« On bloquera les navires à quai » : les salariés de SPM Ferries à bout, dénoncent une surcharge de travail insupportable
St Martin Week Actualités « On bloquera les navires à quai » : les salariés de SPM Ferries à bout, dénoncent une surcharge de travail insupportable

« On bloquera les navires à quai » : les salariés de SPM Ferries à bout, dénoncent une surcharge de travail insupportable

61

La tension monte autour des rotations maritimes entre Saint-Pierre, Miquelon et Fortune. Au cœur du malaise, des femmes et des hommes qui assurent chaque jour un service public indispensable, mais qui disent désormais ne plus pouvoir supporter une surcharge de travail devenue insoutenable. Leur avertissement est clair, presque brutal. Et il laisse entrevoir un conflit social d’une ampleur inédite dans l’archipel.

Une situation qui inquiète toute une filière de transport

Les agents de SPM Ferries, qu’ils travaillent à bord des navires ou dans les services à terre, décrivent un climat professionnel dégradé depuis plusieurs mois. Les rotations entre Saint-Pierre, Miquelon et le port de Fortune, à Terre-Neuve, exigent une organisation millimétrée. Pourtant, les équipes affirment être constamment à flux tendu. Cela crée des retards, de la fatigue et un stress opérationnel difficile à gérer.

Le manque d’effectifs est au centre des préoccupations. Selon Emmanuel Detcheverry, délégué syndical suppléant et représentant du personnel navigant, cette pénurie empêche les agents de prendre leurs repos, leurs congés ou même une simple récupération après des journées longues et physiquement exigeantes. Il évoque des difficultés persistantes de recrutement, un turnover élevé et des problèmes de management qui aggraveraient encore une situation déjà fragile.

L’impact dépasse largement les seules conditions de travail. Le transport maritime local est un pilier de la vie quotidienne dans l’archipel. Liaisons médicales, approvisionnement, déplacements personnels ou professionnels : chaque interruption peut avoir des conséquences majeures pour les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon. C’est précisément cet enjeu qui rend les alertes des agents particulièrement sensibles. Et ce contexte tendu prépare la révélation de ce que les salariés exigent réellement.

Des revendications structurées et une alerte sociale qui se durcit

Le 5 mai, la CFDT a organisé une rencontre cruciale avec les représentants de chaque service de SPM Ferries. L’objectif était clair : faire un état des lieux complet des difficultés rencontrées par les équipes, du pont à la billetterie en passant par les services d’exploitation. À l’issue de ces échanges, le syndicat a également rencontré les élus de la collectivité territoriale, l’employeur de SPM Ferries.

Marion Letounel, secrétaire générale de la CFDT, explique qu’un courrier détaillant des revendications très précises a immédiatement été envoyé. Parmi celles-ci, la question des effectifs occupe une place centrale, et concerne en particulier le service de l’exploitation. Elle insiste sur l’urgence d’ouvrir un véritable dialogue social, estimant que la fatigue et la colère des agents ne permettent plus d’attendre.

Cette frustration s’exprime clairement dans les déclarations publiques. Emmanuel Detcheverry affirme que le personnel tient à assurer ce service public essentiel, mais refuse de continuer à le faire au détriment de ses conditions de travail. Selon lui, « la coupe est pleine ». Et il ne s’agit plus seulement d’un avertissement verbal. La menace de blocage des navires à quai fait désormais partie des options envisagées si les discussions n’avancent pas.

Cette perspective particulièrement sérieuse ouvre la voie à une réflexion sur les mesures concrètes qui pourraient désamorcer la crise.

Un blocage possible : comprendre ce que cela implique

Lorsqu’un représentant syndical affirme publiquement : « S’il faut aller jusqu’à bloquer les navires à quai, on bloquera les navires à quai », il ne s’agit pas d’une formule symbolique. Dans le secteur des transports maritimes, l’immobilisation des navires est l’un des moyens d’action les plus visibles et les plus impactants.

Les navires de SPM Ferries assurent les rotations entre Saint-Pierre, Miquelon et Fortune. Les immobiliser signifierait interrompre les liaisons internationales vers Terre-Neuve, perturber les échanges commerciaux, compliquer les déplacements des résidents et impacter les approvisionnements. Dans une collectivité isolée, ces perturbations peuvent avoir des répercussions rapides.

Le recours à une telle action montre à quel point les salariés estiment que leur message n’est plus entendu. La collectivité territoriale, de son côté, n’a pour l’instant pas souhaité s’exprimer sur le dossier. Ce silence nourrit un sentiment d’attente interminable chez les agents, qui disent ne plus avoir de marge de manœuvre.

Cette prise de position radicale soulève toutefois une question essentielle : que faudrait-il mettre en place, de manière concrète, pour prévenir un tel blocage et restaurer un climat de travail serein ?

Les leviers d’action pour répondre à la surcharge de travail

Le premier levier évoqué dans le courrier de la CFDT concerne les effectifs, particulièrement dans le service de l’exploitation. Recruter davantage, stabiliser les équipes et réduire le turnover paraît indispensable. Un effectif complet permettrait aux agents de reprendre des cycles de repos normaux, de poser leurs congés et de récupérer après les périodes de forte activité.

Une meilleure organisation des plannings pourrait également contribuer à diminuer la charge mentale. Une rotation mieux répartie entre les équipes, associée à des outils de planification modernes, réduirait les situations de tension.

Le management est également cité comme un point sensible. Des formations, une clarification des responsabilités et une communication plus structurée pourraient améliorer le fonctionnement interne. Dans de nombreuses entreprises de transport maritime, des dispositifs comme le débriefing post-mission ou les briefings quotidiens structurés aident à prévenir les incompréhensions et les surcharges ponctuelles.

Du côté de la collectivité territoriale, l’enjeu est d’ouvrir rapidement un espace de négociation. La CFDT insiste sur l’urgence. Attendre encore mettrait en péril non seulement la santé des agents, mais aussi la continuité du service public maritime. Cette dimension stratégique appelle d’autres pistes que les agents eux-mêmes évoquent parfois entre eux.

Ce que d’autres organisations maritimes ont déjà mis en place

La problématique rencontrée par SPM Ferries n’est pas unique dans le secteur du transport maritime public. Ailleurs, des solutions ont été appliquées avec succès.

Plusieurs pistes pourraient inspirer l’archipel :

  • La mise en place d’un renfort saisonnier pour absorber les pics d’activité.
  • L’instauration d’un comité interne de suivi des conditions de travail, regroupant navigants, personnels à terre et direction.
  • Le recours à des audits indépendants pour évaluer la charge réelle de travail et les besoins opérationnels.
  • La création de passerelles de formation pour réduire le turnover, souvent lié au manque de perspectives.
  • Un suivi médical renforcé pour les agents exposés au stress et aux horaires décalés.

Ces pistes pourraient aider à restaurer la confiance et stabiliser les équipes. Mais encore faut-il reconnaître les erreurs passées et éviter les pièges classiques.

Les erreurs qui aggravent souvent les tensions sociales

Dans les conflits sociaux du secteur maritime, plusieurs maladresses reviennent fréquemment. La première consiste à minimiser la fatigue accumulée par les agents. Une surcharge durable, même invisible pour le public, finit toujours par provoquer des ruptures.

Une autre erreur est de retarder l’ouverture du dialogue social. Dans le cas de SPM Ferries, les agents affirment déjà « ne plus pouvoir attendre ». Prolonger le silence risque d’alimenter ressentiment et colère. Enfin, ignorer les signaux faibles — départs successifs, absentéisme, hausse des incidents — conduit souvent à des situations plus difficiles à résoudre.

Ces points de vigilance prennent une importance particulière à Saint-Pierre-et-Miquelon, où la continuité du transport maritime est essentielle au quotidien.

L’avenir de ce conflit dépendra de la capacité de chacun à entendre l’autre. Les agents ont envoyé un signal fort. La collectivité territoriale doit désormais décider comment y répondre pour éviter une paralysie du transport maritime dans l’archipel.

4/5 - (22 votes)
Written by
Amandine

Passionnée de voyage et surtout de destinations exotiques sous le soleil. Ici, je partage mes expériences, mes conseils et mes astuces pour que vous puissiez vivre vous aussi des moments inoubliables. Suivez nous pour découvrir des endroits paradisiaques, rencontrer des gens fascinants et vivre des aventures inoubliables sous le soleil.

❤️ Aidez-nous, suivez-nous !

Indépendant et gratuit, St Martin Week a besoin de votre soutien : suivez-nous sur Google Actu, Facebook ou encore Twitter.

Related Articles

Sécheresse en Martinique : le réseau d’eau perd des millions de litres chaque jour et personne ne sait comment l’arrêter

En Martinique, certains quartiers voient désormais l’eau s’échapper à ciel ouvert pendant...

Cinéma : deux jeunes Martiniquais découvrent Cannes pour la première fois — leur réaction est bouleversante

Deux jeunes Martiniquais viennent de vivre ce que beaucoup n’osent même pas...