Après plusieurs jours de mobilisation et de blocages, le collectif Nou Las Palé estime que le temps des échanges dispersés est terminé. Réuni aux Abymes le mercredi 28 octobre 2026, il réclame une réponse institutionnelle claire et collective. À défaut, ses représentants préviennent que la contestation pourrait entrer dans une phase plus dure.
Le message s’adresse à la préfecture comme aux responsables des collectivités guadeloupéennes. Derrière la question très visible du prix des carburants, le mouvement met sur la table des difficultés qui touchent l’eau, l’emploi, les entreprises, les écoles ou encore le foncier. Mais le point de blocage principal reste l’absence d’une réunion commune.
Pourquoi Nou Las Palé réclame une table ronde avec toutes les institutions
Nou Las Palé ne demande pas seulement à être reçu par une administration ou par un élu. Le collectif veut réunir, autour d’une même table, le préfet Thierry Devimeux et les responsables des collectivités. Son objectif est d’obtenir des réponses coordonnées à des problèmes que ses membres jugent structurels en Guadeloupe.
Cette demande intervient dans un climat déjà tendu. Des blocages ont été engagés à partir du 14 octobre, notamment aux abords de la zone de Jarry. Ces actions ont placé le collectif au centre du débat sur la vie chère, les carburants et les conditions de vie sur l’archipel.
La préfecture conteste toutefois la représentativité de Nou Las Palé. Thierry Devimeux considère que les sujets évoqués peuvent être abordés avec des organisations déjà reconnues comme interlocutrices des pouvoirs publics. Pour le collectif, cette position revient à écarter des citoyens directement confrontés aux difficultés dénoncées.
Hubert Quiaba rejette cette lecture. Selon lui, toute personne qui subit les problèmes du territoire doit pouvoir les dénoncer et participer à une mobilisation. Cette divergence sur la légitimité du collectif explique en partie pourquoi le dialogue peine à se concrétiser.
Le mouvement veut désormais transformer ses revendications en décisions. Reste à savoir quelles exigences il place en priorité dans ce bras de fer.
Les douze revendications, avec le carburant au premier plan
Le carburant occupe une place centrale dans la plateforme de Nou Las Palé. Le collectif réclame un prix de 1,18 euro pour un litre de sans-plomb et de 1,20 euro pour un litre de gazole. Il demande aussi davantage de transparence dans la formation des prix.
La diversification des fournisseurs fait également partie de ses demandes. Cette revendication traduit la volonté d’ouvrir le débat sur l’approvisionnement énergétique, au-delà de la seule baisse immédiate affichée à la pompe.
Mais les douze exigences du collectif vont bien plus loin que le carburant. Nou Las Palé met en avant l’accès à l’eau potable, la vie chère et les difficultés rencontrées par les entreprises. Les travaux nécessaires sur les réseaux d’eau figurent parmi les dossiers cités.
Le soutien à l’emploi, les conditions d’accueil dans les écoles, la pêche professionnelle, la justice et le foncier sont aussi évoqués. Ludovic Tolassy souligne que les membres du collectif viennent d’horizons professionnels différents. Chacun apporte son expérience à des revendications présentées comme communes.
| Thème | Demandes ou difficultés mises en avant |
|---|---|
| Carburants | Sans-plomb à 1,18 euro le litre, gazole à 1,20 euro, transparence des prix et diversification des fournisseurs |
| Eau potable | Accès à l’eau et travaux sur les réseaux |
| Vie économique | Vie chère, difficultés des entreprises et soutien à l’emploi |
| Services publics | Conditions d’accueil dans les écoles, justice et foncier |
| Secteurs professionnels | Situation de la pêche professionnelle |
Ludovic Tolassy cite aussi les coupures d’eau et la précarité médicale. Il dénonce un « deux poids, deux mesures » dans le traitement de certaines situations. C’est précisément cette accumulation de dossiers qui nourrit la demande d’une réponse globale.
Ce que le collectif demande concrètement aux autorités
La méthode souhaitée par Nou Las Palé est simple dans son principe. Le collectif veut que l’État et les collectivités se réunissent avec ses représentants afin d’examiner les revendications dans leur ensemble. Il refuse que les discussions soient fragmentées entre plusieurs rendez-vous séparés.
- Réunir les décideurs concernés : le préfet et les présidents des collectivités sont appelés à participer à une rencontre commune.
- Examiner le document de revendications : José Gaddarkhan affirme que le texte remis par le collectif n’a toujours pas reçu de réponse.
- Passer des discussions aux décisions : Ludovic Tolassy appelle les responsables politiques et les représentants de l’État à prendre des mesures concrètes.
- Traiter les dossiers de façon transversale : carburants, eau, santé, emploi et entreprises sont présentés comme des enjeux liés aux conditions de vie en Guadeloupe.
Une réunion avec des représentants économiques s’est tenue le 23 octobre. Toutefois, Nou Las Palé conteste avoir refusé une invitation officielle à une autre rencontre envisagée avec le préfet. Le collectif estime donc que le récit d’un refus de dialogue ne correspond pas à sa position.
José Gaddarkhan explique que les autorités proposent plutôt de recevoir les membres séparément. Pour lui, cette organisation ne répond pas à l’enjeu. Une table ronde permettrait, selon la logique défendue par le collectif, de placer tous les responsables face aux mêmes demandes.
Le désaccord ne porte donc pas uniquement sur le contenu des revendications. Il concerne aussi le format du dialogue et la reconnaissance du mouvement comme interlocuteur. C’est là que la situation pourrait se durcir.
Une accalmie temporaire après les drames de la mobilisation
Les actions ont été moins nombreuses au cours des derniers jours. Nou Las Palé insiste cependant sur un point : cette baisse d’intensité ne marque pas la fin de la mobilisation. Ludovic Tolassy la relie notamment à une période de deuil après des drames survenus pendant le mouvement.
Lors de la conférence de presse des Abymes, il a qualifié cette séquence d’« avant-goût ». Son avertissement est direct : si aucune solution n’est trouvée, les actions pourraient reprendre. Le collectif demande aux autorités de réagir avant que le rapport de force ne s’installe davantage.
Hubert Quiaba emploie un ton tout aussi ferme. Il affirme que le mouvement est prêt à aller plus loin parce que ses membres considèrent ne plus pouvoir supporter la situation. Il critique les propos du préfet, qu’il juge insultants, ainsi que les élus, qu’il qualifie de « lâches ».
Il affirme néanmoins rester ouvert à d’autres pistes. Si d’autres méthodes peuvent faire avancer la Guadeloupe, le collectif se dit prêt à les entendre. Cette disponibilité affichée coexiste avec une détermination à maintenir la pression.
La prochaine étape dépend donc largement d’une réponse institutionnelle commune. Sans cette ouverture, l’accalmie actuelle pourrait ne durer qu’un temps.
Les points de tension à ne pas négliger
Le premier risque est de réduire la mobilisation à la seule question du prix à la pompe. Les montants réclamés pour le sans-plomb et le gazole sont précis, mais ils ne résument pas les douze exigences de Nou Las Palé. L’eau potable, la santé, l’emploi et le foncier font partie du même discours.
Le second point concerne la représentativité. La préfecture estime que les organisations reconnues peuvent porter ces débats. Le collectif répond que la mobilisation doit rester ouverte à toute personne confrontée aux difficultés du territoire.
Enfin, José Gaddarkhan évoque un « acharnement » à son encontre. Il cite des contrôles de la DEAL sur la présence d’amiante dans l’entreprise de son fils. Il regrette que les problèmes soulevés ne soient pas traités plus tôt, avant d’atteindre selon lui des situations extrêmes.
Pour Nou Las Palé, une réunion unique avec l’État et les collectivités reste le test décisif. Si elle se tient, elle devra répondre à des demandes précises et à une colère qui dépasse largement les blocages de Jarry.




