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Maracuja en Martinique : cette menace discrète fait disparaître les fruits des étals

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Les étals martiniquais se vident d’un fruit pourtant emblématique, et les consommateurs s’interrogent. Comment un produit aussi courant que le maracuja peut-il disparaître aussi vite, sans que personne ne semble comprendre ce qu’il se passe ? Derrière cette pénurie soudaine se cache une menace discrète, quasi invisible, mais redoutablement efficace. Et tant que son origine reste méconnue, impossible d’espérer le retour de ce fruit de la passion cultivé localement.

Un fruit devenu rare : comprendre l’ampleur du problème

Depuis plusieurs mois, trouver un maracuja local relève parfois du défi en Martinique. Ce n’est pas un simple ralentissement de saison : c’est une crise profonde, enracinée dans les exploitations. Les producteurs eux-mêmes tirent la sonnette d’alarme, car la filière du fruit de la passion, déjà fragile, s’effondre.

Le cas le plus emblématique est celui de Juvénal Remir, installé sur les hauteurs de Sainte-Marie. Son exploitation de deux hectares illustre parfaitement le problème. En 2022, il récoltait encore en moyenne 600 kilos de maracujas par semaine. Les lianes étaient vigoureuses, régulières, et les fruits abondaient.

Mais depuis trois ans, tout s’est inversé. Dès 2022-2023, la production s’est effondrée de plus de 80 %. Une chute vertigineuse : à peine 100 kilos par semaine aujourd’hui. Des milliers de fruits abîmés jonchent désormais le sol, tachés, invendables.

Face à un tel désastre, l’agriculteur a d’abord cru à l’apparition d’une nouvelle maladie. Un organisme venu d’ailleurs, inconnu, incontrôlable. Pourtant, la vérité est bien plus surprenante, et surtout bien plus locale. C’est cette réponse inattendue qui ouvre la porte à une explication beaucoup plus complexe…

Le coupable identifié : un champignon endémique réveillé par le climat

Pour comprendre ce fléau, la FREDON Martinique — la Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles — analyse quotidiennement des échantillons de plantes malades. Les spécialistes y décryptent les pathologies végétales qui touchent aussi bien les professionnels que les particuliers.

Lors des analyses menées sur les fruits de Sainte-Marie, la scientifique en charge de l’examen a mis en lumière une réalité inattendue. Le responsable des dégâts n’est pas une espèce invasive récente. Ce n’est pas une nouvelle maladie mystérieuse. C’est un champignon pathogène endémique, présent depuis toujours dans l’écosystème martiniquais.

Pourquoi s’activer maintenant ? Le dérèglement climatique a modifié l’équilibre fragile dans lequel ce champignon évoluait. Aujourd’hui, le climat tropical humide de l’île est devenu plus extrême : soit trop chaud, soit trop humide. Et cette combinaison met littéralement les lianes de maracuja à genoux.

Les températures élevées, associées à une forte humidité, affaiblissent les défenses naturelles des plantes. À cela s’ajoute un autre facteur : la densification progressive des plantations. Là où les jeunes plants recevaient des soins méticuleux, les lianes plus âgées ont fini par créer un microclimat étouffant, mal ventilé.

Ce manque d’aération, combiné aux excès climatiques, est devenu le terrain idéal pour que le champignon se propage. Invisible, silencieux, mais extrêmement efficace. C’est ce contexte qui explique pourquoi les maracujas tombent aujourd’hui malades à une telle vitesse, transformant une menace cachée en crise agricole.

Comprendre le rôle exact de ce champignon, et surtout ce qui le favorise, permet d’ouvrir la voie à des solutions concrètes…

Une refonte indispensable des méthodes agricoles

La bonne nouvelle, c’est que la situation n’est pas sans issue. Les spécialistes de la FREDON sont formels : il est encore possible de sauver la filière maracujas en Martinique. Mais cela implique de revoir profondément les pratiques culturales.

D’abord, il faut revitaliser les sols. Les parcelles épuisées ne permettent plus aux lianes de développer un système de défense efficace. Un travail du sol en profondeur devient donc indispensable pour rétablir un équilibre biologique sain.

Ensuite, il faut adapter les plantations à la réalité des sols et des microclimats propres à chaque région de l’île. La Martinique est loin d’être uniforme : entre les hauteurs de Sainte-Marie, les plaines du Lamentin ou les zones plus sèches du Sud, les contraintes diffèrent fortement.

Sur le plan pratique, la scientifique propose plusieurs gestes concrets :

  • faire pousser les maracujas strictement à la verticale ;
  • utiliser des tuteurs ou des treillis pour éviter que les lianes touchent le sol humide ;
  • espacer rigoureusement chaque plant ;
  • assurer une circulation d’air optimale dans tout le feuillage.

Ces mesures peuvent sembler simples, mais elles sont décisives. En laissant l’air circuler, les feuilles sèchent plus vite après les pluies. Cela coupe net le cycle d’humidité stagnante dont dépend le champignon pour proliférer.

La filière ne pourra renaître qu’en appliquant ces changements structurels. Car derrière cette crise apparaissent des enjeux beaucoup plus larges liés à l’adaptation agricole face aux évolutions climatiques.

Des pistes d’adaptation et des leviers pour l’avenir

Au-delà des recommandations immédiates, plusieurs pistes permettent d’imaginer une relance durable de la culture du maracuja en Martinique. Les producteurs peuvent notamment diversifier les variétés cultivées, certaines étant naturellement plus résistantes aux excès d’humidité.

Le recours à des techniques d’agroécologie peut également renforcer les plantes. Par exemple :

  • installer des systèmes de paillage pour stabiliser la température du sol ;
  • intégrer des haies brise-vent pour réduire les chocs thermiques ;
  • mettre en place une rotation des cultures pour limiter les pathogènes du sol.

Des formations régulières, associant agriculteurs et scientifiques, pourraient permettre de repérer plus tôt les signes d’infection et d’ajuster rapidement les pratiques. Une coopération technique entre les exploitants réduirait aussi les zones de forte densité végétale, souvent propices aux microclimats stagnants.

Enfin, il reste un enjeu économique majeur. Revaloriser la filière passe aussi par un accompagnement financier et logistique pour aider les producteurs à réaménager leurs parcelles. Sans cela, les rares agriculteurs encore actifs risquent de suivre ceux qui ont déjà abandonné.

Ces pistes montrent que le maracuja peut retrouver sa place, mais seulement si l’ensemble de la filière s’engage dans une transition profonde…

Erreurs courantes qui aggravent la situation

Plusieurs pratiques, souvent adoptées sans mauvaise intention, accélèrent l’installation du champignon pathogène. Les identifier permet de mieux les éviter.

La première erreur est de laisser les lianes s’enchevêtrer sans contrôle. Une végétation trop dense piège l’humidité après chaque pluie.

La seconde est de maintenir les plants proches du sol. Ce contact direct favorise l’infection, car le sol martiniquais reste longtemps humide.

Enfin, beaucoup d’exploitations attendent trop longtemps avant de retirer les fruits malades. Ces fruits contaminés deviennent alors des foyers qui renforcent la propagation du champignon.

En corrigeant ces pratiques, les producteurs limitent fortement l’impact du pathogène et protègent leurs futures récoltes.

Le maracuja martiniquais peut renaître, mais cela demandera de la rigueur, de la coopération et une adaptation profonde au climat qui change. Les producteurs qui amorcent ces transformations aujourd’hui seront les premiers à revoir leurs lianes se charger de fruits sains demain.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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