Trois jours, un territoire aux urgences superposées et une première visite ultramarine très attendue. À Mayotte, Claire Thoury ne vient pas pour une séquence protocolaire : le déplacement doit confronter les décisions nationales aux réalités vécues sur le terrain.
Derrière les réunions et les visites de quartiers se dessine une question essentielle. Quels besoins Mayotte doit-elle faire entendre avec le plus de force, alors que les habitants font face à des fragilités environnementales et sociales concrètes ?
Pourquoi cette visite du CESE compte pour Mayotte
Claire Thoury, présidente du Conseil économique, social et environnemental, effectue à Mayotte son premier déplacement en Outre-mer. Arrivée sur le territoire le dimanche 18 octobre 2026, elle y reste trois jours pour une visite officielle particulièrement dense.
Le Conseil économique, social et environnemental, ou CESE, est une assemblée consultative. Il réunit des représentants de la société civile organisée et éclaire les politiques publiques à travers ses avis, ses études et ses recommandations. Pour Mayotte, l’enjeu est donc de faire remonter des situations locales, mais aussi les solutions déjà engagées par les acteurs du territoire.
Le programme dépasse largement une seule question. Reconstruction, érosion du littoral, submersions marines, accès à l’eau, insertion des jeunes, développement économique, logement et santé figurent parmi les dossiers prévus. Ces sujets ne se traitent pas séparément : un logement fragile, par exemple, peut accroître l’exposition aux aléas climatiques et compliquer l’accès aux services essentiels.
La visite doit ainsi permettre de relier les chiffres, les décisions et les lieux où les difficultés sont les plus visibles. Reste à savoir sur quels enjeux précis la présidente du CESE concentre son observation.
Ce que Claire Thoury est venue examiner sur l’île
Le cœur de cette mission porte sur les grands défis structurels de Mayotte. La question de l’eau occupe une place particulière dans le déplacement, aux côtés de la reconstruction et de l’adaptation environnementale. L’accès à l’eau ne concerne pas seulement l’approvisionnement quotidien : il touche aussi la santé publique, les conditions de logement et l’activité économique.
Claire Thoury doit également examiner les effets de l’érosion et des submersions marines. L’érosion correspond au recul ou à la dégradation progressive des sols et des côtes sous l’effet des éléments naturels et des usages humains. La submersion marine désigne, elle, l’inondation temporaire de zones habituellement émergées lors d’événements marins.
Ces phénomènes sont au centre de la première journée à Petite-Terre. Le choix de ce secteur permet d’observer la façon dont les vulnérabilités environnementales influencent l’habitat, les déplacements, l’aménagement urbain et les perspectives de développement local.
La présidente du CESE doit aussi prendre la mesure des besoins en matière de logement et de santé. Le programme inclut enfin l’insertion des jeunes et le développement économique, deux leviers déterminants pour renforcer durablement le territoire. Mais cette compréhension passe d’abord par un parcours précis, quartier après quartier.
Un programme de terrain entre Dzaoudzi, Pamandzi et Mamoudzou
La visite commence dès l’arrivée de Claire Thoury à Mayotte. Elle se rend à la mairie de Dzaoudzi pour une réunion de travail consacrée aux enjeux de Petite-Terre.
Cette première séquence porte sur trois axes clairement identifiés :
- l’érosion des espaces littoraux ;
- les risques de submersions marines ;
- le développement économique de Petite-Terre.
La réunion doit permettre de croiser l’expertise des élus et des responsables locaux avec les besoins exprimés sur le territoire. Une discussion institutionnelle ne suffit toutefois pas à évaluer les conséquences concrètes de ces risques. C’est pourquoi le programme se poursuit immédiatement sur le terrain.
- Se rendre à Dzaoudzi pour travailler sur l’érosion, les submersions marines et l’économie de Petite-Terre.
- Visiter les quartiers Racine, Labattoir et Sandravoingue, situés à Pamandzi, afin d’illustrer les problématiques rencontrées par les habitants.
- Observer les solutions locales déjà mises en œuvre face à l’érosion et aux risques de submersion.
- Rencontrer, le lundi 19 octobre, les élus, les autorités et les responsables associatifs à Mamoudzou.
Les visites de Racine, Labattoir et Sandravoingue ont un objectif précis : aider Claire Thoury à mesurer les besoins du territoire au plus près des zones concernées. Elles doivent aussi rendre visibles les réponses locales, qu’il s’agisse de prévention, d’aménagement ou d’accompagnement des populations.
Le lundi, à Mamoudzou, les échanges avec les élus, les autorités et les associations doivent élargir l’analyse à l’échelle de Mayotte. Ce dialogue est essentiel, car la résilience face aux risques ne dépend pas d’un seul acteur.
L’eau, la santé et le littoral : des enjeux qui se répondent
À Mayotte, les thèmes annoncés lors de cette visite se croisent. L’accès à l’eau est une priorité à part entière, mais il se rattache aussi aux préoccupations sanitaires et aux conditions de vie dans les quartiers. Le logement, la santé et les infrastructures doivent être pensés avec les réalités climatiques et géographiques de l’île.
La dimension environnementale renvoie également à d’autres risques dans l’océan Indien. Le projet SargEx, lancé en mai 2024, s’intéresse ainsi aux réponses à apporter lorsque des bâtiments publics ou des logements sont exposés aux émanations liées aux sargasses en décomposition.
Ces algues peuvent produire du sulfure d’hydrogène, ou H₂S, un gaz associé à des émanations toxiques lors de leur putréfaction. Les résultats du projet SargEx, présentés cette semaine, doivent aider les autorités locales à élaborer un ensemble de recommandations à destination de la population.
Cette autre actualité environnementale rappelle l’importance d’une approche globale. Anticiper les risques, protéger les habitants et adapter les bâtiments exigent des réponses coordonnées. C’est aussi ce qui donne du poids aux rencontres prévues avec les associations mahoraises.
Ce qu’il faut éviter dans l’analyse des besoins mahorais
La première erreur serait de réduire ce déplacement à la seule question de l’eau. Celle-ci est centrale, mais elle s’inscrit dans un ensemble plus vaste où interviennent l’érosion, la submersion marine, la reconstruction, le logement, la santé et l’emploi des jeunes.
Il serait également réducteur de considérer Petite-Terre uniquement comme un décor de visite. La réunion à Dzaoudzi et le parcours à Pamandzi servent précisément à examiner les réalités locales, notamment dans les quartiers de Racine, Labattoir et Sandravoingue.
Enfin, les solutions ne viennent pas uniquement des institutions nationales. Les élus, les autorités, les responsables associatifs et les habitants portent une connaissance concrète du terrain. La journée prévue à Mamoudzou doit permettre de faire entendre cette pluralité de regards.
Au terme de ces trois jours, l’enjeu sera de traduire les constats recueillis en priorités compréhensibles et adaptées à Mayotte. Les réponses les plus utiles seront celles qui relient protection du littoral, accès aux services essentiels et perspectives pour les habitants.




