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Il existe un thème, une réflexion largement occultés par les élus, les candidats, l’Etat : c’est celui de nos handicaps, cherté de la vie, double insularité, etc… Cette situation impacte lourdement le niveau de vie et la situation d’une majorité de la population. 

L’évolution statutaire mal négociée et ses conséquences n’ont fait qu’accentuer ces disparités sur différents secteurs, entre les conditions de vie d’une famille saint-martinoise et les conditions de vie en métropole. 

Je ne ferai pas un inventaire complet et exhaustif de ces écarts mais rappellerai que 30% de la population locale vit sous le seuil de pauvreté et que le PIB par habitant est 50% inférieur à celui de la Métropole. Peut-être serait-il temps de mettre en exergue cette situation et ses conséquences sociales. Il s’agit d’un véritable sujet politique qui devrait alimenter le débat électoral à venir. 

Dans cette analyse, soulignons les facteurs et causes de ces disparités

En premier lieu, les loyers qui sont à SAINT MARTIN équivalents à ceux de la région parisienne. Améliorer l’habitat, développer l’offre de logement, en relation avec les ressources de la population relève de la compétence locale. 

La vie chère, les prix en général, se traduisent à SAINT MARTIN, et plus généralement dans les territoires ultramarins par un surcoût de 25 à 35% selon les secteurs, voire pour certains produits, jusqu’à 150% ! 

La téléphonie, internet, proposent des tarifications qui sont, pour un même service, le double de celui de la métropole.. Le prix de l’eau à SAINT MARTIN est de 2 à 10 fois supérieur à celui de la métropole. 

Les taux des prêts et services bancaires sont largement supérieurs à ceux de la métropole avec des écarts  de 1 à 2,5% points au titre des taux d’emprunt. En prenant en compte ces différents éléments qui déterminent le niveau de vie des familles, alors que les salaires du privé sont équivalents, voire inférieurs à ceux de l’hexagone, et vous comprendrez les difficultés et les restrictions que s’imposent les familles des Outre Mers. 

Il faut ensuite prendre en compte les charges liées à la double insularité, à savoir, le coût du transport inter îles vers la GUADELOUPE ou la MARTINIQUE, équivalent ou supérieur à un billet long courrier.

En matière de formation, d’éducation, d’études supérieures, de santé, l’offre locale reste limitée et impose le départ vers la métropole ou les  autres îles de Guadeloupe et de Martinique, principalement.

L’effort que doivent fournir les familles pour assurer la formation de leurs enfants, est plus que significatif et constitue une limite majeure à la construction d’une élite saint-martinoise … 

A la suite de l’évolution statutaire et du transfert de compétences défavorable à la collectivité, la population locale ne bénéficie pas de l’ensemble du dispositif d’aide aux logements, à l’amélioration de l’habitat, etc… Quant aux services bancaires, ils se déclinent au-delà du coût des prestations par l’absence de prêt jeunes, étudiants, prêts à taux zéro, et autres bonifications… 

Je pourrai compléter le tableau en soulignant le triplement des prélèvements fiscaux…

Dans ces conditions, seule l’existence d’une économie informelle, n’en déplaise aux censeurs, assure une relative paix sociale et les différents soubresauts qu’a connu SAINT MARTIN, cristallisent partiellement cette situation et accentuent les difficultés sociales des familles. 

Le débat électoral qui s ‘ouvre et qui va s’accentuer devrait s’orienter et prendre en compte ces paramètres et travailler à l’alignement nécessaire et indispensable du niveau de vie de la population locale par rapport à la métropole. Nombre de dispositifs ou d’évolution de dispositifs relèvent de leur compétence, de leur choix politiques, sur l’enseignement, le logement, la santé, le développement…

Faut-il souligner la multitude de rapports parlementaires ou techniques qui démontrent le retard de développement des territoires ultramarins, de SAINT MARTIN et qui constituent un fonds documentaire inerte. Nous devons envisager les axes et les mesures de rattrapage, avec un engagement et des échéances.

La gouvernance locale ne possède pas les marges nécessaires à un tel projet, mais elle doit déterminer ses mesures propres et interpeller l’Etat, et cela relève aussi de la mission des parlementaires… 

Car nous sommes des citoyens de seconde zone

La transformation sociale, l’évolution sociale, supposent une grande lucidité, la prise en compte des facteurs et éléments réels qui impactent la vie de la population, son évolution et le développement du territoire.

Vouloir ignorer, écarter la réalité de ces éléments et leur impact sur la cohésion de la communauté, n’a aucun sens, car à terme, tous ces dysfonctionnements se traduiront par une crise sociale majeure.

Il  importe, dans ce contexte, de renégocier avec l’Etat un programme de rattrapage sur l’ensemble des points évoqués avec une mobilisation effective de la gouvernance locale : contrôle des prix, création d’une offre de logements, amélioration de l’habitat, prise en charge des études supérieures, alignement des services de toute nature.

Il ne s’agit pas d’un rêve ou d’une promesse, mais simplement de la prise en compte de la vie réelle des familles. Ces choix supposent une autre politique et des élus qui possèdent le sens de l’intérêt général…

Il y aura sur 2022, d’autres échéances nationales, présidentielles, législatives et peut-être les candidats se souviendront-ils que les DOM/TOM existent et votent. 

Mais il est vrai que la misère est moins voyante et plus supportable au soleil…

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