EN DIRECT · Antilles & Outre-mer
Dimanche 11 octobre 2026 Newsletter Se connecter
St Martin Week Actualités Martinique : face au vieillissement accéléré de la population, la chambre régionale des comptes lance un avertissement sérieux
Actualités

Martinique : face au vieillissement accéléré de la population, la chambre régionale des comptes lance un avertissement sérieux

22

La Martinique avance vers un basculement démographique qui transforme déjà les besoins quotidiens des familles. Trouver une aide à domicile, financer une place en établissement ou accompagner un proche dépendant devient plus difficile. Dans son récent constat, la chambre régionale des comptes estime que le territoire n’est pas suffisamment préparé à ce choc.

Derrière l’enjeu social se dessine aussi une question majeure pour l’économie martiniquaise et l’organisation des soins. Les années à venir imposent des choix rapides, alors que les réponses publiques et les capacités d’accueil restent limitées.

Un vieillissement démographique qui dépasse la seule question sanitaire

En 2025, la Martinique compte 125 000 habitants âgés de plus de 60 ans, pour une population totale de 364 348 personnes. Aujourd’hui, 35 % des Martiniquais ont plus de 65 ans. Cette évolution modifie profondément les besoins en logement, en transport, en accompagnement social et en soins.

Le vieillissement ne concerne pas seulement les personnes âgées. Il touche aussi leurs proches, souvent mobilisés pour organiser les rendez-vous médicaux, l’aide au quotidien ou une entrée en établissement. Lorsque la dépendance progresse, les familles doivent trouver des solutions adaptées, parfois dans l’urgence.

Le rapport de la chambre régionale des comptes souligne que le secteur du grand âge représente désormais un enjeu économique de premier plan. Les services autonomie à domicile, ou SAD, et les services de soins infirmiers à domicile, ou SSIAD, pourraient peser jusqu’à 2 milliards d’euros.

À titre de comparaison, le tourisme a généré 595 millions d’euros en 2024. Cette différence illustre l’ampleur économique potentielle des services liés à l’autonomie. Mais pour répondre aux besoins, le territoire doit encore disposer de places, de professionnels et de dispositifs publics accessibles.

La première difficulté apparaît précisément au moment où le maintien à domicile ne suffit plus.

Le constat central : trop peu de places pour les personnes âgées dépendantes

La chambre régionale des comptes adresse un avertissement clair à la Collectivité territoriale de Martinique, la CTM. L’île n’a pas les capacités d’hébergement nécessaires pour faire face au nombre croissant de personnes âgées dépendantes.

Le maintien à domicile demeure très privilégié en Martinique. Le recours à cette solution reste supérieur à celui observé dans l’Hexagone. Il correspond souvent au souhait des seniors de rester dans leur environnement familier, près de leurs proches et de leurs repères.

Cette réponse est toutefois en recul. Lorsque l’état de santé exige une présence renforcée, des soins continus ou une surveillance quotidienne, l’entrée en établissement devient nécessaire. Or les structures peinent déjà à répondre à la demande.

Indicateur d’hébergementMartiniqueHexagone ou objectif identifié
Places en Ehpad1 9905 000 places supplémentaires attendues d’ici 2028 selon le schéma de l’autonomie 2018-2023
Places pour 1 000 personnes de plus de 60 ans16,639,3 dans l’Hexagone
Nombre d’Ehpad25 établissementsNon précisé

Le schéma de l’autonomie 2018-2023, document de planification stratégique élaboré par la CTM et l’Agence régionale de santé, l’ARS, prévoyait donc une montée en puissance considérable. La distance entre cet objectif et les 1 990 places actuellement disponibles est particulièrement marquée.

La juridiction financière demande ainsi à la collectivité de prendre pleinement en charge le dossier de l’hébergement des personnes âgées dépendantes. Mais le nombre de places ne résout pas tout : encore faut-il que les ménages puissent en assumer le coût.

La pauvreté des seniors rend l’hébergement encore plus difficile

Le vieillissement martiniquais s’accompagne d’une précarité très forte chez les aînés. En 2020, 32 % des personnes de plus de 75 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en Martinique. Dans l’Hexagone, cette proportion était de 10 %.

Ce niveau de pauvreté pèse directement sur l’accès aux Ehpad. Les tarifs journaliers augmentent, notamment parce que les établissements doivent financer une prise en charge médico-soignante importante. Pour de nombreux résidents, les revenus ne permettent pas de couvrir durablement les frais d’hébergement.

L’aide sociale à l’hébergement, l’ASH, joue donc un rôle essentiel. En Martinique, 84 % des résidents concernés en bénéficient, contre 14,8 % dans l’Hexagone. L’écart met en évidence la dépendance d’une large part des familles envers la solidarité publique.

Autre retard signalé : les services publics départementaux de l’autonomie, ou SPDA, créés en 2025, ne sont toujours pas déployés sur le territoire. Leur objectif est pourtant de simplifier les démarches des personnes âgées et de faciliter leur accès aux soins.

Sans ces guichets et parcours mieux coordonnés, les proches restent confrontés à des démarches complexes. Cette fragilité administrative s’ajoute aux difficultés financières et au manque de solutions d’accueil.

Dans les Ehpad contrôlés, une qualité reconnue mais des finances fragiles

La chambre régionale des comptes n’a pas livré un bilan uniquement négatif. Elle a contrôlé huit Ehpad durant le dernier trimestre 2025 et le premier semestre 2026. Cela représente 35 % des 25 établissements présents en Martinique.

Le premier enseignement est rassurant pour les résidents et leurs familles. La qualité de la prise en charge est jugée satisfaisante. Le ratio de personnel médico-soignant par résident y est supérieur à la moyenne nationale.

Cette présence de soignants est déterminante dans un Ehpad. Elle contribue à l’accompagnement des actes de la vie quotidienne, au suivi médical, à la prévention de la perte d’autonomie et à la sécurité des personnes fragiles.

Mais cette qualité a un prix. L’augmentation des tarifs journaliers en est une conséquence. Surtout, tous les Ehpad contrôlés sont déficitaires. La chambre décrit des équilibres économiques fragiles, parfois menacés.

Le risque est concret : si les établissements ne trouvent pas de modèle financier durable, ils pourraient avoir plus de difficultés à préserver leur niveau de service. Le défi consiste donc à éviter que la contrainte budgétaire ne dégrade l’accompagnement aujourd’hui jugé satisfaisant.

La situation financière ne constitue cependant pas le seul point de vigilance relevé par les contrôleurs.

Signalements, évaluation et participation des familles doivent progresser

La chambre régionale des comptes appelle les établissements et les autorités à renforcer leur culture de la qualité. Elle relève notamment des insuffisances dans la déclaration des événements indésirables graves, les EIG, et des événements indésirables graves associés aux soins, les EIGS.

Ces signalements permettent aux autorités de contrôle d’identifier les incidents, d’en analyser les causes et de prévenir leur répétition. Or, selon le rapport, à quelques exceptions près, aucun établissement ou service social et médico-social, les ESSMS, ne transmet formellement ces EIG et EIGS aux autorités de tarification et de contrôle, les ATC.

Le dispositif de recueil devient alors inopérant, faute d’informations suffisamment complètes. La recommandation ne signifie pas que les soins sont globalement défaillants. Elle souligne plutôt l’importance d’un suivi formalisé, indispensable pour améliorer les pratiques et repérer les fragilités.

Les conseils de la vie sociale doivent également prendre davantage de place. Ces instances donnent aux résidents et à leurs familles la possibilité de participer à la vie de l’Ehpad. Ils restent pourtant trop peu associés aux décisions, alors qu’ils peuvent faire remonter des besoins concrets.

Ce dialogue compte d’autant plus que les familles expriment une appréciation globalement positive de l’accompagnement.

Ce que les familles doivent retenir face aux changements à venir

L’enquête menée auprès des familles apporte un point encourageant : 80 % d’entre elles se déclarent satisfaites de la prise en charge de leur proche en Ehpad. Ce niveau de satisfaction confirme que les établissements contrôlés assurent, malgré leurs contraintes, un accompagnement apprécié.

Il ne doit toutefois pas masquer les alertes. Le manque de places, la pauvreté élevée des seniors, la dépendance à l’ASH, les déficits des Ehpad et l’absence des SPDA forment un ensemble de difficultés liées entre elles.

  • Anticiper l’orientation devient essentiel lorsque le maintien à domicile montre ses limites.
  • Évaluer les aides disponibles, dont l’ASH, peut conditionner la faisabilité d’une entrée en établissement.
  • Solliciter les conseils de la vie sociale permet aux proches de participer davantage aux décisions collectives.
  • Suivre le déploiement des SPDA reste important pour espérer des démarches plus simples et un accès mieux coordonné aux soins.

La Martinique dispose d’établissements dont la qualité de prise en charge est reconnue par les familles. La priorité est désormais de leur donner les moyens, les places et les outils de coordination nécessaires pour que cette qualité résiste au vieillissement accéléré de la population.

5/5 - (11 votes)
5/5 - (11 votes)
Amandine
L’auteur

Amandine

Passionnée de voyage et surtout de destinations exotiques sous le soleil. Ici, je partage mes expériences, mes conseils et mes astuces pour que vous puissiez vivre vous aussi des moments inoubliables. Suivez nous pour découvrir des endroits paradisiaques, rencontrer des gens fascinants et vivre des aventures inoubliables sous le soleil.

❤️ Aidez-nous, suivez-nous !

Indépendant et gratuit, St Martin Week a besoin de votre soutien : suivez-nous sur Google Actu, Facebook ou encore Twitter.