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St Martin Week Guadeloupe Conteur créole à 100 ans : Albert Gaspard perpétue une tradition orale que peu savent encore transmettre
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Conteur créole à 100 ans : Albert Gaspard perpétue une tradition orale que peu savent encore transmettre

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Une voix posée, une gestuelle précise et quelques personnages suffisent parfois à faire revivre tout un monde. À Capesterre, une soirée a montré que cette mémoire ne s’efface pas tant qu’elle trouve des oreilles attentives.

À 100 ans, l’homme célébré incarne une manière de raconter qui résiste aux habitudes rapides et aux récits consommés sur écran. Son parcours rappelle surtout qu’un conte ne se transmet jamais seul.

Pourquoi la parole des conteurs créoles reste essentielle

Les histoires circulent aujourd’hui souvent par les téléphones, les vidéos et les plateformes numériques. Ces formats donnent accès à une multitude de récits, mais ils remplacent difficilement la présence d’un conteur face à son public.

Dans un conte créole, la voix compte autant que les mots. Le rythme, les silences, les changements de ton et les réactions de la salle construisent une expérience collective. Un même récit peut ainsi prendre une couleur différente selon le lieu, l’âge du public ou le moment.

En Guadeloupe, les contes font vivre des personnages connus tels que Konpè Lapin et Konpè Zamba. Ils ne sont pas de simples héros de fiction. Ils portent des façons de parler, de rire, de réfléchir et de regarder les rapports entre les individus.

Ce patrimoine est dit immatériel parce qu’il ne repose pas sur un monument ou un objet. Il dépend des femmes et des hommes qui le connaissent, le racontent et le transmettent. Quand un conteur disparaît sans avoir partagé son répertoire, une part de cette mémoire peut devenir plus fragile.

C’est précisément ce que rappelle l’hommage rendu à Albert Gaspard. Sa trajectoire montre comment une parole entendue dans l’enfance peut inspirer, des années plus tard, une nouvelle vocation.

Albert Gaspard, centenaire et passeur de contes guadeloupéens

Albert Gaspard a célébré ses 100 ans. À cette occasion, plusieurs générations de conteurs se sont réunies à Capesterre pour saluer celui qui a consacré une grande partie de sa vie à la tradition orale guadeloupéenne.

Pendant des décennies, Albert Gaspard a raconté les aventures de Konpè Lapin, de Konpè Zamba et d’autres figures du conte créole. Il intervenait dans les écoles comme dans les quartiers. Cette présence dans des lieux du quotidien a permis aux récits de toucher des publics variés.

Son itinéraire ne se limite pas au conte. Avant de devenir conteur, il a été cultivateur, charpentier et saxophoniste. Ces métiers et cette pratique musicale racontent un parcours riche, fait de plusieurs vies avant de trouver sa voie dans la parole racontée.

Le conte est devenu le domaine dans lequel il a marqué plusieurs générations de Guadeloupéens. Sa transmission ne se résume pas à mémoriser une histoire. Elle passe par la manière d’habiter le récit, de donner un caractère à chaque personnage et de créer un lien immédiat avec l’auditoire.

Parmi les personnes qui ont grandi avec ses histoires figure Benjamin Moïse, connu sous le nom de Benzo. Devenu à son tour l’un des conteurs les plus connus de Guadeloupe, il illustre concrètement cette chaîne de transmission.

Le passage de témoin entre Albert Gaspard et Benzo donne une force particulière à ce centenaire. Il prouve que la tradition orale peut rester vivante lorsqu’elle est partagée, puis reprise avec une voix nouvelle.

Comment se transmet un conte, de l’écoute à la prise de parole

La transmission orale commence par l’écoute. L’enfant, l’élève ou le voisin entend d’abord une histoire racontée avec présence. Il retient parfois une formule, un rire, une ruse de Konpè Lapin ou la voix donnée à Konpè Zamba.

Avec le temps, cette écoute peut devenir une envie de raconter à son tour. Le parcours de Benjamin Moïse, dit Benzo, montre ce mouvement. Bercé par les récits d’Albert Gaspard, il a ensuite pris la parole pour perpétuer cette tradition en Guadeloupe.

Un conteur ne lit pas simplement un texte devant une salle. Il adapte sa narration au public et à l’instant. Sa gestuelle accompagne les mots. Son regard sollicite les réactions. Sa voix crée du suspense, de l’humour ou de l’émotion.

Cette pratique demande aussi de connaître les personnages et les ressorts du récit. Konpè Lapin, figure centrale de nombreux contes créoles, est souvent associé à l’astuce. Konpè Zamba appartient lui aussi à cet univers de personnages transmis par la parole.

Dans les écoles, la rencontre avec un conteur ouvre un espace différent de la lecture silencieuse. Les élèves peuvent écouter le créole, entendre les variations de langage et découvrir que la mémoire culturelle se vit dans une relation directe.

Dans les quartiers, le conte crée également un rassemblement. Les générations se retrouvent autour d’un récit connu ou inattendu. Cette proximité explique pourquoi les histoires d’Albert Gaspard ont pu rester présentes dans les souvenirs de tant d’auditeurs.

Mais cette pratique exige une attention active. Pour durer, elle a besoin de nouveaux conteurs capables d’écouter les anciens, puis de faire circuler les récits auprès des plus jeunes.

Une soirée à Capesterre pour faire vivre une mémoire collective

La célébration organisée à Capesterre pour les 100 ans d’Albert Gaspard n’avait pas seulement valeur d’anniversaire. Elle a rassemblé la famille des conteurs autour d’une figure reconnue de la culture créole guadeloupéenne.

Ce type d’hommage rend visible un travail discret. Le conteur intervient parfois dans une école ou un quartier, loin des grandes scènes. Pourtant, chaque récit partagé contribue à entretenir une mémoire commune.

Le conte créole continue de rencontrer son public, notamment parmi les jeunes. Cette réalité est importante, car elle évite de réduire la tradition orale à un souvenir figé. Une tradition reste une pratique lorsqu’elle est entendue, racontée et réinventée dans le respect de ses personnages.

La reconnaissance accordée à Albert Gaspard met aussi en lumière la diversité de son expérience. Le cultivateur, le charpentier et le saxophoniste ont trouvé dans le conte une voie capable de réunir les autres dimensions de sa vie.

La musique, le travail manuel et la parole ont chacun leur rythme. Sans les confondre, ils rappellent qu’une culture se transmet par des gestes répétés, par l’attention portée aux autres et par la patience.

Le centenaire a accueilli cette reconnaissance avec gratitude. Selon lui, sa longévité tient avant tout à sa foi et à une volonté qui ne lui appartient pas entièrement. Cette parole donne à l’hommage une dimension intime, au-delà de la célébration publique.

Ce que les jeunes générations peuvent retenir de cette tradition

Le premier enjeu est de ne pas considérer le conte comme un objet ancien, réservé aux cérémonies ou aux archives. Les récits de Konpè Lapin et de Konpè Zamba prennent leur sens lorsqu’ils rencontrent une voix et un public.

Le second est de reconnaître la place des aînés. Albert Gaspard ne transmet pas seulement des intrigues ou des noms de personnages. Il transmet une manière de raconter, forgée au fil des décennies, dans les écoles et les quartiers.

Enfin, la relève compte. L’exemple de Benzo rappelle qu’un auditeur peut devenir conteur. Cette évolution ne se décrète pas. Elle naît d’une rencontre, d’une écoute régulière et du désir de faire entendre à son tour une parole vivante.

  • Écouter les conteurs permet de saisir le rythme et les nuances du récit.
  • Retenir les personnages et les formules aide à préserver le répertoire créole.
  • Raconter devant d’autres personnes donne une nouvelle vie à la tradition orale.

Les écrans ne condamnent donc pas nécessairement la parole vivante. Ils rappellent plutôt la valeur particulière d’un moment où un conteur et son auditoire partagent le même espace.

Les erreurs à éviter lorsqu’on parle de patrimoine oral

La première erreur consiste à croire qu’un conte existe uniquement dans une version fixe. La tradition orale se nourrit de répétitions, mais aussi d’adaptations. La voix, la gestuelle et l’écoute du public en font partie.

Il serait aussi réducteur de ne retenir que les personnages. Derrière Konpè Lapin ou Konpè Zamba se trouvent une langue, des manières de dire et une mémoire collective. Le récit prend toute sa portée dans cette richesse.

Enfin, un hommage ne doit pas isoler un conteur de ceux qu’il a inspirés. La présence de plusieurs générations à Capesterre, ainsi que le parcours de Benzo, montrent que la transmission reste toujours une œuvre partagée.

À 100 ans, Albert Gaspard demeure ainsi l’un de ceux qui ont aidé les contes créoles à franchir les époques. Tant que des voix les porteront devant de nouveaux auditoires, ces histoires continueront de circuler.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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