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St Martin Week Guadeloupe Psychiatrie en Guadeloupe : le Dr Bernard Angerville rejoint l’EPSM pour transformer la prise en charge des patients
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Psychiatrie en Guadeloupe : le Dr Bernard Angerville rejoint l’EPSM pour transformer la prise en charge des patients

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Une nouvelle dynamique se dessine pour la psychiatrie en Guadeloupe. À 38 ans, un médecin guadeloupéen revient exercer des responsabilités majeures sur son territoire, avec une ambition claire : améliorer la qualité des soins sans jamais réduire les patients à leur diagnostic.

Son arrivée intervient alors que les besoins en santé mentale progressent et que les équipes font face à des situations souvent complexes. Formation, recherche, addictologie et urgences psychiatriques figurent déjà parmi les chantiers prioritaires.

La psychiatrie guadeloupéenne face à des besoins qui augmentent

La santé mentale occupe une place croissante dans les débats de santé publique, en Guadeloupe comme ailleurs. À l’Établissement public de santé mentale, ou EPSM, le nombre de personnes prises en charge augmente de façon continue.

Selon le Dr Bernard Angerville, 80 % des patients accueillis à l’établissement souffrent d’une addiction. Les 20 % restants présentent principalement un trouble mental ou psychiatrique. Cette répartition rappelle que l’addictologie et la psychiatrie sont étroitement liées dans les parcours de soins.

Pour les patients et leurs proches, consulter reste parfois difficile. La peur du regard des autres, les préjugés sur les maladies psychiatriques ou l’idée erronée que les soins seraient réservés aux situations extrêmes peuvent retarder une prise en charge.

Or la psychiatrie concerne des réalités très diverses : dépression, troubles anxieux, troubles psychotiques, troubles bipolaires, conduites addictives ou encore difficultés liées à des traumatismes. L’enjeu n’est donc pas seulement d’ouvrir des lits ou d’accueillir l’urgence. Il consiste aussi à proposer des soins adaptés, continus et dignes.

Le sujet est d’autant plus sensible que la discipline demeure souvent considérée comme le parent pauvre du système de santé local. Les urgences hospitalières manquent de moyens lorsque les patients affluent, une situation devenue plus visible depuis la pandémie de Covid-19. C’est dans ce contexte exigeant qu’un nouveau chef de service prend ses fonctions.

Le Dr Bernard Angerville, psychiatre, addictologue et enseignant-chercheur

Le Dr Bernard Angerville dirige le service de psychiatrie de l’EPSM de Guadeloupe depuis le 1er septembre 2026. Ce praticien hospitalier guadeloupéen est à la fois médecin psychiatre, addictologue et enseignant-chercheur.

À 38 ans, il vient d’être nommé maître de conférences des universités. Cette nomination fait de lui le premier, et à ce jour le seul, professionnel ayant atteint ce niveau universitaire en psychiatrie en Guadeloupe.

Son parcours est étroitement lié à l’Université des Antilles. Il a appartenu à la première promotion ayant pu effectuer les trois premières années de médecine à la faculté de médecine de Fouillole, le pôle pointois de l’université. Il a ensuite poursuivi sa spécialisation dans l’Hexagone, en psychiatrie et en addictologie.

Le médecin possède un doctorat de médecine et un doctorat en neurosciences. Il a également enrichi sa formation par des diplômes portant notamment sur la neurostimulation et la recherche en statistique.

Cette double culture clinique et scientifique s’appuie sur des programmes de recherche, des travaux d’investigation et des publications reconnus au niveau national. Mais son projet ne repose pas sur les seuls diplômes. Le Dr Angerville veut transformer la manière dont la psychiatrie est perçue et pratiquée en Guadeloupe.

Son objectif est de déstigmatiser les patients, de favoriser des soins d’excellence et de développer une prise en charge qui tienne compte des réalités locales. Cela passe d’abord par les femmes et les hommes qui accompagneront les patients demain.

Former localement les futurs psychiatres, une priorité affichée

La formation constitue l’un des piliers de la mission confiée au nouveau chef de service. La Guadeloupe dispose désormais d’une université de plein exercice, en capacité de former des médecins entièrement sur le territoire.

Pour le Dr Bernard Angerville, cette possibilité doit permettre de consolider les équipes et de créer un ancrage durable. Il entend assumer la responsabilité de former les jeunes médecins qui choisiront la spécialité de psychiatrie dans le département.

La psychiatrie demande en effet des compétences médicales, mais aussi une grande capacité d’écoute, d’analyse et de coordination. Les soins impliquent souvent plusieurs acteurs : psychiatres, infirmiers, psychologues, assistants sociaux, médecins généralistes, équipes d’addictologie et parfois services d’urgence.

La formation ne doit donc pas se limiter aux connaissances théoriques. Elle suppose d’apprendre à évaluer une crise, à construire une alliance thérapeutique et à accompagner les proches. Elle implique aussi de comprendre les mécanismes des dépendances et leurs conséquences sur la santé psychique.

Dans ce cadre, l’addictologie représente un champ essentiel. Alcool, cannabis, médicaments détournés ou drogues de synthèse peuvent aggraver un trouble psychiatrique, masquer ses symptômes ou compliquer l’adhésion aux soins.

La question des substances psychoactives dépasse d’ailleurs les frontières de l’archipel. À Mayotte, l’étude EpiMay 2025, menée auprès de 1 000 ménages sur l’ensemble du territoire, indiquait que près d’un adulte sur vingt avait déjà consommé de la « chimique », une drogue de synthèse. L’enquête signalait aussi une progression préoccupante chez les femmes. Former les professionnels à repérer et accompagner ces usages reste donc indispensable.

Mais la compétence clinique ne suffit pas à répondre à toutes les interrogations. Pour adapter les pratiques aux besoins réels de la population, il faut également produire des connaissances locales.

La recherche pour comprendre les singularités du territoire

Le Dr Bernard Angerville souhaite faire de la recherche en santé mentale une mission structurante du service de psychiatrie de l’EPSM. Son raisonnement est simple : un hôpital qui ne questionne pas ses pratiques et ne contribue pas aux connaissances risque de s’affaiblir.

L’ambition est de mieux comprendre l’évolution des troubles psychiatriques dans les populations guadeloupéennes. Les territoires ultramarins possèdent des singularités sociales, culturelles, géographiques et sanitaires qui doivent être intégrées aux travaux de recherche.

La recherche peut permettre de documenter les parcours des patients, les besoins en soins, les difficultés d’accès ou encore la place des addictions. Elle peut également aider les équipes à valoriser ce qu’elles observent sur le terrain et à ajuster leurs pratiques.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte d’inégalités sanitaires persistantes avec l’Hexagone. Dans un rapport national publié au début de juillet 2026, l’Assurance Maladie alertait sur la situation en Guadeloupe et, plus largement, dans les départements ultramarins.

Le document évoquait notamment le surpoids, le diabète, la santé mentale et l’accès aux soins. L’organisme public de protection sociale y formulait plusieurs recommandations, dont l’application dépend désormais des pouvoirs publics.

La recherche ne remplace pas les moyens humains et matériels. En revanche, elle peut fournir les données nécessaires pour mieux défendre des organisations adaptées et éclairer les décisions institutionnelles. Reste à faire évoluer concrètement l’accueil des patients les plus vulnérables.

Des urgences psychiatriques attendues au nouveau CHUG

Les urgences constituent l’un des points les plus sensibles de la prise en charge psychiatrique. Lorsque les personnes arrivent en crise, les établissements doivent pouvoir offrir rapidement un espace sécurisé, des équipes formées et une orientation vers des soins appropriés.

En Guadeloupe, l’insuffisance de solutions adaptées aux urgences hospitalières a été régulièrement soulignée. Une enquête publiée le 25 août 2026 rapportait notamment des situations dans lesquelles des patients psychiatriques avaient été sanglés durant plusieurs jours aux urgences.

Ces épisodes illustrent l’importance d’une organisation spécifique. Une personne en souffrance psychique aiguë ne peut être accueillie durablement dans un cadre qui ne répond pas à ses besoins cliniques, relationnels et de sécurité.

Les urgences psychiatriques doivent prochainement être installées au sein du nouveau Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe, à Belle Plaine, aux Abymes. Cette évolution est attendue comme une étape importante pour mieux articuler l’urgence, l’hospitalisation, l’ambulatoire et le suivi après la crise.

Le Dr Bernard Angerville devra aussi exercer un rôle institutionnel dans ce paysage en transformation. Il évoque lui-même les appréhensions liées à certaines lenteurs locales et à l’ampleur des besoins. La question centrale demeure : par où commencer ?

Ce qu’il faut éviter pour changer durablement le regard

Le premier écueil consiste à opposer addiction et psychiatrie. Les deux domaines se croisent fréquemment et nécessitent une approche globale, sans jugement moral sur les consommations ou les symptômes.

Il faut aussi éviter de considérer la recherche comme un luxe réservé aux grands centres universitaires. En Guadeloupe, elle peut au contraire aider à comprendre des réalités insuffisamment documentées et à améliorer les pratiques quotidiennes.

Enfin, l’amélioration des urgences ne doit pas faire oublier l’amont et l’après-crise. Prévention, consultations précoces, accompagnement des familles et continuité des soins limitent les ruptures de parcours.

Avec l’arrivée du Dr Bernard Angerville à l’EPSM, la Guadeloupe dispose d’un médecin formé à la clinique, à l’addictologie et aux neurosciences. La transformation attendue reposera désormais sur la capacité collective à soutenir la formation, la recherche et des soins réellement accessibles aux patients.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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