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St Martin Week Guadeloupe Guadeloupe : comment le parc national transforme sa biodiversité en véritable levier économique
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Guadeloupe : comment le parc national transforme sa biodiversité en véritable levier économique

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La Guadeloupe possède un patrimoine naturel d’une richesse rare, entre forêts tropicales, rivières, littoraux et milieux marins. Mais cette richesse ne peut plus être envisagée comme un simple décor à préserver derrière des barrières.

À Saint-Claude, une nouvelle réflexion s’installe : faire du vivant un appui concret pour l’emploi, l’activité locale et la résilience face au changement climatique. Le défi est ambitieux, car il faut attirer sans dégrader.

Pourquoi la protection seule ne suffit plus pour le territoire

Les écosystèmes de Guadeloupe subissent plusieurs pressions à la fois. Le changement climatique bouleverse les équilibres naturels, tandis que les usages humains, l’aménagement et la fréquentation touristique peuvent fragiliser des sites déjà sensibles.

Le Parc national de la Guadeloupe part d’un constat simple : de la forêt jusqu’à la mer, tout est connecté. L’eau qui traverse les reliefs, les milieux forestiers, les activités dans les communes et les écosystèmes marins composent une même continuité écologique.

Préserver uniquement les cœurs du parc, terrestres ou marins, ne garantit donc pas leur bonne santé. Ces zones protégées jouxtent des espaces habités et exploités, administrés par des communes ou des communautés d’agglomération.

Le développement local influence directement la qualité de l’eau, les paysages, la biodiversité et les conditions de vie autour du parc. L’enjeu consiste alors à accompagner les collectivités dans une trajectoire durable, plutôt que de limiter l’action à la réparation des dégâts.

Cette approche a été discutée lors d’un séminaire-atelier organisé à l’aire de pique-nique de Beausoleil, à Saint-Claude. Élus, experts et acteurs du territoire y ont exploré une voie qui dépasse la seule conservation. Reste à savoir quel modèle peut réellement relier économie et restauration du vivant.

L’économie symbiotique et régénérative, le modèle envisagé par le Parc national

La réponse portée par le Parc national de la Guadeloupe s’appelle l’économie symbiotique et régénérative. Son objectif n’est pas seulement de réduire les impacts négatifs d’une activité économique.

Elle vise à créer des activités qui contribuent, en parallèle, à la restauration écologique et au progrès social. Dans cette logique, protéger un milieu naturel ne représente plus une contrainte extérieure imposée aux entreprises, aux habitants ou aux collectivités.

La biodiversité devient au contraire une ressource majeure du territoire. La Guadeloupe dispose d’un patrimoine vivant exceptionnel, composé notamment de milieux forestiers, de paysages volcaniques, de cours d’eau et d’espaces marins. Cette diversité peut soutenir une économie plus ancrée localement.

L’idée est de rechercher des relations bénéfiques entre les activités humaines et les écosystèmes. Une exploitation agricole peut par exemple renforcer les sols et les paysages. Une offre touristique peut financer la connaissance, l’entretien et la transmission d’un site naturel. Une politique de mobilité peut réduire les pressions sur les espaces les plus fréquentés.

Cette vision est défendue par Isabelle Delannoy, présidente de l’Entreprise Symbiotique. Elle rappelle que cette économie se développe dans de nombreux pays et que le vivant constitue l’une de ses principales richesses.

Pour la Guadeloupe, l’enjeu est donc de transformer cet avantage naturel en prospérité durable, sans l’épuiser. Mais la théorie doit maintenant répondre à une question très concrète : comment accueillir habitants et visiteurs sur des sites fragiles ?

À Saint-Claude, aménager les sites naturels sans perdre leur âme

Saint-Claude se trouve au cœur de cette réflexion. La commune accueille ou borde plusieurs lieux très attractifs, comme Beausoleil, les Bains Jaunes et la Soufrière. Ces sites attirent des visiteurs, mais ils restent vulnérables à une fréquentation mal maîtrisée.

Le projet local consiste à les rendre accessibles et attractifs tout en conservant leur patrimoine naturel. Il ne s’agit pas de choisir entre l’accueil du public et la biodiversité. Il faut organiser les usages pour que l’un ne détruise pas l’autre.

Une méthode opérationnelle se dessine :

  1. Identifier les zones sensibles afin de connaître les milieux, les habitats et les usages qui nécessitent une protection particulière.
  2. Aménager les accès pour canaliser les passages, améliorer l’accueil et limiter les dégradations liées à une fréquentation dispersée.
  3. Associer les habitants, les associations, les collectivités, le Parc national et l’Office national des forêts, connu sous le sigle ONF.
  4. Intégrer la jeunesse dans la découverte et la maîtrise de ces espaces, afin qu’elle participe à leur avenir.
  5. Faire entrer ces choix dans les projets territoriaux et dans la future charte du parc.

Le conseiller municipal chargé de la transition écologique de Saint-Claude, José Biabiany, insiste sur ce double besoin d’aménagement et de protection. Pour la commune, développer l’attrait des sites signifie aussi y emmener les jeunes, les familiariser avec ces lieux et les associer à leur préservation.

Cette transmission est essentielle. Un paysage protégé uniquement par des règles risque de rester abstrait. Un paysage connu, pratiqué avec respect et compris par ses habitants devient plus facilement un bien commun. Encore faut-il adapter les activités économiques à chaque milieu.

Agroécologie, tourisme maîtrisé et mobilité douce : les pistes concrètes

Plusieurs leviers ont été évoqués pour traduire l’économie régénérative dans les projets guadeloupéens. Ils concernent l’agriculture, les déplacements, les déchets et le tourisme, avec un même objectif : réduire les pressions tout en créant de la valeur locale.

  • L’agroécologie cherche à articuler production agricole, qualité des sols, biodiversité et diminution des impacts sur les milieux.
  • L’agroforesterie associe arbres, cultures et parfois élevage. Elle peut contribuer à diversifier les paysages agricoles et à maintenir des continuités écologiques.
  • La mobilité douce vise des déplacements moins dépendants de solutions polluantes ou encombrantes, surtout autour des espaces naturels fréquentés.
  • Un tourisme mieux maîtrisé consiste à penser les flux de visiteurs, les accès et les équipements selon la fragilité des lieux.
  • La réduction des déchets limite les pollutions et améliore la qualité des espaces partagés par les habitants et les visiteurs.

Ces orientations ne sont pas isolées les unes des autres. Une agriculture plus respectueuse des sols et de l’eau concerne aussi les rivières, les zones côtières et les écosystèmes marins. Une fréquentation mieux organisée autour de la Soufrière peut protéger les paysages tout en soutenant les services locaux.

Le Parc national souhaite ainsi passer d’une logique de limitation des dommages à une logique de régénération des équilibres. La future charte du parc devra donner un cadre à cette ambition collective. Toutefois, l’expérience d’autres territoires rappelle qu’aucune solution ne fonctionne sans dialogue local.

Ce que les autres grands paysages français peuvent apprendre à la Guadeloupe

La Guadeloupe n’est pas seule à devoir gérer l’attractivité de paysages remarquables. Anne Vourc’h, membre du conseil d’administration du Parc national de la Guadeloupe, cite des situations observées dans de petites communes françaises.

Ces communes peuvent se situer à l’extrémité de la pointe du Raz, au pied de la montagne Sainte-Victoire ou dans les gorges du Tarn. Elles ont parfois vu le tourisme comme une manne économique, avec les tensions que cela peut provoquer sur les lieux et la vie quotidienne.

La leçon est claire : les collectivités, le Parc national, l’ONF, les habitants et les associations doivent définir ensemble ce qu’ils souhaitent pour leur territoire. Un site naturel ne se réduit pas à sa capacité d’accueil ni à ses recettes touristiques.

Il possède une histoire, des pratiques, une identité et ce qu’Anne Vourc’h décrit comme une âme. Réhabiliter un lieu suppose donc de restaurer ses qualités écologiques, mais aussi de transmettre son esprit à ceux qui l’habitent ou le visitent.

Cette dimension peut devenir un atout économique durable. Une expérience touristique respectueuse, bien comprise et mieux répartie peut renforcer l’attachement au territoire plutôt qu’accélérer son usure. Mais certains risques doivent rester au centre de la vigilance publique.

Les points de vigilance pour ne pas confondre développement et surexploitation

Le premier écueil serait de considérer la biodiversité comme une simple réserve de produits ou d’images à vendre. Une richesse naturelle n’est un levier économique que si sa régénération reste prioritaire.

Le second risque concerne les pratiques agricoles et les produits phytosanitaires. Aux Antilles, le retour de l’épandage agricole par drones suscite des inquiétudes. Cinq associations environnementales ont saisi le Conseil d’État pour contester son autorisation.

En Guadeloupe, cette pratique est abordée avec prudence, notamment dans un contexte marqué par les préoccupations liées au chlordécone. En Martinique, des producteurs de bananes y voient toutefois une piste pour lutter contre les maladies des cultures et réduire l’usage de produits phytosanitaires.

Ces débats montrent qu’une transition ne peut pas reposer sur la technologie seule. Elle doit examiner les effets sur la santé, les sols, l’eau, les riverains et les écosystèmes.

La voie proposée à Saint-Claude demande donc de faire du vivant une boussole pour chaque décision. La future charte du Parc national aura un rôle déterminant pour transformer cette intention en projets durables.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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