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St Martin Week Guadeloupe Guadeloupe : dettes, dialogue, politiques locales… ce que élus et universitaires proposent vraiment pour sortir de la crise sociale
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Guadeloupe : dettes, dialogue, politiques locales… ce que élus et universitaires proposent vraiment pour sortir de la crise sociale

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La crise sociale qui secoue la Guadeloupe ne se résume pas aux barrages routiers ni aux opérations coup de poing. Derrière la colère, des propositions commencent à émerger pour protéger les entreprises, rouvrir le dialogue et construire des réponses adaptées au territoire.

Élus locaux, représentants socioprofessionnels et universitaires convergent sur un point essentiel : les mesures ponctuelles ne suffiront pas. La sortie de crise suppose des décisions immédiates, mais aussi un projet durable pour la jeunesse, l’emploi, l’eau et le coût de la vie.

Une mobilisation qui révèle des difficultés profondes

Quatre jours après le lancement des opérations coup de poing du collectif Nou Las Palé, plusieurs axes routiers de l’archipel restaient bloqués. Le mouvement a notamment touché Jarry, principal poumon économique de la Guadeloupe.

Cette mobilisation traduit une accumulation de difficultés concrètes. L’accès à l’eau, le prix des carburants et la vie chère figurent parmi les revendications les plus visibles. Elles concernent les ménages, mais aussi les entreprises qui subissent directement l’augmentation de leurs charges.

Les lycéens et les étudiants ont également exprimé leurs attentes. Ils réclament des moyens adaptés pour étudier dans de bonnes conditions et envisager un avenir professionnel sur le territoire. Leur parole s’ajoute à celle de professionnels issus de secteurs très différents.

Des pêcheurs, des agriculteurs, des acteurs du bâtiment et des travaux publics, ainsi que des dirigeants de petites et moyennes entreprises, décrivent tous une situation économique fragilisée. Pour ces acteurs, les difficultés de trésorerie, les coûts de fonctionnement et l’incertitude sociale risquent d’aggraver encore les cessations d’activité.

Face à cette crise multiple, plusieurs réponses sont désormais mises sur la table. La plus immédiate concerne les dettes fiscales et sociales des entreprises locales.

La proposition centrale des élus : suspendre temporairement les recouvrements

La Région et le Département demandent à l’État un moratoire exceptionnel sur les dettes fiscales et sociales des entreprises guadeloupéennes. Ary Chalus, président de Région, et Guy Losbar, président du Département, portent cette demande avec les députés, les sénateurs, l’Association des maires de Guadeloupe et les présidents des établissements publics de coopération intercommunale.

La démarche se veut transpartisane. Dans un courrier commun envoyé à Paris le 16 octobre, les signataires demandent l’intégration d’un dispositif spécifique dans les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale pour 2027.

Le mécanisme envisagé durerait un an. Il ne s’agirait pas d’effacer les sommes dues, mais de donner aux entreprises le temps de les régler sans être asphyxiées par des procédures de recouvrement forcé.

Mesure demandéeObjectif annoncé
Moratoire exceptionnel sur les dettes fiscales et socialesAccorder un répit temporaire aux entreprises locales
Suspension du recouvrement forcéÉviter une pression immédiate sur les trésoreries fragiles
Plans d’apurement individualisésAdapter le remboursement à la situation financière de chaque entreprise
Remises sur les majorations de retardRéduire le poids des pénalités accumulées

Les élus alertent sur le risque d’une vague de liquidations judiciaires. Selon leur raisonnement, ces fermetures détruiraient des emplois, affaibliraient la cohésion sociale et réduiraient les recettes publiques. Ils assurent être prêts à participer à des concertations techniques avec l’État.

Cette demande s’inscrit dans une histoire législative précise. Les signataires rappellent les précédents de la loi d’orientation pour l’Outre-mer de 2000, de la loi de programme pour l’Outre-mer de 2003 et de la loi pour le développement économique des Outre-mer de 2009. Ils citent aussi les dispositifs exceptionnels mis en place pendant la crise du Covid-19. Mais une aide économique ne peut produire d’effet durable sans dialogue avec les personnes mobilisées.

Le dialogue réclamé par l’Alyans Nasyonal Gwadloup

L’Alyans Nasyonal Gwadloup, ou ANG, demande au préfet Thierry Devimeux de recevoir les doléances des socioprofessionnels mobilisés et de tenter d’y répondre. Le parti critique le refus d’échanger avec des manifestants qui bloquent les routes, ainsi qu’avec les responsables de Nou Las Palé.

Le préfet estime que le collectif ne constitue pas une organisation représentative et que ses responsables ne disposent pas de légitimité. L’ANG conteste cette approche. Pour cette formation politique, la représentativité des interlocuteurs ne doit pas effacer la réalité des problèmes soulevés.

L’organisation considère comme légitimes les revendications sur les prix très élevés des carburants, l’accès à l’eau et la situation des entreprises. Elle estime que ces difficultés affectent l’ensemble de la population guadeloupéenne, au-delà des seuls participants aux barrages.

L’ANG affirme que l’absence de discussion alimente les tensions et risque de conduire à une escalade du mouvement. Le collectif Nou Las Palé aurait, selon elle, tenté de rencontrer le représentant de l’État avant le début de la mobilisation, sans obtenir de rendez-vous.

Le parti appelle donc l’État à écouter et à agir afin d’améliorer concrètement la situation. Il inscrit la crise actuelle dans une critique plus large de la domination coloniale et de l’intégration européenne, qu’il juge particulièrement lourdes de conséquences pour la Guadeloupe.

Le dialogue demandé ne résout pas, à lui seul, les problèmes structurels. Il peut toutefois créer le cadre nécessaire à des politiques publiques plus stables, notamment pour les jeunes.

Les universitaires appellent à repenser le modèle guadeloupéen

Dix universitaires de Guadeloupe ont choisi une autre voie : celle d’une lettre ouverte appelant à bâtir un consensus politique à la hauteur de l’urgence. Leur texte ne cherche pas à désigner des responsables immédiats. Il demande plutôt une action constructive et collective.

Pour eux, les modèles hérités du passé ne répondent plus aux attentes de la société guadeloupéenne. Ils rappellent que les enseignements des mobilisations de 2009 n’ont pas été suffisamment tirés et que les difficultés se sont aggravées depuis.

Leur priorité est claire : combattre le chômage des jeunes. Ils alertent sur le sort de jeunes sans diplôme, sans emploi et sans perspective, qui peuvent être exposés à la drogue, à la violence ou à l’exclusion.

Les universitaires ne prétendent pas détenir une solution unique. Ils demandent une construction commune associant la jeunesse, l’éducation, la formation, les entreprises, les salariés, les associations, les collectivités et les services de l’État.

Cette méthode repose sur un constat : la demande sociale est multisectorielle. L’eau, l’école, la formation, l’activité économique, la consommation et l’emploi ne peuvent pas être traités séparément. Les réponses doivent s’inscrire dans la durée, au lieu de se limiter à des mesures retardées ou ponctuelles.

Cette exigence de continuité oblige à passer des principes à une méthode de travail concrète. C’est là que les différentes propositions peuvent se rejoindre.

Comment transformer ces appels en actions locales durables

Les propositions exprimées dessinent une feuille de route possible, même si elles ne constituent pas encore un accord global. La première urgence consiste à préserver l’activité économique sans opposer entreprises, salariés et services publics.

  1. Mettre en place le moratoire d’un an demandé sur les dettes sociales et fiscales, avec des plans d’apurement construits entreprise par entreprise.
  2. Organiser des concertations techniques entre l’État, la Région, le Département, les parlementaires, les maires, les EPCI et les organisations socioprofessionnelles.
  3. Recevoir les revendications des mobilisés, y compris sur les carburants, l’eau et la situation des petites et moyennes entreprises.
  4. Donner une place centrale à la jeunesse dans les politiques d’éducation, de formation et d’insertion professionnelle.
  5. Construire des politiques publiques de long terme plutôt que répondre uniquement dans l’urgence après chaque mobilisation.

Le moratoire ne doit pas être interprété comme une prime à l’endettement. Son rôle est de prévenir des faillites en chaîne lorsqu’une entreprise ne peut plus absorber simultanément ses échéances fiscales, sociales et ses charges courantes.

Les plans d’apurement individualisés sont essentiels dans cette logique. Une petite entreprise, un exploitant agricole, une entreprise de BTP ou un pêcheur ne disposent pas des mêmes capacités de remboursement. Une réponse uniforme risquerait donc de manquer sa cible.

La concertation doit également produire des résultats observables. Les annonces sans calendrier, les échanges sans décision et les réponses trop tardives nourrissent la défiance. Or, la crise actuelle montre que la confiance entre institutions, acteurs économiques et population est devenue un enjeu central.

Reste à éviter plusieurs écueils qui pourraient vider ces propositions de leur portée.

Ce qu’il faut éviter pour ne pas prolonger la crise

La première erreur serait de réduire la mobilisation aux seuls blocages routiers. Les barrages ont une forte visibilité, mais les revendications portent aussi sur l’eau, le prix des carburants, les conditions d’études, l’emploi et la survie de nombreuses activités locales.

La deuxième serait de croire qu’un moratoire équivaut à une annulation de dette. Les élus insistent au contraire sur un délai de sauvegarde : les entreprises resteraient tenues d’honorer leurs engagements, selon un calendrier adapté à leur situation.

Enfin, une réponse uniquement sécuritaire ou administrative risquerait d’accentuer les tensions. Le débat sur la légitimité de Nou Las Palé ne doit pas empêcher l’écoute des difficultés vécues par les socioprofessionnels et les habitants.

La Guadeloupe a besoin d’interlocuteurs capables de discuter sans nier les désaccords. C’est aussi la condition pour que les décisions prises aujourd’hui bénéficient réellement aux générations à venir.

Les dix signataires qui demandent un consensus politique

  • Alexandre Debiche, professeur de philosophie et président de l’APPHIGUA.
  • Valérie Doumeng, professeure des universités en droit privé.
  • Anny Flory, professeure des universités en chimie des matériaux.
  • Joao Gabriel Galli, docteur en histoire.
  • Sarra Gaspard, professeure des universités en chimie.
  • Julien Merion, politologue et vice-président du CORECA.
  • Pierre Odin, maître de conférences en science politique.
  • Clara Palmiste, maîtresse de conférences en histoire.
  • Fred Reno, professeur des universités en science politique.
  • Florence Romana, professeure des universités en physique des matériaux.

Leur appel place l’action collective au centre de la réponse attendue. Entre soutien immédiat aux entreprises, dialogue social et politiques adaptées à la jeunesse, l’enjeu est désormais de faire converger ces pistes dans des décisions durables.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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