelle ;
avant chaque élection se forment des “groupes de travail”, constitués ou non en partis, vibrant à l’unisson pour l’amour de Saint-Martin et l’intérêt général de sa population, dont émanera une liste de candidats jugés les plus à-même de gouverner et réformer le territoire. D’ailleurs, le moment auquel nous convie Jacques HAMLET, autre tête de liste déclarée pour 2022, samedi 13 novembre à 18:00 au Lazy Bay Parking pour le lancement de son parti, devrait s’appuyer sur la même démarche.

Pour autant, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, l’agglomérat proposé par le RSM a quelques chose d’à la fois rassurant sur la capacité qu’aurait la classe politique saint-martinoise à s’unir pour des intérêts supérieurs, et d’inquiétant dans la somme des égos qu’il réunit ; surtout lorsque l’on se souvient des multiples échecs d’union antérieurs portés notamment par Louis MUSSINGTON, Alain RICHARDSON qui pas plus tard qu’en 2017, n’étaient parvenus à un accord au deuxième tour qui leur aurait pourtant permis de former un groupe reconnu et avec des moyens dédiés au sein du Conseil territorial. Si l’on ajoute à cela les responsabilités respectives portées par la plupart des membres du Rassemblement, et que l’on a un peu d’expérience en termes de constitution de liste, on ne peut s’empêcher de s’interroger quant à la pérennité de cette belle concorde lorsqu’arrivera l’heure de déterminer l’ordre de la liste, entre “le numéro 7 est mon numéro fétiche”, “moi je ne peux pas être en dessous de 5” ou encore, “mon électorat veut que je sois à l’exécutif”

A moins que… les postes ne soient d’ores et déjà distribués, au point que le promis à l’Assemblée nationale puisse accepter d’être numéro 12, que celui qui se verrait bien à la SEMSAMAR renonce à être numéro 3, que la présidence de l’Office de tourisme mérite bien un petit sacrifice d’égo dans l’affichage ou encore qu’un poste de Sénateur justifie que l’on ne soit même pas sur la liste… Ces tractations font évidemment partie du casse-tête des têtes de liste et de l’attractivité du mandat local sur un territoire où l’engagement politique reste risqué en cas de défaite. Par contre, elles réduisent d’autant les possibles pour les “entrants”, ceux-là même que le nouveau parti voudrait voir adhérer et s’engager. Qu’ils soient toutefois prévenus qu’il existe localement une croyance selon laquelle l’accession à des postes politiques répondrait à une logique de tour… “It’s my turn !”

Sur un autre axe, même si plus nombreuses étaient les femmes dans le public qu’au sein du bureau du RSM, il semblerait qu’un réel effort reste à faire en termes de parité pour pouvoir  atteindre les obligations légales liées au scrutin.

De même, et même si la jeunesse et la nécessité de former une nouvelle classe politique furent des thèmes récurrents dans les discours de la soirée, on ne peut pas dire que le bureau soit, en la matière, exemplaire, avec une moyenne d’âge de 59 ans et de 63 si l’on ne compte pas la benjamine, seule adjointe et seule femme du Bureau, Johan TAGE, qui fait son entrée en politique avec la lourde tâche d’incarner, à 39 ans, le visage de la jeunesse saint-martinoise au sein du RSM… Certes, cet âge bleu s’accompagne d’une expérience dans les affaires publiques qui est sans doute un argument électoral de poids mais dont le revers amènera les candidats RSM à devoir répondre à une question quelque peu inconfortable : “Qu’allez-vous faire de plus ou de mieux ou de différent que lorsque vous étiez déjà aux affaires ?” La folie n’est-elle pas de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ? …

Enfin, last but not least, au regard du parterre d’invités, de ceux qui arboraient fièrement un tee-shirt RSM, de la ligne identitaire affirmée, le peu d’espace accordé à certaines thématiques, mais aussi de la liste électorale (détail d’importance tout de même…), il apparaît évident que, pour pouvoir espérer fédérer au-delà d’une certaine strate, les prochaines semaines devront être aussi tournées vers la conquête d’un électorat qui ne soit pas stricto saint-martino-saint-martinois ; sans même parler de la part d’électeurs acquis à chaque candidat qui ne comprendra pas forcément que son leader traditionnel rejoigne aujourd’hui son ennemi d’hier…

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