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Cela fait maintenant plusieurs années que la Team Gibbs est régulièrement ébranlée par des coups de boutoir internes, de la première offensive épistolaire d’Annick Petrus contre l’ancien directeur de cabinet, Hervé Dorvil, aux plus récentes interventions radio et en réunions publiques de plusieurs conseillères de la majorité contre leur tête de liste et président en passant  par la “démission” de Steven Patrick .

Record de stabilité, so far…

Pour autant, la Team, à défaut d’être soudée, peut se targuer d’incarner la première mandature stable depuis l’avènement de la Collectivité. En effet, au-delà des deux démissions d’office de leurs présidents élus en 2007 et 2012, Louis-Constant Fleming et Alain Richardson, les deux majorités précédentes ont chacune subi leur lot de départs et autres trahisons ; de motions de défiance à destitution de portefeuilles vice-présidentiels pour l’Union pour le progrès, ou de défections électoralistes aux candidatures multiples aux sénatoriales pour le RRR.

Ce record de la Team Gibbs demeure, malgré les “évènements” de cette semaine où deux membres de la majorité, et non des moindres, ont choisi lundi 13, journée mondiale de la raclette, de faire tout un fromage de leur mandat obtenu sous la bannière orange et verte.

Préavis de départ pour Annick Pétrus

Cela fait plus de deux ans qu’Annick Pétrus écrit sa feuille de route à la marge de ses colistiers qui l’ont tout de même majoritairement portée au Sénat en septembre 2020. Que de chemin parcouru depuis que la Dame a rejoint les rangs de l’Union pour la Démocratie en 2012, après la défaite du MAP de Louis Mussington dont elle était alors la numéro 4 puis la suppléante aux législatives de la même année…

Chemin qui l’aura donc conduite jusqu’au cœur du parti LR, à Paris d’où elle a adressé, , lundi 13, un courrier aux autres élus de la majorité les informant de sa décision “d’arrêter (sa) collaboration avec la team Gibbs à la fin de ce mandat.”

Cet éclairage de celle qui, il y a quelques mois, nous confiait préférer travailler seule qu’en équipe ne surprend réellement personne au regard de ses prises de paroles durant la crise notamment mais interroge quant à son timing.

Quel intérêt effectivement que d’officialiser cette évidence à trois mois des prochaines échéances et à quelques jours du prochain Conseil territorial ?  Un message de disponibilité lancé à l’endroit des autres listes en cours de constitution ? Une nécessaire libération de tout engagement collectif pour pouvoir enclencher des projets plus auto-centrés, tels que le montage d’une liste par exemple ? Wait and see…

Fin de CDD pour Yawo Nyuiadzi

De manière synchrone, le deuxième vice-président et PDG de la SEMSAMAR annonçait, lundi 13 également, à son groupe sa décision de ne pas remettre le couvert avec la Team en 2022. Cette annonce fait suite à un entretien avec Daniel Gibbs le samedi précédent, entretien qu’il avait sollicité afin de “faire le bilan de son engagement, au bout de cinq ans mois pour mois, et d’en tirer les conséquences.”

Nous avons pu le rencontrer afin de faire la lumière sur les motivations et le timing de cette officialisation qui, elle non plus, n’est guère surprenante puisque cela fait longtemps que Yawo Nyuiadzi exprime, lui “en off”, sa déception quant à son groupe. Sans filtre, il nous a expliqué : “Cela fait cinq ans que je souffre, c’est la conséquence d’avoir rejoint une liste de personnes sans passé commun, sans valeurs partagées, sans projet fédérateur, réunies par une seule cause : celle d’être élu. Je ne suis pas en phase avec le président, je ne me suis jamais senti utile dans mon rôle de vice-président. De plus, le choix qu’a fait le président de me nommer VP puis PDG de la SEM alors que je ne suis pas Saint-Martinois a créé, malgré plus de 30 années d’existence ici, une certaine animosité de la part de mes colistiers, mon action et ma parole étaient de fait sclérosées. Mais je suis un homme de devoir, j’ai donc choisi de respecter mon engagement et surtout de ne pas être celui qui aurait créé une instabilité politique, surtout après Irma. La période me semble maintenant opportune, à l’approche des fêtes, pour faire taire les rumeurs, lever toute ambiguïté sans créer de désordre. A partir de janvier, ça va partir dans tous les sens, il y aura trop d’effervescence avec les affaires judiciaires et la campagne.”

Sa volonté est de terminer son mandat au sein de la majorité, mais Yawo Nyuiadzi est conscient que la loi donne la possibilité au Conseil territorial d’en décider autrement. Toutefois, il trouve que cela serait irresponsable, en particulier vis-à-vis de la SEM qui est en pleine préparation de ses bilans ainsi que de la transmission. 

Enfin, concernant sa présence sur une liste autre en 2022, Yawo Nyuiadzi est clair à dire qu’il en a à la fois la disponibilité et la volonté mais “ne commettra pas deux fois la même erreur”, il ne sera part que d’un groupe dont les membres se connaissent et portent un projet accompagné d’une évolution de la gouvernance. Il précise tout de même que ce groupe ne saurait être le RSM parce que “Ce n’est pas la peine d’aller encombrer la Chambre des retraités et plomber plus la moyenne d’âge. Le territoire a besoin de renouveau.” Pour les autres, l’homme dit être “ouvert”. A bon entendeur…

L’ironie de l’histoire

Ailleurs, ces deux annonces revêtiraient un caractère anecdotique. Après tout, il s’agit de communications internes qui n’ont rien d’hérétique dans un cadre démocratique où les transferts font aussi partie du jeu politique. D’ailleurs, Annick Petrus et Yawo Nyuiadzi en savent quelque chose puisqu’ils ont tous deux choisi de s’engager aux côtés de Daniel Gibbs après avoir œuvré contre lui sur des listes concurrentes. Elles semblent, en fait, presque logiques au regard de toutes les dissensions vécues par la Team Gibbs tout au long du mandat même si celles-ci sont restées sans conséquence publique. Et il y a fort à parier que ces confirmations doivent même, par ailleurs, soulager quelque peu le président Gibbs quant à la projection d’une éventuelle Team 2022 qui devra nécessairement se passer de tels “éléments perturbateurs”.

Dans notre contexte préélectoral où la constitution de listes relève plus du patchwork que du socle de valeurs ou d’idées, ces deux cas d’écoles devraient toutefois interpeller les futurs candidats à la présidence puisque si l’on ajoute au tableau des défections peint par Annick Petrus et Yawo Nyuiadzi les touches de Steven Patrick, celles de Sofia Carti qui s’est notamment revendiquée d’une “minorité dans la majorité” et la position ambiguë de Valérie Damaseau, on en vient à se demander si l’exercice de la vice-présidence ne relève pas, de manière presque karmique à Saint-Martin, de l’art figuratif…

En outre, ces volontés de non reconduction émanent des tenants des deux postes les plus prestigieux et rémunérateurs du champ politique local qui sont également les deux élus que le président a imposés aux autres membres de sa Team, suscitant les quelques rares votes non unanimes au sein de la majorité sur cette mandature.

Ce qu’il faut retenir en conséquence, n’est-ce pas qu’une fois doté d’ailes, l’Homme se prend inévitablement à vouloir voler… toujours plus haut ? Oubliant sans doute un peu qu’Icare ne s’est jamais réincarné en phoenix…


A propos du “figuratif”
L’art figuratif, tout particulièrement en peinture, est un style artistique qui prend pour modèle des objets du réel, les change ou les déforme pour transmettre un message. Cette représentation renvoie au réel mais est née dans la seule imagination de l’artiste qui ne s’attache pas à reproduire scrupuleusement la réalité ni même à utiliser des bases académiques
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