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Agriculture : pour la première fois dans le Pacifique, la Confédération paysanne s’implante en Nouvelle-Calédonie

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À 18 000 kilomètres de Paris, des agriculteurs calédoniens veulent faire de la terre un véritable levier d’avenir. Leur ambition dépasse la production destinée aux repas familiaux ou aux échanges coutumiers. Elle concerne l’emploi des jeunes, la vie des tribus et la capacité du territoire à mieux se nourrir lui-même.

Une nouvelle étape syndicale vient donner du poids à ce projet. Elle ouvre aussi des perspectives inédites entre la Nouvelle-Calédonie, l’Hexagone et les réseaux paysans internationaux.

Pourquoi l’agriculture calédonienne cherche de nouveaux appuis

En Nouvelle-Calédonie, l’agriculture occupe une place économique, sociale et culturelle majeure. Dans de nombreuses tribus kanak, les familles cultivent d’abord pour se nourrir et répondre aux obligations des échanges coutumiers. Ces productions s’inscrivent dans des valeurs de partage, de lien au territoire et de respect des structures coutumières.

Mais cette activité ne garantit pas toujours un revenu suffisant. Guillaume Vama, agriculteur originaire de l’Île des Pins, veut justement aider les producteurs à vivre économiquement de leur travail sans renoncer à ces valeurs. Son objectif concerne les villages, mais surtout les tribus, où les projets agricoles rencontrent parfois des obstacles spécifiques.

La dépendance alimentaire est l’un des enjeux les plus urgents. Sur l’archipel, 85 % des produits sont importés. Cette situation renforce l’intérêt d’une production locale plus solide, capable de fournir davantage de denrées et de créer des débouchés durables.

Les exploitations situées sur des terres coutumières peuvent toutefois être perçues comme trop petites par certaines institutions publiques. Des désaccords avec des autorités coutumières peuvent aussi compliquer la réalisation de projets. Pour les porteurs d’initiatives, obtenir un accompagnement reconnu devient donc déterminant.

C’est dans ce contexte qu’une organisation agricole nationale a choisi d’étendre sa présence jusqu’au Pacifique. Reste à comprendre ce que cette implantation change concrètement.

La Confédération paysanne crée sa première antenne dans le Pacifique

La Confédération paysanne de Kanaky-Nouvelle-Calédonie a été créée en août 2026. Cette structure constitue la première antenne de la Confédération paysanne dans l’océan Pacifique. Son président est Guillaume Vama, à l’origine de cette initiative syndicale.

Début septembre, il s’est rendu au siège national de la Confédération paysanne à Bagnolet, en banlieue parisienne. Après un trajet de 18 000 kilomètres depuis la Nouvelle-Calédonie, il a rencontré les responsables du troisième syndicat agricole français. Pour lui, cette rencontre avait une portée particulière, puisqu’il voyait les cadres nationaux en tant que membre officiel.

La nouvelle antenne rassemble déjà 40 adhérents calédoniens. Ils souhaitent bénéficier du savoir-faire, du suivi et du réseau de la Confédération paysanne. Au niveau national, le syndicat compte plus de 11 000 membres et défend une agriculture durable, l’autonomie alimentaire et le respect du vivant.

Les dirigeants nationaux voient cette relation comme un échange, et non comme une transmission à sens unique. Des méthodes de travail de la terre peuvent être partagées avec les producteurs calédoniens. En retour, les agricultures kanak et coutumières peuvent apporter des expériences précieuses à un mouvement paysan engagé sur ces questions.

La Confédération paysanne affirme aussi une proximité politique avec la lutte indépendantiste kanak et une ligne anticolonialiste ancienne. Cette dimension explique l’importance symbolique de cette implantation, au-delà du seul accompagnement technique. Mais le syndicat doit désormais prouver son utilité sur le terrain.

Comment la nouvelle antenne veut accompagner les tribus

La Confédération paysanne de Kanaky-Nouvelle-Calédonie entend d’abord structurer les projets des producteurs. L’idée est de consolider les exploitations, de faciliter l’accès aux équipements et d’appuyer la création d’activités rémunératrices dans les tribus.

Son action repose sur plusieurs axes complémentaires :

  • Accompagner les pratiques agricoles grâce aux méthodes de travail de la terre partagées par le réseau syndical.
  • Soutenir les petits projets locaux afin que les familles puissent tirer un revenu de leurs cultures.
  • Préserver les valeurs kanak en maintenant le rôle des productions dans l’alimentation et les échanges coutumiers.
  • Intervenir en cas de difficultés par l’intermédiaire d’une commission interne, notamment lors de conflits avec des coutumiers.
  • Apporter une garantie de sérieux aux institutions publiques grâce au suivi associé à l’adhésion à un syndicat national.

Cette reconnaissance pourrait faciliter l’obtention d’aides publiques. Guillaume Vama estime que ces soutiens pourraient financer l’achat de matériel agricole et permettre la création d’emplois pour les jeunes. L’enjeu est aussi territorial : offrir davantage de perspectives dans les tribus peut contribuer à freiner l’exode vers Nouméa.

La démarche ne consiste donc pas seulement à augmenter les volumes produits. Elle vise à bâtir une économie agricole adaptée aux terres coutumières, aux réalités des petites exploitations et aux besoins de la jeunesse calédonienne.

Cette structuration locale sera bientôt mise à l’épreuve, avec une première mission prévue sur place. Elle doit aussi préparer l’ouverture de la Nouvelle-Calédonie vers d’autres agricultures tropicales.

Des échanges internationaux grâce à La Via Campesina

La nouvelle antenne calédonienne compte également sur les relations internationales de la Confédération paysanne. Le syndicat français appartient à La Via Campesina, une organisation agricole altermondialiste qui revendique plus de 210 millions de membres.

Ce réseau relie des organisations paysannes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud. Pour Guillaume Vama, ces connexions peuvent ouvrir de multiples portes aux agriculteurs calédoniens. Les échanges avec des territoires tropicaux présentent un intérêt particulier, car leurs climats peuvent se rapprocher de celui de la Nouvelle-Calédonie.

Ces liens peuvent favoriser le partage d’expériences entre producteurs confrontés à des enjeux comparables. L’autonomie alimentaire, les cultures vivrières, l’organisation collective, l’accès au matériel ou la valorisation de productions locales font partie des sujets susceptibles d’être abordés.

À plus long terme, l’objectif évoqué est aussi de pouvoir exporter. Cette perspective suppose cependant de renforcer la production, l’organisation des filières et la capacité des exploitations à répondre à de nouveaux marchés. Elle ne remplace pas la priorité actuelle : produire davantage pour le territoire.

La dimension internationale donne ainsi de l’ampleur au projet, tout en rappelant que les solutions devront rester adaptées aux réalités coutumières calédoniennes. Un premier rendez-vous permettra de préciser les besoins des membres.

Une délégation attendue à Nouméa avant de nouvelles implantations

Une délégation de la Confédération paysanne doit se rendre en Nouvelle-Calédonie à la fin de l’année 2026. Elle rencontrera les membres calédoniens afin d’établir un premier constat de la situation et des attentes sur le terrain.

Des initiations sont prévues après cette phase d’observation. Elles devront permettre aux nouveaux adhérents de s’approprier les outils proposés par le syndicat et de définir des actions adaptées aux exploitations locales.

Le projet ne s’arrête pas à la Nouvelle-Calédonie. À terme, la Confédération paysanne souhaite aussi s’étendre en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna. Ces territoires pourraient former un premier réseau syndical paysan dans le Pacifique.

Cette dynamique intervient alors que Guillaume Vama reste une figure engagée dans la cause indépendantiste. Incarcéré puis transféré dans l’Hexagone après les émeutes de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie, il a été libéré en juin 2025.

Quatre mois avant son déplacement à Bagnolet, un non-lieu a été prononcé à son bénéfice ainsi qu’en faveur de treize autres leaders kanak. Le parquet a fait appel de cette décision. Guillaume Vama affirme être serein et innocent, en plaçant désormais sa priorité sur le développement de son pays et l’avenir de sa jeunesse.

Ce qu’il faut éviter dans cette nouvelle étape agricole

Le principal écueil serait de considérer l’agriculture des tribus comme une simple production marchande. Les cultures remplissent déjà une fonction alimentaire et coutumière essentielle. Le développement économique recherché doit donc s’articuler avec les pratiques collectives et les autorités locales.

Il serait aussi réducteur de croire que l’adhésion à un syndicat résout immédiatement les difficultés foncières ou financières. La commission interne peut intervenir en cas de conflit, mais chaque projet doit conserver un ancrage local solide.

La force de cette implantation dépendra du suivi concret. L’accès aux aides, au matériel, à la formation et aux débouchés devra bénéficier aux exploitations, y compris les plus petites.

La visite annoncée à Nouméa sera donc un moment décisif. Elle devra transformer une nouvelle alliance syndicale en outils utiles pour celles et ceux qui cultivent déjà la terre calédonienne.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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