Sur la plage de Gosselin, le décor peut basculer en quelques minutes. Sous les arbres qui offrent de l’ombre aux familles, une flamme mal placée suffit à fragiliser un tronc et à laisser une trace durable dans le sable.
À Rémire-Montjoly, la municipalité veut désormais faire évoluer les habitudes. Car derrière un repas partagé au bord de l’eau, le risque concerne aussi bien le patrimoine naturel que la sécurité de tous.
À Gosselin, des gestes répétés qui inquiètent la municipalité
Le constat a été fait pendant le dernier week-end des vacances, à l’heure du déjeuner. Deux élus de Rémire-Montjoly se sont rendus sur la plage de Gosselin afin d’observer une situation jugée préoccupante.
Ils n’ont pas eu besoin de parcourir longtemps le rivage. Une famille avait installé un barbecue directement au pied d’un arbre pour réchauffer son repas. Le groupe ne parlait pas français, mais a semblé comprendre rapidement le problème signalé.
Le barbecue sur la plage ne constitue pas, en lui-même, le cœur du sujet pour la mairie. Ce qui alerte les élus, c’est l’utilisation du feu au contact immédiat des arbres, dans un espace naturel fréquenté par les habitants et les visiteurs.
Yolande Milzink-Cincinat, dixième adjointe au maire chargée de l’environnement, regrette de devoir répéter des règles qui devraient relever du bon sens. Elle souligne que les campagnes de sensibilisation, les rappels et les réparations successives ne semblent pas toujours modifier certains comportements adultes.
La question est concrète : un arbre brûlé à sa base peut être fragilisé sans que le danger soit immédiatement visible. Et lorsque des personnes s’installent à proximité, la simple convivialité d’un déjeuner peut devenir un problème de sécurité. La mairie envisage donc une réponse plus ferme.
La réponse annoncée : protéger les arbres et sanctionner les abus
Les flammes au pied des arbres représentent un double risque. Elles dégradent le cadre naturel de Rémire-Montjoly et peuvent affaiblir les arbres présents sur les plages. Selon la municipalité, certains sujets fragilisés risquent ensuite de tomber à tout moment.
Cette menace ne concerne pas seulement la végétation. Une chute de branche ou d’arbre dans une zone de baignade, de pique-nique ou de passage peut mettre en danger les usagers du littoral. Les plages de Rémire-Montjoly sont des espaces de détente, mais elles restent des milieux vivants et vulnérables.
La commune a d’abord tenté une solution de protection physique. Des grillages ont été placés autour de certains arbres pour éviter que les barbecues ne soient installés contre les troncs. Serge Félix, premier adjoint au maire de Rémire-Montjoly, reconnaît toutefois les limites de ce dispositif.
Pour l’élu, entourer un arbre de grillage n’est pas une réponse satisfaisante. « On n’emprisonne pas un arbre », explique-t-il. Cette mesure protège temporairement, mais elle ne remplace pas le respect spontané des lieux par les personnes qui les fréquentent.
La mairie souhaite donc aller plus vite vers la répression. Serge Félix évoque notamment le passage des policiers afin de mieux faire appliquer les règles. Les contrevenants s’exposent à des amendes comprises entre 35 et 1 500 euros, selon la nature de l’infraction.
Cette fourchette rappelle que le feu, la dégradation d’un espace public et le non-respect des règles environnementales ne sont pas traités de la même manière. Mais encore faut-il savoir comment continuer à profiter de la plage sans reproduire les comportements visés.
Un barbecue reste possible, à condition de préserver la plage
La position de Rémire-Montjoly n’est pas celle d’une interdiction systématique des repas sur le sable. La municipalité reconnaît qu’un barbecue entre proches fait partie des habitudes estivales. Elle souhaite surtout que cette pratique soit réalisée dans des conditions responsables.
La règle essentielle consiste à ne jamais allumer un feu au pied d’un arbre. Le barbecue doit être autonome, stable et maintenu à distance de la végétation. Il ne doit pas produire de flammes ou de braises susceptibles d’atteindre les racines, le tronc, les feuilles sèches ou les déchets alentour.
Pour préparer un repas sur la plage sans laisser de dégradation, quelques réflexes simples s’imposent :
- Choisir un barbecue personnel, plutôt qu’un feu improvisé au sol ou contre un arbre.
- Installer l’équipement loin des troncs, des racines apparentes et des zones végétalisées.
- Prévoir des sacs-poubelle avant de partir, afin de ramener tous les déchets.
- Éviter de laisser de la fumée, des cendres, des braises ou des traces de feu sur place.
- Vérifier que le barbecue est totalement éteint avant de quitter la plage.
Lucoste, présent sur le site, décrit cette démarche responsable. Son groupe était venu avec ses propres sacs-poubelle et son propre barbecue. L’objectif était de repartir avec l’ensemble des déchets, sans fumée persistante ni marque pouvant indiquer un départ de feu.
Ce type d’organisation est particulièrement utile sur une plage. Le sable ne fait pas disparaître les déchets, les graisses ou les cendres. Les restes peuvent être dispersés par le vent, atteindre l’eau ou rester enfouis près des espaces où d’autres familles s’installeront ensuite.
Le principe est donc simple : profiter d’un moment en extérieur sans faire porter le coût du nettoyage ou de la réparation à la collectivité. Ce sont aussi les détails pratiques, souvent négligés, qui déterminent si un barbecue reste compatible avec la protection du littoral.
La propreté, un enjeu collectif qui pèse sur le budget communal
Le nettoyage des espaces publics représente un effort financier important pour Rémire-Montjoly. La mairie indique consacrer chaque année environ 1,5 million d’euros à son budget global de nettoyage.
Cette somme ne renvoie pas uniquement aux plages, mais elle illustre l’ampleur des moyens mobilisés pour maintenir le territoire propre. Déchets abandonnés, traces de feu, mobilier dégradé ou interventions répétées finissent par alourdir le travail des équipes municipales.
Sur le littoral, les incivilités sont d’autant plus visibles qu’elles contrastent avec la fonction même du lieu. Les arbres procurent de l’ombre. Le sable accueille les promeneurs et les familles. La végétation participe à l’identité paysagère de Rémire-Montjoly.
Préserver ces éléments ne demande pas forcément de renoncer aux sorties de plage. Cela suppose de venir équipé, de repartir avec ce que l’on a apporté et de ne pas transformer un espace collectif en zone de cuisson improvisée.
Jean-Marc, un habitué présent ce jour-là, estime que le passage à une phase de sanctions devient nécessaire. Malgré les aménagements et les actions de sensibilisation déjà menées, il observe encore les mêmes pratiques. Pour lui, une réponse répressive apparaît désormais inévitable.
Cette position traduit une réalité souvent rencontrée dans les espaces naturels très fréquentés : l’information est indispensable, mais elle ne suffit pas toujours. Reste à comprendre les erreurs précises qui exposent les arbres et les visiteurs.
Les erreurs à éviter lors d’un repas au bord de l’eau
La première erreur est de considérer un arbre comme un support pratique pour s’abriter et cuisiner. Son ombre n’autorise pas l’installation d’un barbecue contre son tronc. La chaleur peut endommager l’écorce et fragiliser durablement l’arbre.
La deuxième erreur consiste à partir en laissant des cendres ou des déchets derrière soi. Même lorsqu’un feu paraît éteint, des résidus peuvent rester chauds. Les sacs, emballages et restes alimentaires doivent être emportés, pas enfouis dans le sable.
Enfin, il ne faut pas attendre l’intervention d’un élu ou d’un agent pour réagir. Les amendes, de 35 à 1 500 euros selon l’infraction, sont destinées à rappeler une limite. Le meilleur réflexe reste d’éviter toute situation dangereuse avant qu’elle ne nécessite un contrôle.
À Gosselin comme sur l’ensemble du territoire, un barbecue responsable commence par le choix du bon emplacement et se termine par une plage laissée intacte. Respecter les arbres permet de conserver l’ombre, la sécurité et le plaisir de revenir partager un repas au bord de l’eau.




