On connaît souvent Saint-Pierre-et-Miquelon pour son histoire, son climat ou son attachement à la France. Mais derrière cette image, l’archipel joue un rôle beaucoup plus discret, presque invisible, dans la présence navale française. Ce rôle, un commandant du groupe Jeanne d’Arc vient tout juste de le révéler, en mettant en lumière des enjeux bien plus vastes que l’on imagine.
Cette position singulière dans l’Atlantique Nord influence directement la formation des officiers, la préparation opérationnelle et la capacité de la Marine à agir loin des côtes métropolitaines. Et ce que le capitaine de vaisseau Jocelyn Delrieu explique change la façon dont on perçoit l’archipel… mais encore faut-il comprendre pourquoi.
Un archipel discret, pourtant essentiel pour la Marine
Saint-Pierre-et-Miquelon est avant tout un carrefour stratégique au cœur de l’Atlantique Nord. Le capitaine de vaisseau Jocelyn Delrieu, commandant du porte-hélicoptères amphibie Dixmude et du groupe Jeanne d’Arc, décrit l’archipel comme une zone de déploiement régulière. C’est un point d’appui rare qui permet aux bâtiments de la Marine nationale de se déployer, de se régénérer et d’entretenir leur préparation opérationnelle.
Ce rôle prend une dimension particulière en 2026, année des 400 ans de la Marine nationale, célébrés avec les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon. Cette présence symbolique s’accompagne d’un message fort, notamment à destination de la jeunesse. L’âge moyen des équipages se situe autour de 28 ans et plusieurs marins s’engagent dès leurs 18 ans. Pour certains membres du Dixmude, cette escale représente leur toute première mission.
L’archipel devient ainsi un point de rencontre entre tradition, formation et projection. Mais si la présence de la Marine y est si précieuse, c’est parce qu’elle permet aussi d’assurer des enjeux de sécurité et de coopération dans l’Atlantique Nord… un théâtre d’opérations où les intérêts stratégiques se multiplient.
Encore faut-il comprendre précisément ce qui rend ce positionnement si déterminant pour la France.
Ce que révèle vraiment le commandant : un rôle stratégique clé
Le capitaine de vaisseau Delrieu ne parle pas seulement d’une simple escale. Il décrit l’Atlantique Nord comme un théâtre dans lequel la Marine nationale opère régulièrement pour garantir la liberté de navigation et protéger les intérêts français. Saint-Pierre-et-Miquelon devient alors une porte d’entrée vers cette zone d’influence.
Pour le groupe Jeanne d’Arc, cette présence s’inscrit dans une mission de formation avancée. Les 160 officiers-élèves embarqués à bord du Dixmude ou de la frégate Aconit achèvent leur parcours de trois ans à l’École navale. Certains ont rejoint la Marine il y a tout juste neuf mois. Leur dernier semestre se déroule en mer, au contact direct des équipages.
Dans quelques semaines, au mois de juillet, ils rejoindront leurs premières unités. Ces affectations les enverront en métropole ou outre-mer, sur des bâtiments de combat, des sous-marins, des aéronefs ou au sein de commandos. Ce passage par Saint-Pierre-et-Miquelon fait donc partie intégrante de leur montée en compétence.
Le commandant insiste également sur la dimension internationale de cette mission. La traversée de l’Atlantique, l’escale à Saint-Pierre puis la coopération avec les alliés américains contribuent à la présence française sur la scène mondiale. L’archipel sert alors de pivot entre Outre-mer et Amérique du Nord.
Mais ce rôle ne serait rien sans une réalité plus terre-à-terre : l’entraînement intensif auquel se livrent quotidiennement les marins et officiers-élèves.
Comment cette présence se traduit concrètement : opérations et entraînements
La mission Jeanne d’Arc repose sur un rythme constant d’exercices. Le capitaine de vaisseau Delrieu décrit un quotidien où l’entraînement commence au lever du soleil et se poursuit parfois de nuit. C’est cette régularité qui permet à la Marine nationale d’être prête à intervenir dans des situations réelles.
Plusieurs types d’exercices sont menés à bord du Dixmude et de la frégate Aconit :
- Exercices incendie
- Simulations de voie d’eau
- Manœuvres d’homme à la mer
- Exercices de tir
- Mise en œuvre d’engins amphibies
- Manœuvres d’hélicoptères
Les détachements embarqués, tout comme l’équipage des deux bâtiments, sont intégrés dans ce cycle. Les officiers-élèves en prennent rapidement la charge. C’est en étant placés aux commandes qu’ils apprennent le plus efficacement.
L’escale à Saint-Pierre-et-Miquelon a également permis une opération amphibie à Langlade. Un site inconnu a été reconnu et ouvert, avec le débarquement d’un véhicule à l’Anse du Gouvernement. Le commandant précise qu’il s’agit d’une opération classique pour un groupe amphibie. Ce travail de reconnaissance s’inscrit dans la continuité des opérations menées récemment dans les Antilles, notamment lors de l’exercice CARIB26, qui a permis d’ouvrir une dizaine de sites amphibies dans les territoires français de la région.
Ces opérations servent de base à des coopérations plus larges. Dans un mois, le groupe Jeanne d’Arc évoluera au large des côtes américaines avant de reprendre la route vers la Méditerranée.
Mais si la Marine maîtrise ces opérations, c’est parce qu’elle s’appuie aussi sur une méthodologie précise et éprouvée.
Variantes, traditions et spécificités de la mission Jeanne d’Arc
La mission Jeanne d’Arc n’a rien d’un déploiement isolé. Elle s’inscrit dans une tradition vieille de plusieurs décennies. Cette formation embarquée permet d’alterner théories apprises à l’École navale et immersion totale dans les réalités opérationnelles.
Plusieurs particularités enrichissent chaque édition :
- Une composante amphibie forte avec le porte-hélicoptères Dixmude
- L’accompagnement systématique par une frégate comme l’Aconit
- Une diversité de zones traversées : Atlantique Nord, mer des Caraïbes, Méditerranée
- Des coopérations avec des marines étrangères, notamment américaines
- Une approche multi-domaines : mer, sous-marins, aéronavale, commandos
L’escale à Saint-Pierre-et-Miquelon s’ajoute à ces spécificités. Elle apporte une dimension symbolique forte, renforcée par les célébrations des 400 ans de la Marine nationale. La présence de jeunes marins de 18 ans dans ces cérémonies illustre le lien intergénérationnel et l’importance accordée à la formation de la relève.
Mais cette richesse opérationnelle ne doit pas masquer les erreurs que les jeunes officiers tentent d’éviter.
Ce que les jeunes marins doivent absolument éviter
La formation en mer comporte plusieurs écueils classiques. Les équipages en identifient quelques-uns comme essentiels :
- Sous-estimer la rigueur des exercices quotidiens
- Manquer de coordination lors des opérations amphibies
- Négliger la fatigue accumulée lors des opérations de nuit
- Oublier que chaque manœuvre implique la sécurité du groupe
- Se focaliser sur la technique et négliger l’esprit d’équipage
Ces points peuvent sembler évidents, mais dans l’intensité d’une mission comme Jeanne d’Arc, ils deviennent critiques. C’est d’ailleurs pour cela que les officiers-élèves sont progressivement placés aux postes de commandement.
Et une fois cette maîtrise acquise, l’avenir s’ouvre à eux dès leur première affectation.
Le mois qui précède leur arrivée en unité sera décisif. Il leur permettra d’aborder avec confiance la suite de leur carrière au sein d’une Marine en constante évolution.




