Parc éolien à Petit-Canal : les agriculteurs refusent de céder et maintiennent leur pression sur TotalEnergies
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Parc éolien à Petit-Canal : les agriculteurs refusent de céder et maintiennent leur pression sur TotalEnergies

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À Petit-Canal, le projet de parc éolien continue de susciter un profond malaise. La tension est montée d’un cran, au point que les agriculteurs concernés affirment qu’ils ne céderont pas. Leur détermination se renforce, et leurs arguments s’appuient sur des faits qu’ils jugent incontournables. La situation prend une ampleur telle que les pouvoirs publics et TotalEnergies ne peuvent plus l’ignorer.

Un conflit qui dure et un territoire pris en étau

Le différend autour des terres du lieu-dit Dadoud persiste depuis quatre ans. Ce blocage met en lumière un problème central : la coexistence difficile entre développement des énergies renouvelables et maintien de l’activité agricole locale. Les habitants de Petit-Canal, notamment les exploitants agricoles, expliquent vivre cette situation comme une menace directe pour leurs terres, leurs revenus et leur mode de vie.

À l’origine, le projet de parc éolien porté par TotalEnergies remonte à 2010. Il s’inscrit dans la dynamique nationale de transition énergétique et de diversification des sources de production électrique, notamment en Guadeloupe. Le groupe, qui se présente comme un acteur majeur des énergies renouvelables, défend la volonté de produire de l’électricité grâce au vent, ressource abondante sur la Grande-Terre.

Mais les négociations n’ont jamais abouti. Sur le terrain, les exploitants affirment n’avoir trouvé aucune réponse satisfaisante. Ils dénoncent un projet qu’ils jugent opaque, mal concerté et, surtout, incompatible avec la vocation agricole de Dadoud. Cette perception alimente un climat de défiance qui ne cesse de s’envenimer. Et cette fracture conduit inévitablement à s’interroger sur ce qui alimente cette opposition virulente.

Les opposants dévoilent leur position ferme

Le collectif « Doubout pou tè Kannal » a récemment franchi une nouvelle étape en publiant une lettre ouverte à destination des élus locaux et du préfet. Les militants y formulent une demande explicite : l’abandon définitif du projet et le retrait immédiat de TotalEnergies des terres agricoles.

Pour eux, le dossier souffre de multiples irrégularités. Ils pointent notamment l’absence de titre de propriété clair au nom du Conseil départemental, l’absence d’un bail emphytéotique réglementaire, ainsi que des erreurs qu’ils attribuent à l’autorité préfectorale. Ils invoquent également une méconnaissance — voire une non-prise en compte — du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de Petit-Canal.

Sur le plan environnemental, le collectif évoque des risques potentiels, tant sur le plan sanitaire que sur les écosystèmes locaux. L’impact économique sur l’activité agricole est également mis en avant. Les agriculteurs affirment que l’installation d’éoliennes pourrait compromettre leurs exploitations et perturber durablement leur travail.

Selon eux, leurs revendications restent ignorées. Pourtant, ces points constituent le cœur même de leur mobilisation. Mais une opposition aussi solide pose une question essentielle : comment TotalEnergies justifie-t-elle la validité de son projet ?

TotalEnergies défend la légitimité et la conformité du chantier

Le groupe assure de son côté que toutes les autorisations nécessaires à l’implantation des éoliennes ont été obtenues. Selon TotalEnergies, la phase d’étude du chantier a débuté en janvier 2022, marquant une progression concrète après plusieurs années de travail administratif et technique.

La multinationale rappelle que le choix d’une zone destinée à accueillir un parc éolien n’est jamais fait au hasard. Pour être éligible, un site doit répondre à plusieurs critères précis : ressources en vent, contraintes techniques, accès, topographie, et absence d’obstacles réglementaires majeurs. Les études de préfaisabilité auraient ainsi permis de déterminer que la zone de Dadoud était adaptée à une installation de ce type.

Dans sa communication, l’entreprise insiste sur l’alignement du projet avec les objectifs régionaux de développement durable, en particulier la promotion d’une production électrique plus propre et plus locale. Elle affirme vouloir s’inscrire dans la durée, en partenariat avec les territoires et leurs habitants.

Pourtant, malgré de multiples réunions d’information destinées aux riverains, la défiance demeure totale. Cette fracture montre à quel point la communication autour d’un projet de transition énergétique peut influer sur son acceptation sociale. Reste alors la question de savoir comment cette situation pourrait évoluer concrètement sur le terrain.

Un dossier qui se joue aussi au niveau local

Au-delà de l’affrontement entre agriculteurs et TotalEnergies, ce chantier pose un défi institutionnel. Les élus locaux, destinataires de la lettre ouverte, se retrouvent dans une position délicate. Ils doivent concilier les impératifs nationaux de transition énergétique et les intérêts économiques de leur territoire avec les préoccupations légitimes des habitants.

Petit-Canal, commune rurale de la Grande-Terre, dépend largement de l’agriculture. Les terres de Dadoud constituent un espace stratégique pour de nombreux exploitants. L’idée de les voir transformées en parc éolien interroge sur le modèle de développement local, entre activité agricole traditionnelle et projets industriels liés aux énergies renouvelables.

Cette opposition illustre aussi un débat plus large, déjà observé ailleurs en France : comment arbitrer entre production d’énergie durable et préservation des espaces agricoles ? La Guadeloupe, qui ambitionne une autonomie énergétique accrue, doit composer avec des territoires limités et une forte densité d’usages.

Ces tensions montrent que la transition énergétique ne se résume pas à installer des infrastructures. Elle implique des choix, des compromis et une réflexion profonde sur l’avenir des territoires. Et dans ce cas précis, un élément essentiel demeure en suspens : quelles alternatives pourraient apaiser les tensions ?

Les enseignements possibles pour l’avenir

Le cas de Petit-Canal montre qu’un projet, même techniquement solide et réglementairement validé, peut rencontrer une opposition qui le fragilise durablement. Les énergies renouvelables nécessitent une adhésion forte des populations locales pour être acceptées et déployées de manière harmonieuse.

Les autorités devront certainement repenser la concertation et intégrer davantage les spécificités agricoles, économiques et culturelles du territoire. Car les inquiétudes exprimées à Petit-Canal ne se limitent pas à une simple contestation administrative. Elles traduisent un besoin d’écoute et de reconnaissance.

Cette situation rappelle l’importance de concilier innovation énergétique et respect des réalités locales. Sans cela, les projets risquent de s’enliser, même lorsqu’ils répondent à des objectifs d’intérêt général. Et pour le moment, le bras de fer engagé ne semble pas près de s’achever.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour comprendre si un dialogue plus ouvert pourra émerger ou si le conflit continuera d’alimenter une tension déjà bien installée. Un territoire comme Dadoud mérite une décision claire, sustentée par un équilibre entre enjeux environnementaux et besoins humains.

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Written by
Amandine

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