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Urgences du CHU de Trinité : pourquoi la réouverture partielle met les syndicats en colère

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La réouverture partielle des urgences du CHU de Trinité suscite autant d’espoir que de frustration. Pour la population du Nord de la Martinique, cette reprise limitée ressemble à une solution incomplète face à un besoin vital. Entre horaires restreints, orientations vers Fort-de-France et inquiétudes syndicales, la situation soulève plus de questions que de certitudes. Et un enjeu essentiel demeure encore dans l’ombre.

Un contexte tendu pour l’accès aux soins dans le Nord de la Martinique

La Martinique fait face à une problématique bien connue : l’accès équitable aux soins d’urgence, particulièrement dans le Nord de l’île. La fermeture puis la réouverture partielle des urgences du CHU de Trinité ont amplifié ce sentiment d’inégalité. Depuis ce 6 juillet, le service accueille de nouveau les patients, mais uniquement de 8h à 23h30. Et surtout, les admissions s’arrêtent dès 20h, ce qui modifie profondément les habitudes de la population.

Cette situation est difficile pour des communes déjà éloignées du CHU de Fort-de-France. Les difficultés de circulation en Martinique — réseau routier contraint, embouteillages récurrents, axes parfois impraticables en cas d’intempéries — aggravent le sentiment de vulnérabilité. Le syndicat UGTM Santé rappelle que ces obstacles physiques ne sont pas des détails. Ils déterminent parfois le pronostic vital lors d’une urgence.

À cela s’ajoute un contexte saisonnier particulier : période cyclonique et afflux de vacanciers. Ces deux phénomènes augmentent les risques d’accidents et de pathologies aiguës. Le Nord se retrouve donc avec une offre de soins réduite au moment où la demande pourrait augmenter. Et c’est précisément dans ce décalage que se cristallise la colère syndicale.

Mais un autre élément, plus structurel encore, explique l’ampleur du débat.

Pourquoi la réouverture partielle fait polémique

Le dispositif mis en place se veut pragmatique selon la direction. Le professeur Papa Gueye, chef du pôle des urgences, insiste sur un objectif : « garantir la qualité et la sécurité des soins ». Le CHU explique avoir conçu une organisation transitoire adaptée aux ressources actuelles. Au-delà de 20h, les patients doivent appeler le 15 pour être orientés par le Samu vers les urgences du CHU de Fort-de-France.

Un dispositif d’accueil reste toutefois prévu : un interne de garde et du personnel paramédical sont présents pour évaluer, accueillir et orienter les personnes se présentant spontanément. Les patients déjà hospitalisés, eux, bénéficient d’astreintes médicales assurant la continuité des soins dans plusieurs services.

Pourtant, les syndicats, et particulièrement l’UGTM Santé, jugent cette réouverture partielle insuffisante et inadaptée. Leur revendication est claire : une réouverture 24 heures sur 24. Pour Serge Aribo, secrétaire général de l’UGTM Santé, la situation met en lumière un manque national de médecins urgentistes, mais qui ne devrait pas justifier une offre dégradée dans les principaux sites hospitaliers de l’île.

Il y voit une atteinte directe à l’égalité d’accès aux soins. Les habitants du Nord seraient, selon lui, désavantagés « avec des heures pour tomber malade et des heures auxquelles il ne faut pas tomber malade ». Cette phrase résume toute la frustration d’une population qui craint d’être laissée pour compte.

Et la réponse du CHU, présentée comme temporaire, ne suffit pas à apaiser ces inquiétudes.

Comment fonctionne concrètement ce dispositif partiel

Pour comprendre l’impact réel de cette réouverture, il faut en détailler précisément le fonctionnement. Les urgences du CHU de Trinité opèrent désormais selon les modalités suivantes :

  • Accueil des patients : de 8h à 23h30.
  • Fin des admissions directes : dès 20h.
  • Période d’application : du 6 juillet au 6 septembre.
  • Orientation après 20h : appel obligatoire au 15 pour être pris en charge par le Samu.
  • Accueil sur place après 20h : évaluation par un interne et du personnel paramédical en poste.
  • Continuité des soins pour les patients déjà hospitalisés : astreintes médicales dans plusieurs services.

Ce dispositif repose donc sur une distinction importante : présence physique d’une équipe minimale et capacité d’admettre officiellement un patient. Après 20h, les urgences ne peuvent plus assurer une admission, un examen complet ou une prise en charge d’un cas complexe. Leur rôle se limite à une évaluation et une orientation rapide.

Pour les habitants du Nord, cela signifie un report systématique vers Fort-de-France pour tout problème nécessitant une intervention urgente après cet horaire. Avec des temps de trajet variables et des routes parfois engorgées, cette contrainte suscite de vives inquiétudes.

Et cette organisation reste très éloignée de la prise en charge continue que revendiquent les syndicats.

Les inquiétudes des syndicats et les enjeux plus larges

L’UGTM Santé estime que la situation actuelle dépasse le simple cadre organisationnel. Elle met en lumière un enjeu plus structurel : la pénurie de médecins urgentistes en Martinique. Selon le syndicat, cette pénurie n’est pas nouvelle. Elle résulte d’un manque d’attractivité, d’un turn-over important et d’une absence de réponses efficaces de la part des autorités sanitaires, notamment l’ARS.

Le syndicat rappelle avoir demandé depuis plusieurs années des mesures pour « pourvoir la Martinique en médecins spécialistes ». Le manque de ressources humaines entraîne des choix organisationnels contraints, au détriment d’une offre de soins équitable.

Le contexte saisonnier renforce ces inquiétudes. La période cyclonique peut générer des mouvements de terrain, des accidents domestiques et des urgences traumatiques. Les vacances scolaires, quant à elles, augmentent les déplacements, les activités touristiques et donc les risques d’accidents. La fermeture partielle du site de Trinité apparaît, dans ce contexte, comme un risque supplémentaire pour toute une partie de la population.

Le syndicat souligne enfin un point souvent négligé : l’importance du réseau routier. En Martinique, les axes reliant le Nord à Fort-de-France sont sensibles aux intempéries et fréquemment congestionnés. Les conséquences d’un retard d’accès aux soins peuvent alors devenir critiques.

Reste maintenant à comprendre quels sont les écueils les plus fréquents dans ce type de dispositif transitoire.

Ce qu’il faut surveiller et les erreurs à éviter

Un dispositif partiel d’accueil des urgences peut induire plusieurs pièges. Le premier est la confusion du public. Beaucoup de patients risquent de se rendre au CHU de Trinité après 20h en pensant pouvoir être admis. Même si une équipe minimale est présente, la prise en charge complète n’est plus possible. Cela peut créer frustration et perte de temps dans des situations critiques.

Un second risque tient à l’appel au 15. Certains usagers hésitent à composer ce numéro, pensant à tort qu’il s’agit uniquement de cas extrêmes. Cette réticence pourrait retarder l’orientation vers Fort-de-France.

Enfin, la saturation du Samu est une possibilité réelle. En concentrant davantage les prises en charge sur un seul site d’urgence, le CHU de Fort-de-France pourrait voir sa capacité d’accueil mise à rude épreuve, surtout en période touristique.

Ces limites montrent clairement les enjeux d’une organisation encore en ajustement.

Ce dispositif transitoire rappelle un fait essentiel : garantir l’accès aux soins demande des ressources humaines stables et une organisation pérenne. Les prochains mois diront si cette réouverture partielle pourra évoluer vers un service complet ou si de nouvelles adaptations seront nécessaires. Entre-temps, pour la population du Nord, la vigilance reste de mise face à une situation encore fragile.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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