En Guadeloupe, l’inquiétude ne se limite plus à quelques secteurs fragiles. Dans les ateliers, les commerces et les entreprises du bâtiment, les signaux d’alerte se multiplient, tandis que les trésoreries se tendent. Les représentants du monde économique demandent désormais une réponse immédiate pour éviter une rupture plus profonde.
Une mobilisation d’urgence face à un climat économique qui se dégrade
Mercredi soir, artisans, dirigeants et représentants de plusieurs branches économiques se sont réunis lors d’une rencontre d’urgence. Elle était organisée par l’Union des organisations professionnelles des PME de Guadeloupe, dans un contexte marqué par une succession de défaillances d’entreprises.
Le constat partagé est sévère : les difficultés s’accumulent et les dispositifs activés jusqu’ici ne répondent pas suffisamment aux besoins du terrain. Les professionnels évoquent des entreprises fragilisées, des responsables épuisés et une impression croissante de ne pas être réellement entendus.
Cette réunion ne constitue pas un premier contact avec les institutions. L’Union des organisations professionnelles de Guadeloupe a déjà sollicité les services de l’État, la préfecture, les présidents des collectivités et les services fiscaux. Mais les organisations patronales estiment que le temps des échanges sans décision concrète est révolu.
Leur objectif est désormais de dégager des solutions capables de freiner le marasme économique. En jeu : préserver les emplois, maintenir l’activité des TPE et PME, et empêcher de nouvelles fermetures. Les derniers chiffres publiés donnent une mesure plus précise de l’urgence.
543 défaillances d’entreprises : les indicateurs confirment l’alerte
Le dernier bilan de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer, l’IEDOM, confirme un ralentissement de l’activité guadeloupéenne. Les chefs d’entreprise interrogés signalent une baisse de leur activité, une trésorerie qui se détériore et des délais de paiement plus longs.
543 défaillances d’entreprises ont été enregistrées sur les douze derniers mois, contre 493 à la fin de l’année 2025. Cette hausse traduit la vulnérabilité d’entreprises déjà confrontées à des charges fixes, à des impayés et à une activité moins dynamique.
| Indicateur | Évolution observée |
|---|---|
| Défaillances d’entreprises | 543 sur douze mois, contre 493 fin 2025 |
| BTP | Chiffre d’affaires en baisse de 8,2 % sur un an |
| Commerce | Chiffre d’affaires en baisse de 1,2 % sur un an |
| Tourisme | Fréquentation hôtelière en hausse de 10,2 % |
Le BTP apparaît particulièrement exposé, avec un chiffre d’affaires en recul de 8,2 % sur un an. Le commerce est également affecté, avec une baisse de 1,2 %. Le tourisme présente un tableau plus favorable : la fréquentation des hôtels progresse de 10,2 %.
Cette résistance du secteur touristique ne suffit toutefois pas à compenser les difficultés ressenties dans le reste de l’économie. Car derrière les statistiques, les organisations professionnelles décrivent une pression humaine et sociale grandissante.
Les organisations professionnelles demandent une décision rapide
Au terme de deux heures de discussions, les participants ont choisi d’intensifier leur démarche. Ils demandent une nouvelle réunion d’urgence avec les élus de Guadeloupe et les services de l’État. Cette rencontre est attendue dans les 48 heures.
Jean-Yves Ramassamy, président de l’Union des organisations professionnelles des PME de Guadeloupe, doit adresser un courrier à l’ensemble des élus. Le préfet, l’Urssaf et les services des impôts doivent également être destinataires de cette demande.
La mesure recherchée est claire : obtenir une décision rapide permettant d’interrompre les procédures judiciaires engagées devant les tribunaux. Pour les représentants économiques, il s’agit de donner un répit aux entreprises menacées avant que leur disparition ne devienne inévitable.
- Solliciter les élus de Guadeloupe et les services de l’État.
- Associer le préfet, l’Urssaf et l’administration fiscale.
- Examiner une suspension des actions judiciaires visant les entreprises en difficulté.
- Accorder rapidement de l’air aux trésoreries les plus fragiles.
- Éviter de nouvelles fermetures et préserver les dirigeants comme les salariés.
Cette revendication s’inscrit dans un enjeu immédiat : lorsqu’une procédure arrive trop tard dans le parcours d’une entreprise, les possibilités de redressement se réduisent fortement. Les organisations veulent donc intervenir avant la liquidation et la perte définitive d’activité.
Mais la demande ne porte pas seulement sur des délais administratifs. Les intervenants appellent aussi à une coordination politique, fiscale et sociale, estimant qu’aucune institution ne peut résoudre seule une crise aussi large.
Des chefs d’entreprise qui redoutent une crise sociale
Simon Vainqueur, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat, a exprimé sa crainte d’une dégradation comparable à celle vécue en 2009. Il décrit une situation sous pression, comme une cocotte-minute dont la soupape serait proche de céder.
Pour lui, l’urgence consiste à maintenir les femmes et les hommes qui font vivre les entreprises. Il appelle à construire les solutions avec les collectivités, les parlementaires et l’État, plutôt qu’à laisser les dirigeants affronter seuls la dégradation de leur activité.
Gary Vélayandon, président des artisans bouchers de la Guadeloupe, souligne un sentiment d’écoute insuffisante. Selon lui, les professionnels ont le sentiment d’être entendus par certaines institutions ou collectivités, sans que leurs préoccupations soient réellement prises en compte.
Irène Soukaï, cheffe d’entreprise et présidente de la SICADEG, élargit encore l’alerte. Elle rapporte le désarroi et la déception ressentis dans la salle. À ses yeux, une société qui ne croit plus en une issue économique nourrit le risque de violence.
Le message est donc double : sauver les structures économiques, mais aussi restaurer la confiance. Cette dimension explique la fermeté du ton adopté à l’issue de la réunion.
Pourquoi le BTP, le commerce et l’artisanat sont au premier rang
Le recul du BTP est particulièrement préoccupant car ce secteur fait travailler un ensemble de métiers : maçons, électriciens, plombiers, peintres, fournisseurs de matériaux et transporteurs. Une baisse de chiffre d’affaires peut donc se répercuter rapidement sur toute une chaîne de sous-traitants.
Dans le commerce, l’allongement des délais de paiement pèse sur le besoin de trésorerie. Un professionnel peut continuer à vendre tout en manquant de liquidités pour régler ses fournisseurs, ses cotisations, ses salaires ou ses échéances fiscales.
L’artisanat se trouve également en première ligne. Les très petites entreprises disposent souvent de marges de manœuvre plus réduites face aux retards de règlement et à la baisse de l’activité. Les artisans bouchers, représentés lors de la rencontre, font partie de ces professions directement concernées.
Le tourisme, malgré une fréquentation hôtelière en hausse, ne peut pas seul absorber les difficultés du BTP, du commerce, de l’industrie, de l’agriculture et de l’artisanat. Une amélioration sectorielle ne remplace pas une dynamique économique partagée.
Ce que les entreprises veulent éviter dans les prochains jours
Les représentants économiques ne demandent pas simplement à être reçus. Ils veulent des décisions permettant de stopper l’enchaînement des procédures et des faillites. Le point essentiel sera donc la capacité des institutions à répondre dans le délai de 48 heures annoncé.
Sans issue, les organisations préviennent que des actions plus fermes pourraient être envisagées. Cette menace traduit l’exaspération de professionnels qui estiment avoir déjà multiplié les démarches auprès des autorités compétentes.
Le prochain rendez-vous sera déterminant : il devra transformer un diagnostic largement partagé en mesures susceptibles de protéger les entreprises guadeloupéennes les plus fragiles. Pour les dirigeants concernés, chaque délai supplémentaire peut peser lourdement sur la survie de leur activité.




