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Le  renforcement  du tissu économique local vers la constitution d’un capitalisme constitue les fondements de notre véritable autonomie.

Cela signifie, en clair, soutenir, accompagner, conforter les entreprises locales en créant un véritable dispositif d’assistance et de soutien, ne serait-ce qu’en facilitant l’accès aux marchés publics et privés. 

Les entreprises locales créent ou maintiennent l‘emploi, contribuant à la fiscalité locale, leurs bénéfices s’inscrivent dans un cycle économique générateur d’emploi et de développement. Or, je constate, à l’analyse des marchés passés par la Collectivité, que d’autres opérateurs, ou maîtres d’ouvrage privés, que la majorité des marchés ont été attribués à des entreprises externes, que ce soit en bâtiment, VRD, réseau routier, électrification, nettoyage, gardiennage… 

A croire que les entreprises locales n’ont ni les moyens, ni les compétences et ne présentent pas les garanties pour réaliser  des prestations sans technicité !! 

Pendant 25 ans, avec “Monsieur le Maire”, Albert FLEMING, nous avons essayé de construire un tissu d’entreprises locales qui ont pu assurer, entre autres, la reconstruction après le cyclone LUIS et l’aménagement du territoire.

Les entreprises locales favorisent l’emploi des Saint-Martinois, contribuent à la fiscalité, travaillent pour certains à l’exportation, avec des exemples de réussites marquantes. En quelques années, auraient-elles perdu leur savoir-faire pour ne pas être en mesure de répondre aux consultations locales ou autres ?

L’analyse des marchés conclus par les différents pouvoirs adjudicateurs montre que certains titulaires n’ont aucune implantation locale, ni structure juridique dédiée, donc elles ne sont pas soumises à l’impôt, ne recouvre pas la T.G.C.A… Et lorsqu’elles possèdent une filiale locale, les résultats  remontent à l’entreprise mère ou feraient l’objet de facturation de prestations.

Bien sûr et comme justificatif, on m’opposera les contraintes de la commande publique, la transparence et pour les marchés privés, la compétence, la sécurité, etc… 

Ces arguments peuvent être pris en compte mais ne justifient en rien la liquidation du tissu économique local. Sans compter que les entreprises extérieures appartiennent à des groupes nationaux, bénéficient d’appuis techniques et financiers de leur maison mère, et ont accès à des filières d’approvisionnement plus concurrentielles… 

Mon propos ne porte pas sur le rejet de l’entreprise ou l’expertise externe lorsqu’elle s’impose selon les nécessités techniques. Le guide de la commande publique n’a pas pour objet de traiter à n’importe quelles conditions et à n’importe quel prix, mais permet d’adapter les choix selon un ensemble de critères. Il me semble qu’il convient, dans un premier temps, de protéger l’emploi local, le tissu économique et les ressources du territoire. 

En outre, les entreprises locales assurent une continuité de l’emploi, les entreprises extérieures délaissent le territoire dès que les marchés se réduisent… Dès lors, un recensement opéré par les entreprises du territoire démontre que, depuis IRMA, elles n’ont que faiblement accès aux marchés, qu’elles se trouvent en difficulté et vont opérer des licenciements. 

La Collectivité, les élus, l’Etat et les différents donneurs d’ordre doivent s’interroger sur la cohérence d’une telle politique et ses conséquences sur la cohésion sociale.

L’adaptation des règles de la commande publique sur un territoire insulaire de 53 km2 doit être prise en considération. Il existe aussi d’autres facteurs qui ne sont pas pris en considération, comme la création de cellules techniques pouvant porter assistance technique et administrative aux entreprises dans le cadre des différentes consultations, le soutien financier, par la création d’une société de capital-risque et la création d’un fonds de garantie. 

Les solutions et dispositifs pour assurer un soutien à l’économie locale existent, à condition d’avoir une volonté politique et une vision en matière de développement. Vouloir l’autonomie politique sans se doter des instruments pour s’assurer progressivement une autonomie économique n’a aucun sens. Il faut accepter et mettre en exergue la préférence locale, en définissant une méthode associant la pérennité de l’emploi et la cohésion sociale, au-delà des discours électoraux. 

La méthode et les moyens portent sur la création d’instruments financiers, de structures techniques pouvant apporter aux entreprises locales les moyens d’affronter la concurrence à armes égales. L’objectif n’est pas de créer un système protectionniste et fermé, mais de développer la compétence, la technicité des entreprises locales, de conforter leur situation financière en privilégiant celles qui  travaillent à l’exportation car elles sont encore plus porteuses d’emploi. 

L’évolution statutaire n’est pas une simple mécanique politique, elle ne peut en aucun cas s’affranchir du contexte et des contraintes économiques, et la nécessaire constitution d’un capitalisme local… Or, depuis IRMA, nous observons le déclin de l’entrepreneuriat local, nous assistons progressivement à l’élimination des entreprises “historiques” au détriment d’une économie passagère. 

Il s’agit de créer un cadre réglementaire qui préserve les intérêts du territoire et ce discours n’est pas étranger aux orientations de la politique nationale, voire européenne dans un contexte de mondialisation. Défendre l’emploi, défendre l’entreprise locale, construire un tissu économique, consolider un capitalisme saint-martinois, déterminer les fondements d’une économie prospère et d’un renouveau politique et social. 

Il serait temps et impératif que l’économie et l’emploi s’affirment comme des thèmes majeurs dans la campagne qui s’annonce.

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