Ananas Scarlett en Guyane : cette variété rouge inédite pourrait transformer la filière agricole des DOM
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Ananas Scarlett en Guyane : cette variété rouge inédite pourrait transformer la filière agricole des DOM

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Un ananas rouge vif, capable de résister au transport, de séduire les marchés premium et de booster la transformation locale. C’est cette promesse qui intrigue aujourd’hui les acteurs agricoles de Guyane. Derrière cette nouvelle variété se cache un potentiel rarement vu dans la filière ananas des DOM. Et ce potentiel attire l’attention bien avant que les premiers fruits ne soient disponibles.

Car si cette variété a déjà convaincu en Martinique, son arrivée en Guyane ouvre un horizon bien plus large pour les producteurs comme pour la transformation agroalimentaire. Mais encore faut-il comprendre ce qui rend cet ananas si différent…

Pourquoi l’arrivée d’un ananas rouge en Guyane change la donne

La filière ananas en Guyane repose encore largement sur la variété « bouteille », un fruit juteux mais fragile, difficile à transformer et peu adapté à certains circuits commerciaux. De nombreux producteurs peinent à élargir leur gamme faute de variétés plus fermes et mieux valorisables. C’est dans ce contexte que l’ananas Scarlett s’annonce comme un bouleversement.

La Scarlett (RL41) présente une combinaison rare : une peau rouge, une chair orangée très ferme et un taux de sucre situé entre 15 et 19° Brix. Pour les transformateurs, cette densité représente un atout majeur. Et pour les producteurs, c’est la possibilité de diversifier une filière restée longtemps limitée.

En Guyane, l’arrivée de 10 000 plants par avion depuis le laboratoire Vitropic, installé à Montpellier, marque un tournant. Ils ont été contrôlés à l’aéroport de Cayenne puis placés en pépinière, sous la supervision de Christian Épailly à Montsinéry-Tonnegrande. Ce dernier dispose d’une serre de quarantaine agréée, la seule dans tous les départements d’outre-mer, ce qui lui permet d’introduire légalement ces plants issus de culture in vitro.

Cette étape change profondément l’équation agricole locale. Mais elle n’explique pas encore pourquoi cet ananas rouge attire autant les regards…

La réponse : la Scarlett, un ananas rouge dense, sucré et pensé pour la transformation

L’ingrédient clé derrière l’engouement, c’est la variété elle-même : l’ananas Scarlett, également référencé sous le code RL41. Issue du conservatoire du CIRAD en Martinique, où plus de 200 variétés d’ananas sont préservées, elle n’a rien d’un OGM. Il s’agit d’une sélection variétale classique, produite en laboratoire par Vitropic, fournisseur européen majeur pour les Antilles et l’Afrique.

La Scarlett pèse entre 1,4 et 2 kilos. Sa chair jaune pâle se distingue par une fermeté très supérieure à celle de la variété bouteille. Sa faible teneur en eau, combinée à un taux de sucre élevé, donne un fruit épais, idéal pour les jus, les confitures, le séchage ou les conserves. Là où la bouteille est « bourrée d’eau », comme le souligne le producteur, la Scarlett offre une texture dense qui supporte mieux les transformations.

Son nom, inspiré d’une crevette rouge des fonds marins, souligne sa couleur atypique. Cette pigmentation rouge en fait aussi un fruit premium potentiellement valorisable dans les circuits spécialisés et la restauration.

Une telle variété n’était pas disponible en Guyane jusqu’ici. Sa diffusion a longtemps été retardée, malgré son usage déjà établi en Martinique. Ce faible délai d’ouverture (un à deux ans seulement) renforce aujourd’hui l’intérêt pour un fruit encore rare dans les DOM. Et cette rareté pourrait bien devenir un avantage stratégique…

Comment la Scarlett est introduite et préparée pour la production

L’arrivée de la Scarlett repose sur une logistique précise et un protocole strict. Voici comment se déroule concrètement son implantation en Guyane.

Les volumes et leur installation

Les 10 000 plants réceptionnés permettent de couvrir un quart d’hectare. Pour une surface d’un hectare, il faut entre 25 000 et 30 000 plants. Actuellement : 4 000 jeunes plants sont déjà en plaques de semis, et les 6 000 restants doivent être installés d’ici le 1er mai.

La quarantaine obligatoire

Avant toute plantation en pleine terre, la réglementation impose une quarantaine de deux mois. La serre agréée de Christian Épailly, la seule dans les DOM, est indispensable à cette étape.

  • Désinfection systématique des plants
  • Contrôle des insectes
  • Procédures sanitaires encadrées par le ministère de l’Agriculture
  • Analyses officielles conditionnant la « levée de quarantaine »

Une fois la levée obtenue, les plants peuvent passer en plantation pleine terre, où ils prendront environ un an et demi pour donner leurs premiers fruits.

Un calendrier clair

  • Réception des plants : réalisée
  • Quarantaine : 2 mois
  • Plantation pleine terre : courant 2024
  • Maturation : 18 mois environ
  • Premiers ananas sur les étals : fin 2027

Ce long cycle explique pourquoi la gestion sanitaire et variétale est cruciale. Et un autre projet du producteur éclaire encore davantage sa stratégie…

Astuces, perspectives et projets liés à la Scarlett

L’arrivée de la Scarlett ne se limite pas à la culture du fruit. Elle s’inscrit dans une vision plus large de transformation et de diversification agricole en Guyane.

Christian Épailly prépare en parallèle une usine de tubercules surgelés, prévue pour octobre 2026. Cette unité exploitera la culture déjà lancée d’igname violet et d’igname indien sur 2 000 m². L’objectif est d’obtenir un label « 0 pesticide » grâce aux analyses du laboratoire des douanes et de la Répression des fraudes.

Cette exigence de qualité renforce la cohérence avec la Scarlett : proposer des produits premium, contrôlés et différenciés. Pour les producteurs intéressés par la Scarlett, la commercialisation sera très sélective. Un producteur de Kourou s’est déjà positionné, mais les prix restent pour l’instant non communiqués.

La valeur ajoutée d’une variété comme la Scarlett est particulièrement intéressante pour les jus épais, les sirops artisanaux, les préparations culinaires ou encore la transformation agroalimentaire locale. Sa texture ferme limite la perte de matière et optimise le rendement de transformation.

Les erreurs à éviter et ce que beaucoup ignorent encore

La Scarlett n’est pas un ananas standard. Trois points méritent une attention particulière.

  • Confondre sélection variétale et OGM : la Scarlett n’est pas modifiée génétiquement. Elle provient d’une sélection du CIRAD.
  • Ignorer les obligations de quarantaine : tout plant issu de culture in vitro doit passer par une serre agréée, ce qui limite fortement les introductions clandestines.
  • Sous-estimer le temps de maturation : 18 mois de croissance exigent un suivi précis et un plan de culture long terme.

Comprendre ces éléments permet d’anticiper le développement de la filière et d’éviter les déceptions liées au calendrier.

La Scarlett promet de redessiner le paysage agricole guyanais. Son potentiel dépasse le simple fruit pour toucher la transformation et les circuits premium. Le plus intéressant reste à venir, puisque les premiers fruits n’arriveront qu’en 2027. D’ici là, le travail engagé aujourd’hui posera les bases d’une filière nouvelle et prometteuse.

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Written by
Amandine

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