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Famille disparue : ce que les proches n’ont toujours pas obtenu comme réponses

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Une famille qui perd l’un des siens cherche des réponses. Mais lorsque, en plus du deuil, s’ajoute l’incompréhension autour d’une parcelle transmise de génération en génération, le besoin de vérité devient vital. À Sainte‑Rose, ce manque d’explications continue de peser lourd, car les zones d’ombre persistent et aucune réponse claire n’a encore dissipé les doutes.

Un terrain chargé d’histoire devenu source de conflit

Pour la famille d’Herminie Pougeol, décédée courant juin, la question est simple. Comment une parcelle agricole qu’elle exploitait depuis plusieurs décennies a‑t‑elle pu quitter la sphère familiale ? Le terrain, situé chemin de Guérin, dans le secteur de Bis à Sainte‑Rose, représente bien plus qu’une simple surface agricole. Il symbolise une histoire, un héritage et un lien matériel avec les années de travail de cette agricultrice.

Ses enfants affirment qu’elle cultivait cette parcelle depuis plus de 46 ans. Ce chiffre n’est pas anodin pour eux. Il témoigne d’une exploitation continue qui, selon leur perception, aurait dû suffire à leur garantir un droit prioritaire ou, à tout le moins, une information officielle en cas de changement administratif.

À cela s’ajoute un détail devenu pour eux un symbole d’incompréhension. Depuis le début de l’année, la parcelle est désormais fermée par des grillages. Une barrière physique qui, pour la famille, matérialise l’exclusion ressentie et va bien au‑delà d’une simple mesure de protection foncière.

Pour comprendre pourquoi ce terrain occupe une place si centrale, il faut revenir au rôle des procédures de préemption et de rétrocession. Deux dispositifs clés mais souvent mal compris, et dont la mise en œuvre peut créer des tensions lorsqu’elle touche des familles qui pensent agir en toute légitimité.

La préemption et la rétrocession : une procédure encadrée mais opaque pour les familles

La SAFER Guadeloupe, comme toutes les Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural (SAFER), dispose d’un droit de préemption. Ce mécanisme lui permet d’acquérir un bien agricole mis en vente pour le redistribuer, via une rétrocession, dans l’intérêt du développement rural. Sur le papier, la procédure est strictement encadrée. Dans les faits, lorsqu’elle concerne un terrain exploité depuis des décennies par une même personne, l’impact humain peut être fort.

Selon la SAFER Guadeloupe, la préemption suivie de la rétrocession concernant ce terrain a été menée « sur la base des documents transmis et validée par les instances compétentes ». Cette phrase, précise juridiquement, laisse pourtant de nombreuses questions ouvertes pour les proches d’Herminie Pougeol. Ils ignorent encore quels documents ont été fournis, quelles informations ont été vérifiées et selon quels critères la rétrocession a été attribuée.

Ils affirment ne jamais avoir été consultés, ni informés en amont. Pour eux, l’exploitation du terrain depuis plus de 46 ans aurait dû constituer un élément déterminant. Ils s’interrogent également sur le rôle joué par les services de notariat, le cadastre ou encore les services municipaux, souvent impliqués dans la transmission d’informations administratives essentielles.

L’enjeu dépasse largement leur situation personnelle. Il interroge la transparence des procédures foncières en Guadeloupe, un sujet déjà sensible sur de nombreuses communes rurales. Et ce manque d’explications précise les pousse à chercher encore, car ils estiment qu’un élément clé leur échappe toujours.

Ce que la famille veut comprendre : les zones d’ombre qui persistent

Pour les enfants d’Herminie Pougeol, la priorité est d’obtenir enfin une chronologie claire. À quel moment exact la procédure de préemption a‑t‑elle été lancée ? Qui a été informé officiellement ? Quels éléments du dossier ont été jugés valides ? La SAFER affirme que toutes les étapes ont été validées par les instances compétentes, mais sans fournir pour l’instant les détails qui rassureraient les proches.

Ils souhaitent notamment savoir si la preuve de l’exploitation agricole — 46 ans selon eux — a été intégrée dans le dossier. Selon les règles habituelles, un exploitant en place peut prétendre à une priorité ou à une information préalable. L’absence de communication à ce sujet entretient le sentiment d’un processus décidé sans eux.

Autre point sensible : la mise en place des grillages en début d’année. Pour la famille, cette clôture marque un tournant. Elle signale que le nouveau bénéficiaire de la rétrocession a pris possession du terrain. Mais les proches n’ont jamais reçu d’explication quant à cette installation, ni d’avis administratif les informant officiellement du changement.

Ces interrogations montrent qu’au‑delà du droit, c’est l’aspect humain qui préoccupe la famille. Ils veulent comprendre, et ce besoin de clarté reste intact tant que les documents n’ont pas été consultés dans leur intégralité.

Comment la procédure aurait dû être perçue par les usagers du terrain

Dans un dossier de préemption, plusieurs étapes clés sont généralement attendues par les familles concernées. Même si chaque situation est différente, certains points sont habituellement observés dans le cas de terrains agricoles exploités sur le long terme.

Voici les éléments que les proches d’Herminie Pougeol espèrent voir apparaître dans un dossier complet :

  • Un avis officiel informant l’exploitante ou sa famille du déclenchement de la préemption
  • La confirmation que l’exploitation de plus de 46 ans a été mentionnée et considérée
  • Les pièces justificatives ayant conduit à la décision de rétrocession
  • L’identité du nouveau bénéficiaire et les critères ayant motivé ce choix
  • Les dates précises de chaque étape administrative
  • L’existence ou non de recours possibles au moment de la décision

En l’absence de ces informations, une famille peut avoir le sentiment que le terrain lui a « échappé » sans explication. C’est précisément ce que disent ressentir les proches d’Herminie Pougeol aujourd’hui.

Des zones rurales souvent confrontées aux mêmes tensions

La situation vécue à Sainte‑Rose n’est pas isolée. Dans de nombreuses communes rurales de Guadeloupe, les procédures de préemption font l’objet de débats, notamment lorsqu’elles concernent des terrains exploités de manière informelle mais continue depuis des décennies. Beaucoup d’anciens exploitants n’ont jamais régularisé leur statut, faute d’accompagnement administratif ou de documents familiaux complets.

La SAFER, en reprenant un terrain, agit selon ses objectifs : lutter contre la spéculation, éviter la friche et favoriser des projets agricoles structurés. Mais les familles qui se sentent dépossédées souhaitent souvent être accompagnées, entendues et informées plus clairement des motifs exacts.

Dans le cas de Sainte‑Rose, l’installation de grillages au début de l’année ajoute une dimension émotionnelle forte. Elle matérialise la rupture entre l’ancienne exploitation et le nouveau projet, sans que les proches aient eu les explications auxquelles ils s’attendaient.

Les réponses attendues pour apaiser la situation

Le besoin de transparence est au cœur de l’attente familiale. Ils ne demandent pas nécessairement une rétrocession du terrain, mais veulent comprendre ce qui s’est réellement passé et pourquoi aucune démarche ne les a intégrés dans le processus.

Comme dans de nombreux dossiers fonciers, le temps joue contre la clarté. Plus les mois passent, plus il devient difficile de reconstituer précisément les échanges administratifs, surtout lorsque l’exploitante principale n’est plus là pour témoigner.

La famille espère encore accéder aux documents complets du dossier, afin d’éclaircir les zones d’ombre. Ce n’est qu’une fois les pièces réunies qu’elle pourra tourner la page, qu’elle accepte ou non les décisions prises.

L’enjeu désormais est d’obtenir les informations manquantes pour savoir, enfin, ce qui a conduit à ce changement de propriétaire. Et peut‑être retrouver un peu de sérénité face à une procédure qu’elle peine encore à comprendre.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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