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Les enseignements du sondage (quelque peu sexiste par ailleurs…) évoqué plus haut mettent sans surprise en exergue une large insatisfaction quant au bilan de l’actuelle majorité assortie d’un fort taux de défiance, ou un manque d”intérêt a minima, quant aux élections ; à moins que ce ne soit que le triste reflet de l’étriquement de l’offre politique locale, le témoignage d’un voeu d’alternance. Le changement, est-ce donc maintenant ?

Rien de moins sûr puisqu’à quelques mois de la prochaine échéance territoriale, entre ceux qui se déclarent officiellement, ceux qui le disent à demi-mot et ceux qui y pensent sans trop l’avouer, les futurs candidats se dévoilent peu à peu avec un résultat quelque peu contre-productif : une certaine résignation à un choix par défaut semble en effet s’installer chez les électeurs, aucun candidat ne faisant pour l’instant véritablement écho à leur désir profond d’une autre offre politique portée par d’autres acteurs. Il ne suffit pas de scander autant qu’on le peut “Plus Gibbs” pour exorciser l’insupportable fatalité de ce dilemme, il faut aussi disposer d’une réelle alternative. Petit tour d’horizon du menu électoral auquel la population saint-martinoise pourrait être mangée en 2022.

Option 1 :  Le dégagisme

Premier candidat déclaré, le Rassemblement Saint-Martinois a réussi l’exploit de regrouper (de nouveau et pour l’instant) sous une même bannière, verte et jaune, Louis Mussington et Alain Richardson, chaperonnés par Michel Petit et Georges Gumbs, sous l’oeil avisé de deux autres Gumbs, Frantz et Julien. 

Si l’on en croit les discours de lancement du RSM, le 6 novembre dernier, tous ceux-là, semblent, à l’aune des territoriales 2022, avoir trouvé leur diapason autour de la nécessité “d’écarter toute gouvernance autocratique ou oligarchique et de privilégier les ressources d’une équipe expérimentée en action, travaillant de façon collégiale”, de dégager Daniel Gibbs en termes plus clairs.

Mais diaboliser le sortant suffira-t-il ? Et avec quelle crédibilité lorsque cette diabolisation émane principalement d’anciens et actuels élus ; jusqu’où leur responsabilité s’entend-elle ?  Enfin, en attendant le programme, les idées, la belle concorde durera-t-elle au sein même du RSM, liste sans tête (officielle) avec des représentants historiquement antagonistes ? Wait and see…

Option 2 : L’outsider

Bien que siégeant actuellement au Conseil territorial par un jeu d’alliance, au second tour des territoriales 2017, avec le MJP de Louis Mussington, Jules Charville n’a vraisemblablement pas choisi l’Union sacrée pour les prochaines élections et préféré faire cavalier seul. Il faut dire que ses précédentes tentatives, au sein du MAP ou sur la liste Team Gibbs 2012 par exemple, n’ont pas été forcément heureuses…

C’est donc en sa qualité de président de son propre parti, Hope, qu’il occupe actuellement l’espace médiatique dans une ligne incontestablement candidate et électoraliste, siphonnant en même temps l’opposition institutionnelle déjà aphone et trop divisée pour avoir su se constituer en groupe au sein du Conseil.

Entré en politique à l’âge de 24 ans, Jules Charville, qui en a maintenant 69, compte sans doute sur sa liste, qu’il avait construite jeune et dynamique en 2017, pour incarner le renouveau que le territoire appelle de ses vœux. Une partie de ce mystère sera peut-être levée le 8 janvier prochain, date choisie par l’intéressé pour l’officialisation de sa candidature, comme un cadeau (empoisonné ?) au président Gibbs dont ce sera l’anniversaire…

Option 3 : Like a virgin…

N’est pas Madonna qui veut… Pourtant, c’est bien sur sa virginité, en termes de mandat électoral, que compte le deuxième candidat déclaré, Jacques Hamlet, pour faire la différence. 

Candidat haut en couleurs et en verbe, le leader de la liste “I love Saint-Martin / Saint-Martin avec vous” lancée le 13 novembre dernier peut ainsi se targuer d’être l’alternance dans ce paysage pour l’instant monopolisé par des “vieux de la vieille” politique saint-martinoise.

Actuellement occupé à recruter et à former ses futurs colistiers, la voix iconique de SOS Radio (95.9 FM) inspire, au micro-trottoir, autant de sympathie que d’aversion, mais suscite un intérêt inversement proportionnel à la déliquescence des forces traditionnelles du fait notamment de sa nouveauté et de son discours consensuel vis-à-vis d’un État qui subit actuellement de plein fouet le désamour d’autres ultramarins.

Sur cette base et quoique l’on en pense, Jacques Hamlet semble ainsi, et pour l’instant, le mieux placé pour challenger le sortant et accéder au second tour, a minima…

Option 4 : Le variant Ô Gibbs

A moins que le renouvellement, l’alternance ne soient portés par le président sortant himself, le statu quo en la matière lui offrant une sérieuse opportunité de second mandat, en dépit de l’insatisfaction générale pointée par Qualistat. 

En effet, Daniel Gibbs, dont la candidature à sa réélection ne pose pas réellement question, pourrait choisir de présenter une Team 2022 suffisamment amendée pour pouvoir être considérée comme nouvelle et donc non porteuse des errances et écueils qui sclérosent actuellement sa popularité ; car si la tête de liste, encore plus lorsqu’elle devient président, est forcément responsable voire coupable, ses colistiers n’en sont pas pour autant exempts d’imputabilité.

Un certain nombre d’entre eux se sont d’ailleurs eux-mêmes disqualifiés de la sélection 2022, à force d’oppositions publiquement exprimées et de positions divergentes ouvertement assumées ; d’autres ont déclaré en avoir fini avec la politique tandis que d’autres encore gardent oeil et porte ouverts quant à une proposition qu’ils jugeraient meilleure ou plus “secure”.

Sont-ils assez nombreux pour que la Team Gibbs 2022 puisse s’affranchir du sulfureux héritage de la TG2017 tout en en endossant le bilan, les réalisations ? L’exercice est délicat mais pas impossible, et nombreux sont ceux qui attendent la cuvée 2022 pour pouvoir se positionner. D’autres attendent le verdict de l’affaire appelée au tribunal en début d’année, une condamnation de l’un des trois élus (Daniel Gibbs, Valérie Damaseau, Annick Petrus) bouleverserait forcément l’échiquier électoral local et imposerait quelques reports de voix…

Option 5 : Le désengagement

Selon le sondage réalisé par Qualistat, la défiance, le fatalisme des citoyens face à la politique sont prégnants, à Saint-Martin (comme à l’échelle régionale ou nationale). Face à une telle inertie de propositions, l’impact électoral de cette défiance, déjà historiquement mesurée à travers nos records d’abstention locaux, semble voué à croître encore, sous les coups de boutoir des mouvements sociaux successifs, au grand dam de la Démocratie.

Montée des communautarismes et des clivages, multiplication des crises, outils de démocratie participative à la peine, concentration du pouvoir, absence de débats même dans l’hémicycle territorial, absence de représentativité, opinions électoralement orphelines, programmes chimériques, etc., etc., etc… Autant de raisons de mieux vider les urnes en 2022 et de donner de honteuses leçons à nos 45% de participation aux territoriales de 2017. 

Aux abstentionnistes qui n’auront pas trouvé de raison suffisante pour aller voter, il faudra, selon un murmure populaire lancinant, ajouter aussi une recrudescence des votes blancs de la part de ceux qui n’auront su ni départager les postulants, ou au moins les idées, ni se résigner au “moins pire”.

A moins que…

Option 6 : Une météorite ?

A moins que… émerge une autre candidature portée par une personnalité non clivante, ou pas trop, suffisamment fédératrice et crédible, capable d’incarner des socles divers, des idées transversales et non enclavées. Oui ça fait beaucoup de pré-requis… Mais seule une telle incarnation par un candidat apte à mettre en œuvre un véritable projet de territoire intégrant la cohésion socio-économique pourrait actuellement susciter un réel enthousiasme électoral.

De cette équation (ou vœu pieux), on peut éliminer Marthe Ogoundélé-Tessi pourtant candidate de toutes les élections et Louis Jeffry qui joue dans la même cour électorale que Daniel Gibbs. La première a été déclarée inéligible pour un an, le 7 juillet dernier, pour ne pas avoir déposé son compte de campagne suite aux élections sénatoriales. Louis Jeffry a, lui, écopé de cinq ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts dans l’affaire dite de l’Observatoire de santé mais devrait faire appel.

Le champ local des possibles ainsi ratissé, la graine dont germerait l’alternance ne semble donc pas avoir été plantée. Mais il reste encore au moins trois mois et demi avant les prochaines échéances, cela laisse encore un peu de temps à qui aurait de telles ambitions puisque nous nous dirigeons vers une campagne éclair qui ne démarrera réellement que lorsque l’on connaîtra le sort réservé par la justice aux trois piliers que sont Daniel Gibbs, Valérie Damaseau et Annick Petrus.

Dans l’attente, nous invitons les candidats déclarés à se pencher sérieusement sur le rapport de la CTC, celui de l’AFA, les protocoles de reconstruction et les plans pluriannuels déjà engagés, feuilles de route entérinées de la prochaine gouvernance et qu’il faudrait cesser de considérer comme des gros mots… 

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