Sainte-Anne : des actes de sabotage sur le dispositif anti-sargasses sèment l'incompréhension dans la commune
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Sainte-Anne : des actes de sabotage sur le dispositif anti-sargasses sèment l’incompréhension dans la commune

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Les dégâts constatés ces derniers jours à Sainte-Anne ont créé un profond malaise. Des installations pourtant essentielles pour protéger le littoral ont été retrouvées déchirées, sectionnées, parfois dérivant en mer. Les habitants comme les professionnels s’interrogent, tandis que la commune tente de comprendre pourquoi un dispositif aussi coûteux et stratégique se retrouve visé.

Un littoral sous pression : pourquoi ces dispositifs sont essentiels

La prolifération des sargasses sur les côtes guadeloupéennes perturbe profondément la vie quotidienne. À Sainte-Anne, comme à Galbas, Castaing ou Dubellay, ces amas d’algues brunes envahissent les plages, dégradent l’air ambiant et réduisent l’activité économique liée au tourisme et à la pêche. Les filets anti-sargasses installés au large ont justement été conçus pour limiter l’arrivée de ces algues sur le littoral.

Ces installations représentent un investissement conséquent pour la municipalité, évalué à 600 000 euros. Ils doivent réduire les échouements massifs, ainsi que leurs effets secondaires : dépôts de vase, dégagements de gaz toxiques issus de la décomposition des algues, blocage des embarcations. Des secteurs comme Galbas ou la zone du Club Med ont déjà été fortement impactés l’an dernier, au point que les premiers filets posés avaient été découpés à plusieurs reprises.

Dans ce contexte, chaque équipement compte. Chaque filet déviant installé est un rempart pour les riverains, les élèves des établissements proches, les pêcheurs et les entreprises de collecte qui travaillent sept jours sur sept pour limiter les dégâts. C’est dans ce paysage tendu que les dégradations récentes prennent une ampleur d’autant plus incompréhensible. Et cela laisse craindre des conséquences encore plus graves sur la capacité de la commune à faire face aux marées brunes.

Sabotage confirmé : ce que les équipes ont découvert

Les premières alertes sont venues d’une riveraine. En se rendant sur place, les équipes de Filet DROM, l’entreprise martiniquaise chargée du déploiement des filets, ont découvert des sections nettes sur plusieurs points d’ancrage et sur des parties entières du grillage. Deux filets déviants installés devant la section de Castaing avaient été touchés durant le week-end, vraisemblablement dans la nuit de samedi à dimanche.

Le premier filet, positionné à l’ouest de la zone, a été littéralement éventré en son milieu. Le second, installé plus à l’est, a pu être réparé, mais les dégâts étaient, selon les équipes, « particulièrement importants ». Certaines cordes de mouillage avaient été coupées, et un filet entier s’est retrouvé complètement à la dérive. Des traces caractéristiques ont confirmé l’usage d’outils tranchants comme une pince ou un couteau.

Pour Octave de Jaham, chef de chantier chez Filet DROM, il ne fait aucun doute que les actes observés relèvent du sabotage. Il rappelle que l’entreprise déploie des filets depuis dix ans dans toute la Caraïbe, mais n’a constaté ce type de dégradations qu’en Guadeloupe. Les installations ont dû être remises en état grâce à plusieurs heures d’intervention, mobilisant du personnel supplémentaire pour éviter que les filets endommagés ne s’entremêlent ou ne se disloquent davantage.

Ces constats relancent une question déjà sensible : pourquoi viser un dispositif qui ne gêne, selon les équipes sur place, aucun passage de bateau et qui sert à protéger toute une zone littorale ? La commune et les professionnels attendent des réponses, mais l’enquête ne fait que commencer.

Une situation qui complique la gestion quotidienne : témoignages et réalité du terrain

Face à ces sabotages répétés, la mairie de Sainte-Anne assure prendre l’affaire très au sérieux. Le maire Franck Baptiste a confirmé avoir reçu un rapport détaillant les coupures et les dommages causés sur plusieurs installations. Selon lui, ces attaques visent directement un investissement essentiel à la protection du littoral et des habitants.

Le maire indique que la collectivité étudie désormais les suites judiciaires à donner, précisant qu’il compte déposer plainte. Plusieurs secteurs sont concernés : Galbas, Castaing et Dubellay, où les filets avaient pourtant été renforcés après les premières dégradations survenues l’an dernier devant le Club Med et le port de pêche des Galbas.

Les entreprises chargées du ramassage vivent également un climat difficile. Didier Janky, gérant de TP Janky, explique que ses machines sont visées par des actes de vandalisme de plus en plus fréquents. Après le vol de carburant, les attaques se dirigent désormais vers les organes moteurs, l’intérieur des cabines et même les glaces des engins.

Selon lui, cela perturbe gravement les opérations de collecte qui fonctionnent pourtant sans interruption, sept jours sur sept. Chaque arrêt de machine entraîne un retard, une accumulation de sargasses et une exposition prolongée des riverains aux odeurs et aux gaz issus de la décomposition des algues.

Les pêcheurs ne sont pas épargnés. Frédéric Boudhou, marin-pêcheur, décrit une situation bloquée : la vase accumulée par les échouements rend impossible toute sortie en mer. Son bateau, comme celui de son neveu, est prisonnier depuis plus d’une semaine, provoquant des journées de travail perdues et mettant en péril l’activité quotidienne.

Un phénomène structurel : comprendre les impacts durables des échouements

Au-delà des sabotages, ces événements rappellent que les sargasses créent une pression constante sur les territoires littoraux. Les amas qui s’échouent en masse produisent des gaz potentiellement toxiques, forcent la fermeture de plages, perturbent certaines activités scolaires, comme au lycée des Droits de l’Homme de Petit-Bourg, et génèrent une pollution visuelle et olfactive qui affecte durablement les habitants.

Les dépôts de vase alimentent aussi des zones marécageuses artificielles où les bateaux s’enlisent, comme l’ont décrit plusieurs pêcheurs. Les services de l’État ont déjà recommandé une veille sanitaire, demandant à la population de se tenir éloignée des amas de sargasses et de consulter un professionnel de santé en cas de symptômes liés aux gaz dégagés.

Ces perturbations donnent à la moindre dégradation des outils de protection une résonance plus forte. Lorsque les filets sont endommagés, ce sont les marées brunes qui reviennent plus vite, les machines de collecte qui sont davantage sollicitées, et des secteurs entiers de la population qui voient leur quotidien se compliquer. La commune sait que toute entrave à la lutte contre les sargasses affecte l’économie locale, la pêche, le tourisme et même la santé publique.

Des questions encore sans réponse : les points de vigilance

Si les auteurs des sabotages n’ont pas encore été identifiés, plusieurs éléments restent critiques à surveiller dans les semaines à venir. Les enquêtes menées par la gendarmerie devront déterminer s’il s’agit d’actes isolés ou d’un phénomène organisé. Les entreprises comme les collectivités espèrent une avancée rapide, car chaque nouvel incident réduit la capacité de réaction face aux échouements.

Les habitants, quant à eux, s’interrogent sur les motivations possibles. Les zones ciblées ne bloquent aucun trafic maritime, ce qui rend difficile l’hypothèse d’un simple mécontentement de plaisanciers. Les premières constatations montrent au contraire une volonté de neutraliser des dispositifs coûteux et indispensables.

Pour l’heure, la commune se concentre sur la sécurisation des installations et l’organisation de la collecte, tout en espérant que l’enquête apportera des réponses et un apaisement nécessaire à un littoral déjà sous tension.

La résolution de cette affaire pourrait définir la capacité de Sainte-Anne à protéger durablement son littoral. Et chaque acteur du territoire attend désormais que la lumière soit faite pour que la lutte contre les sargasses puisse se poursuivre sans entrave.

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Written by
Amandine

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