EN DIRECT · Antilles & Outre-mer
Dimanche 19 juillet 2026 Newsletter Se connecter
St Martin Week Actualités Cancer du sein : pourquoi cette association rejette le dépistage organisé et préconise une approche individuelle
Actualités

Cancer du sein : pourquoi cette association rejette le dépistage organisé et préconise une approche individuelle

133

Dans un territoire où le cancer du sein progresse, une question essentielle surgit : faut‑il continuer à inviter automatiquement toutes les femmes à se faire dépister, ou passer à une évaluation personnalisée du risque ? Certaines associations locales contestent le dépistage organisé, arguant qu’il expose inutilement une partie de la population. Le sujet est sensible, parce qu’il touche à la fois à la santé, à l’autonomie et à l’accès à l’information.

Ce débat prend une ampleur particulière en Nouvelle-Calédonie, où les inégalités territoriales et le manque de données complètes compliquent les décisions individuelles et collectives. Une raison de plus pour comprendre ce qui se joue réellement.

Un contexte épidémiologique qui interroge

Le cancer du sein est, en Nouvelle-Calédonie, le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes. En 2022, il représentait 39 % des cas confirmés, soit 204 diagnostics, dont un chez un homme. Cette même année, 37 personnes sont décédées de la maladie. L’âge médian au diagnostic est de 57 ans, mais une donnée essentielle interpelle : bien que le dépistage organisé commence à 50 ans, 28 % des cancers apparaissent entre 25 et 49 ans, et 11 % après 75 ans.

La progression est nette. En 2008, on comptait 97 cas. Selon les projections de l’Agence sanitaire et sociale (ASS), les cas pourraient augmenter de 35 % d’ici 2040. Cette tendance s’explique en partie parce que, dans près de la moitié des cas, le cancer survient chez des femmes sans autre facteur de risque connu que le sexe féminin et l’avancée en âge. Dans les autres situations, des facteurs modifiables interviennent : tabagisme, surpoids, obésité, consommation d’alcool, sédentarité.

Le diagnostic précoce reste déterminant : plus la tumeur est repérée tôt, plus les traitements sont efficaces. L’autopalpation, l’examen gynécologique et l’orientation précoce vers l’imagerie, notamment en cas d’antécédents familiaux, jouent un rôle clef. Mais encore faut-il pouvoir accéder à ces examens, ce qui n’est pas toujours le cas…

C’est précisément cette tension entre nécessité de dépister, risques inhérents à tout examen radiologique et difficultés d’accès qui prépare le terrain au débat sur le dépistage individuel.

Pourquoi une partie de la société civile rejette le dépistage organisé

L’association Ensemble pour la planète (EPLP) ne s’oppose pas au dépistage en tant que tel. Elle conteste le principe d’un dépistage organisé qui, selon elle, traite toutes les femmes de la même manière, sans évaluer leur risque individuel. Pour les Calédoniennes âgées de 50 à 74 ans, une invitation pour une mammographie gratuite est envoyée tous les deux ans. Cet examen est utile, mais pas sans effets secondaires potentiels : surdiagnostic, surtraitement, cancers de l’intervalle, cancers radio-induits.

Les données de l’Institut national du cancer indiquent pourtant que le nombre de décès évités dépasse largement le risque de cancer radio‑induit. Le risque de décès par cancer radio‑induit est estimé entre 1 et 10 pour 100 000 femmes ayant réalisé une mammographie tous les deux ans pendant dix ans. Un risque très faible, mais réel.

Pour EPLP, ce risque doit être expliqué sans ambiguïté. L’association avait demandé que le flyer officiel comporte des informations complètes sur les limites du dépistage. En 2018, un compromis minimaliste avait été trouvé : l’ajout de « cet examen médical peut avoir des effets indésirables ». En 2022, le taux de participation était de 45 %, loin des 70 à 80 % jugés nécessaires pour obtenir des données robustes.

Pour Martine Cornaille, présidente d’EPLP, réduire ces informations par crainte d’une baisse de participation est inacceptable. Elle estime que seules les femmes présentant un risque avéré devraient être exposées à une irradiation régulière. Ce raisonnement repose sur une conviction : l’information doit être complète pour que chacune puisse juger si le dépistage améliore réellement son espérance de vie.

Cette demande s’appuie aussi sur l’exemple canadien d’une réglette d’évaluation des risques. Elle permet de situer son profil en avançant ou reculant selon ses comportements ou ses antécédents. EPLP souhaiterait une démarche similaire en Nouvelle-Calédonie.

Mais ce n’est pas le seul obstacle au débat : l’accès à l’information numérique, indispensable pour consulter les « informations supplémentaires » via QR code, n’est pas garanti pour toute la population.

Des difficultés d’accès au dépistage qui pèsent lourd

En 2025, 6 756 dépistages ont été organisés en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, selon le lieu de résidence, les taux restent très contrastés :

  • 59 % des femmes de la province Sud se sont fait dépister en 2022
  • 44,5 % dans les îles Loyauté
  • 32 % en province Nord

Dans les îles, l’ASS prend en charge le billet d’avion. Mais les difficultés actuelles de desserte aérienne compliquent l’organisation. L’option d’un transport maritime avec le Betico est à l’étude.

Dans le Nord, un mammographe est disponible au Centre hospitalier du Nord (CHN), mais son utilisation est limitée : il faut un radiologue avec agrément spécifique. Les vacations sont ponctuelles, dépendant de la venue d’un radiologue du CHT. Le reste du temps, un bus transporte les femmes vers un cabinet de Nouméa.

L’association « Sous notre aile », créée à Poindimié en mai 2026, organise désormais le transport des femmes de la côte Est vers Bourail. Plus de 800 femmes seraient encore en attente, ce qui conduit à une augmentation des cancers diagnostiqués à un stade avancé.

Ces obstacles logistiques créent des inégalités qui compliquent l’application uniforme d’un dépistage organisé, et nourrissent l’idée d’une orientation plus personnalisée.

Les arguments en faveur d’une approche individualisée

Pour EPLP, le cœur du problème n’est pas le dépistage en lui-même mais son caractère systématique. L’association réclame un modèle où chaque femme bénéficierait d’une évaluation personnalisée de ses risques, sur la base d’éléments concrets : antécédents familiaux, hygiène de vie, exposition environnementale, caractéristiques hormonales.

Selon cette approche, seules les femmes pour qui les bénéfices dépassent clairement les risques devraient être incitées à passer des mammographies régulières. EPLP souligne qu’un dépistage subi pendant 25 ans peut, dans certains cas, nuire à la santé en raison de la répétition des irradiations et du surdiagnostic.

L’association demande aussi un accès facilité à l’information. Le dépliant de l’Institut national du cancer renvoie vers une page dédiée aux limites du dépistage. Celui de l’ASS utilise un QR code, utile mais inaccessible à celles qui ne possèdent pas de smartphone ni d’abonnement Internet. Ce simple détail crée une fracture informationnelle qui alimente les critiques.

Pour Géraldine Wathle, directrice adjointe de l’ASS, mieux vaut une information complète en ligne qu’un résumé sur deux lignes. Mais cette position ne convainc pas entièrement EPLP, qui souhaite un accès équitable à une information claire et directement lisible.

Des enjeux juridiques et statistiques qui prolongent le débat

EPLP a tenté un recours devant le tribunal administratif, estimant que le flyer ne respectait pas les obligations d’information. Le rejet a reposé sur une question de « manque d’intérêt à agir » lié à l’interprétation des statuts de l’association. EPLP a donc modifié ces statuts et multiplié les demandes d’agrément auprès du gouvernement, sans réponse à ce jour.

Un autre point de friction concerne l’absence d’évaluations complètes du dépistage, pourtant obligatoires selon la délibération n°425 du 26 novembre 2008. EPLP affirme avoir attendu plusieurs années pour obtenir ces rapports, jugés trop sommaires. Les données transmises concernaient seulement le nombre de femmes dépistées et le contrôle des mammographes. Aucun renseignement sur :

  • les cancers de l’intervalle
  • l’impact du dépistage sur la mortalité
  • la comparaison de l’espérance de vie entre participantes et non-participantes

Pour EPLP, ces informations sont indispensables pour juger de l’efficacité réelle du dépistage organisé.

Ce qu’il faut retenir avant de prendre une décision personnelle

Le dépistage est une démarche médicale utile, mais il n’est pas exempt de limites. Une décision éclairée repose sur la connaissance de ses propres risques, de ses accès aux soins et des bénéfices réels du dépistage dans sa situation.

Une chose reste sûre : les modes de vie jouent un rôle majeur. L’ASS le rappelle fermement : pas d’alcool, pas de tabac, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière constituent un pilier concret de prévention.

Choisir de se faire dépister ou non est un acte personnel. Plus l’information est complète, plus il devient serein. La discussion reste ouverte, et chacun espère qu’elle permettra un meilleur accompagnement des femmes, quel que soit leur choix.

5/5 - (23 votes)
5/5 - (23 votes)
Amandine
L’auteur

Amandine

Passionnée de voyage et surtout de destinations exotiques sous le soleil. Ici, je partage mes expériences, mes conseils et mes astuces pour que vous puissiez vivre vous aussi des moments inoubliables. Suivez nous pour découvrir des endroits paradisiaques, rencontrer des gens fascinants et vivre des aventures inoubliables sous le soleil.

❤️ Aidez-nous, suivez-nous !

Indépendant et gratuit, St Martin Week a besoin de votre soutien : suivez-nous sur Google Actu, Facebook ou encore Twitter.

À lire aussi

Montagne Pelée : les scientifiques détectent un gonflement inquiétant et maintiennent l’alerte jaune

Le sommet de la montagne Pelée se déforme de nouveau. Les instruments...

Bourses CNES en Guyane : 24 bacheliers reçoivent jusqu’à 10 000 € par an pour financer leurs études supérieures

Recevoir plusieurs milliers d’euros par an peut transformer un parcours d’études, surtout...

Fraude aux moyens de paiement : ces arnaques qui explosent en Guadeloupe et comment ne pas en être victime

Partout dans l’archipel, des habitants voient leur compte se vider sans même...

Baccalauréat 2026 en Guadeloupe : des diplômes défectueux doivent être réimprimés après une erreur d’impression

Recevoir son diplôme du baccalauréat devrait être un moment de fierté. En...