Ils sont jeunes, curieux et animés par un réel désir de comprendre le monde agricole autrement. Pourtant, rien ne prédestinait ces deux étudiants à poser leurs valises sur une île battue par les vents de l’Atlantique Nord. Leur choix intrigue, tant le contraste est fort entre leurs parcours et ce territoire isolé où l’agriculture se pratique à petite échelle mais avec une énergie remarquable. Ce sont justement ces chemins inattendus qui donnent toute leur force à leur aventure.
Pourquoi deux étudiants choisissent-ils Miquelon pour se former ?
Chaque année, des centaines d’étudiants en agro-développement cherchent un lieu pour effectuer leur stage de professionnalisation. Beaucoup optent pour des fermes du continent ou de grandes exploitations en France métropolitaine. Mais peu pensent spontanément à Saint-Pierre-et-Miquelon. L’archipel présente pourtant un laboratoire à ciel ouvert, où les conditions climatiques exigeantes obligent les agriculteurs à trouver des solutions ingénieuses.
Le choix de Fania Ayodi et d’Adrien Massin illustre ce désir d’exploration. À 20 et 25 ans, tous deux étudient à l’Institut supérieur technique d’outre-mer (ISTOM) d’Angers. Leur formation en agro-développement les prépare à travailler dans des environnements variés, souvent situés hors de France métropolitaine. Découvrir un territoire éloigné comme Miquelon entre alors parfaitement dans cette logique de mobilité et d’ouverture.
Pour Fania, originaire du Togo et dotée de deux licences en agro-économie, l’idée de vivre un été dans le froid nord-américain représente un contraste saisissant avec les 41 degrés qu’elle évoque en France. Adrien, de son côté, voulait explorer un élevage caprin et approfondir sa mission d’étude sur la transition écologique. Tous deux partagent un point commun : la volonté d’apprendre autrement. Et c’est cette motivation qui ouvre la porte à la suite de leur expérience.
La réponse : un archipel idéal pour l’apprentissage agricole
La clé de leur choix se résume en une phrase évoquée par Fania : « Je pense que c’est mon côté aventurier qui m’a envoyé ici. » L’archipel, avec son climat rude, ses exploitations isolées et ses paysages inspirants, attire ceux qui souhaitent sortir de leur zone de confort. Miquelon devient ainsi un terrain privilégié pour expérimenter des méthodes agricoles adaptées à un milieu contraignant.
Fania effectue son stage au sein de Floradécor, l’exploitation maraîchère de Cindy Lucas. Là, entre gypsophiles, mufliers et rangées de semis, elle redécouvre les itinéraires techniques propres au maraîchage et à l’horticulture. Elle y met en pratique ses connaissances en statistiques agricoles, en gestion de sécurité alimentaire et en collecte de données. Sa mission inclut aussi la préparation des plants expédiés à Saint-Pierre par traversier, une logistique typique de l’archipel.
Adrien, lui, rejoint l’élevage caprin des Saveurs Fermières, dirigé par Ketty Orsiny. Son quotidien alterne entre le paillage pour limiter l’humidité, les soins aux animaux et la fabrication de produits laitiers comme le yaourt, les faisselles ou même la crème glacée. Il y mène aussi une étude écologique sur l’impact des plantes locales sur les chèvres de l’archipel.
Ces deux stages, soutenus financièrement par la Chambre d’agriculture, de commerce, d’industrie, de métiers et de l’artisanat (CACIMA), montrent que Miquelon offre une immersion agricole rare. Les billets d’avion et le logement de cinq étudiants ont été pris en charge, rendant possible cette expérience unique. Et pour la CACIMA, cela marque un tournant : plus de dix ans s’étaient écoulés depuis l’accueil de stagiaires de l’enseignement supérieur dans les exploitations locales.
Comment ces étudiants mettent-ils en pratique leurs compétences sur l’île ?
Sur le terrain, leurs journées s’organisent en fonction des besoins des exploitations. Fania évolue au rythme du maraîchage, une spécialité exigeante dans un climat soumis aux vents et aux variations de température. Elle travaille sur plusieurs tâches essentielles :
- la réalisation de semis sur plusieurs rangées
- l’entretien d’horticultures variées comme les gypsophiles et les mufliers
- la préparation de plants pour expédition vers Saint-Pierre
- la vérification des commandes avant emballage
- la mise en conformité des livraisons selon les besoins des clients
Fania applique les itinéraires techniques appris en cours et les confronte aux réalités du terrain. Elle complète ainsi son expertise en maraîchage et en gestion de cultures en conditions difficiles.
Adrien, quant à lui, suit un programme très différent, mais tout aussi formateur :
- paillage des enclos pour réduire l’humidité et la pression sanitaire
- soins quotidiens aux chèvres de l’élevage
- transformation laitière : yaourt, faisselles, crème glacée
- étude écologique sur les plantes de l’archipel
- préparation d’un nouveau terrain de pâturage avec l’exploitante
Son stage combine ainsi pratique agricole et analyse environnementale, un duo particulièrement recherché dans le secteur de l’agro-développement. Cette pluralité de tâches lui permet d’appliquer directement sa formation d’ingénieur agronome, en accord avec sa mission de transition écologique.
Conseils, variations et enrichissements autour de l’expérience agricole à Miquelon
Les stages de Fania et Adrien montrent qu’une immersion à Miquelon peut prendre plusieurs formes selon la spécialité de l’étudiant. Plusieurs pistes permettent d’enrichir une telle expérience :
- Observer les modèles agricoles insulaires, souvent basés sur la résilience et la gestion fine des ressources.
- Participer à la transformation des produits locaux pour comprendre les chaînes courtes et les circuits de distribution.
- Comparer les variétés végétales cultivables dans un climat tempéré froid, notamment les plantes adaptées au vent et à l’humidité.
- Analyser les interactions entre faune, flore et activités humaines sur un territoire isolé.
- Travailler avec les exploitants sur des projets concrets : agrandissement de parcelles, amélioration du bien-être animal, optimisation des serres.
Ces stages s’inscrivent dans une dynamique locale où l’agriculture, bien que limitée en taille, joue un rôle essentiel dans l’économie de l’archipel. Ils offrent aux étudiants une vision complète : horticulture, maraîchage, élevage caprin, logistique insulaire et écologie appliquée.
Les erreurs à éviter lorsqu’on choisit un stage agricole isolé
Se rendre à Miquelon représente un vrai changement. Quelques écueils sont à anticiper pour vivre pleinement l’expérience :
- Sous-estimer le climat, même en été, comme l’a vécu Fania malgré sa préparation.
- Imaginer un volume de production comparable à celui d’une exploitation métropolitaine.
- Négliger la dimension logistique insulaire, essentielle pour acheminer plants ou matériel.
- Arriver sans projet précis, alors que les exploitants apprécient les stagiaires autonomes.
- Penser que l’isolement signifie un manque d’apprentissage, alors qu’il s’agit d’un environnement riche en défis pratiques.
Anticiper ces points permet de se concentrer sur l’essentiel : l’apprentissage concret et l’immersion dans une agriculture résiliente.
À Miquelon, ces stages ne sont pas seulement des lignes supplémentaires sur un CV. Ils ouvrent une porte vers une autre manière d’envisager l’agriculture, à la fois exigeante et profondément humaine. Une expérience qui marque et qui façonne, bien au-delà des quelques mois passés sur l’archipel.




