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Antilles : l’épandage de pesticides par drone autorisé dans les bananeraies, mais sous conditions strictes

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Dans les bananeraies antillaises, une nouvelle page s’ouvre avec l’autorisation de l’épandage de certains pesticides par drone. Beaucoup y voient un tournant décisif pour lutter plus efficacement contre une maladie redoutable, mais les règles d’utilisation sont si strictes qu’elles soulèvent déjà autant d’espoirs que de questions. L’enjeu est simple : améliorer les traitements sans compromettre la santé humaine ni l’environnement. Les prochaines lignes éclairent un dispositif inédit qui pourrait transformer durablement les pratiques agricoles aux Antilles.

Pourquoi cette autorisation est-elle un enjeu majeur ?

L’épandage par drone dans les bananeraies ne tombe pas du ciel. Il répond à une problématique qui préoccupe les planteurs depuis plus d’une décennie : la cercosporiose noire. Cette maladie, présente en Guadeloupe depuis 2012 et véhiculée par un champignon, attaque les feuilles des bananiers situées souvent entre 4 et 5 mètres de hauteur. Sans traitement efficace, elle réduit fortement la photosynthèse et entraîne des pertes de rendement importantes.

Depuis l’arrêt des traitements aériens en 2013, réalisés auparavant par avion ou par hélicoptère, les exploitants ont dû se rabattre sur deux méthodes : l’effeuillage, consistant à couper les zones nécrosées, et les applications terrestres de fongicides. Ces traitements se déroulent aujourd’hui soit à l’aide d’engins mécanisés dans les grandes exploitations, soit avec des atomiseurs à dos sur les petites parcelles ou les terrains pentus. En Guadeloupe, la moyenne annuelle est d’environ cinq traitements, contre douze à treize en Martinique, où la pression parasitaire est plus forte en altitude et dans les zones humides.

Les essais menés en 2020-2021 par l’Institut Technique Tropical ont démontré l’intérêt des drones : une meilleure précision, une répartition plus homogène des fongicides et une dérive réduite par rapport aux applications terrestres. Pourtant, sans un cadre légal strict, leur utilisation restait impossible. L’attente a pris fin avec la loi du 23 avril 2025, puis avec l’arrêté interministériel du 29 mai 2026, qui fixe désormais toutes les conditions d’application. Reste à comprendre ce que ces nouveaux textes permettent réellement.

Et c’est là que l’éventail des possibilités se précise… tout en se resserrant.

Ce que l’arrêté autorise vraiment : les produits, les drones, les règles

Le premier élément clé concerne les produits phytosanitaires. La loi de 2025 limite strictement l’usage des drones aux fongicides jugés peu nocifs : produits de biocontrôle, produits utilisables en agriculture biologique et produits à faible risque. Dans le cas précis de la banane, cela exclut les molécules les plus efficaces, notamment le dernier fongicide curatif de la famille des triazoles, le Sico, encore autorisé en traitement terrestre mais classé trop toxique pour une application aérienne.

À ce jour, seuls deux fongicides préventifs sont autorisés pour une pulvérisation par drone dans les bananeraies : Serenade Rhapsody et Cerasulfur (à base de soufre). Chacun de ces produits a dû recevoir une approbation expresse de l’ANSES, après une évaluation détaillée des risques liés à la pulvérisation aérienne. L’arrêté du 29 mai 2026 rend cette validation obligatoire pour tout produit candidat.

Côté matériel, la réglementation impose également un cadre strict. Au décollage, les drones pulvérisateurs ne doivent pas dépasser 200 kilos. Ils doivent voler à moins de 3 mètres au-dessus de la canopée et ne pas dépasser 18 km/h. Ils doivent en outre intégrer la technologie la plus performante disponible pour limiter la dérive des gouttelettes.

Les distances de sécurité sont elles aussi encadrées : au moins 10 mètres autour des points d’eau (cours d’eau, réservoirs, bassins aquacoles), et au moins 20 mètres autour des habitations, lieux publics ou zones accueillant des personnes vulnérables. De plus, pendant les opérations, aucune personne non impliquée dans l’épandage ne peut accéder à la zone traitée.

Enfin, il ne suffit pas d’avoir un drone et un produit autorisé. Chaque exploitation devra déposer une demande auprès de la préfecture, deux mois avant la première application. Le dossier devra démontrer un avantage manifeste pour la santé humaine et l’environnement par rapport aux méthodes terrestres. L’autorisation, une fois obtenue, sera valable au maximum cinq ans.

Une fois ces obligations posées, reste à savoir comment les planteurs peuvent concrètement mettre en œuvre cette technique.

Comment les planteurs pourront-ils appliquer les fongicides par drone ?

La mise en application du dispositif nécessite une organisation rigoureuse. Entre les contraintes techniques et les démarches administratives, chaque exploitation doit anticiper plusieurs étapes.

Préparer le dossier d’autorisation

Les planteurs devront constituer un dossier incluant :

  • la liste des produits utilisés (Serenade Rhapsody et Cerasulfur)
  • la preuve de leur homologation par l’ANSES pour l’usage par drone
  • une démonstration des avantages comparés par rapport au traitement terrestre
  • un descriptif du matériel utilisé et des technologies anti-dérive
  • le calendrier prévisionnel des applications

Ces éléments permettront à la préfecture d’évaluer la pertinence du recours au drone dans la parcelle concernée.

Installer et paramétrer les drones

Les drones doivent respecter les limites fixées : masse maximale de 200 kg, hauteur de vol inférieure à 3 mètres, vitesse limitée à 18 km/h. Le paramétrage doit garantir une pulvérisation uniforme et limiter au maximum la dérive. Les opérateurs doivent aussi vérifier que personne ne puisse accéder à la zone pendant le traitement.

Planifier les traitements

Dans les Antilles, les périodes les plus critiques correspondent aux zones humides et aux altitudes élevées, où la cercosporiose noire se développe plus rapidement. Les planteurs de Martinique sont habitués à 12 à 13 passages annuels, contre environ cinq en Guadeloupe. Avec le drone, les traitements pourraient être plus réguliers et plus homogènes, mais uniquement avec les produits autorisés.

Former les équipes

La mise en œuvre des « pulvé-drones » implique une formation technique spécifique. Les exploitations devront former leurs salariés au pilotage, à la sécurité, à l’entretien des équipements et aux protocoles d’intervention. Cette formation représente un coût non négligeable, qui vient s’ajouter à l’investissement matériel.

Toutes ces étapes montrent que l’usage du drone est possible, mais sous de multiples conditions. Pourtant, la profession entrevoit aussi des opportunités nouvelles.

Variantes, perspectives et défis pour la filière

Le recours aux drones ne remplace pas totalement les traitements terrestres. Les molécules les plus efficaces, notamment certains fongicides de synthèse encore autorisés, ne peuvent pas être pulvérisées par voie aérienne. Les planteurs devront donc conserver leurs dispositifs actuels, au moins jusqu’au retrait de ces molécules du marché.

Les professionnels étudient déjà le coût de déploiement de cette technologie. L’investissement total est estimé à 19 millions d’euros pour la Martinique et la Guadeloupe, dont 5 millions d’euros pour l’archipel guadeloupéen. À cela s’ajoutent les dépenses de formation, de maintenance et d’accompagnement technique.

Malgré ces contraintes, les opportunités demeurent réelles. Les drones s’inscrivent dans une logique d’agriculture de précision, permettant de déposer les produits au bon endroit, au bon moment, en réduisant considérablement l’exposition des salariés agricoles. Ils peuvent également offrir des perspectives d’innovation pour d’autres cultures, notamment dans les parcelles en pente où les engins terrestres peinent à intervenir.

Si la généralisation semble encore lointaine, la profession ambitionne une mise en œuvre maîtrisée d’ici fin 2026 ou début 2027. Cette évolution pourrait devenir un levier stratégique dans la transition agroécologique des Antilles.

Points de vigilance et idées fausses à éviter

Certains pensent que l’arrivée des drones rendra les traitements plus simples et systématiques. En réalité, le dispositif reste très encadré. L’autorisation n’est pas automatique, les produits sont limités, et les distances de sécurité restreignent les zones d’intervention.

Il serait également erroné d’imaginer une suppression des traitements terrestres. Les planteurs devront maintenir les deux systèmes en parallèle tant que les molécules les plus efficaces ne sont pas autorisées par voie aérienne ou ne disparaissent pas du marché.

Enfin, l’idée que les drones réduisent les coûts est trompeuse. Entre l’investissement matériel, la formation du personnel, la maintenance et les démarches administratives, la technologie représente un effort financier important pour les exploitants.

Au-delà de ces limites, les drones offrent toutefois une piste crédible pour mieux protéger les bananeraies tout en réduisant l’exposition humaine, un enjeu crucial pour la filière. L’évolution réglementaire est posée, et il revient désormais aux planteurs de s’emparer de ce nouvel outil pour construire l’avenir de leurs exploitations.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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