À Capesterre-Belle-Eau et à Sainte-Anne, l’eau ne manque pas seulement quelques heures. Dans certains foyers, son absence structure désormais chaque journée, de la toilette au nettoyage, en passant par l’accueil des enfants. Face à des semaines de coupures, les habitants ne veulent plus entendre de nouvelles promesses.
Deux maires ont saisi le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe, le SMGEAG. Mais sur le terrain, une même exigence s’impose : un retour durable de l’eau potable au robinet.
Des coupures qui bouleversent la vie quotidienne
La crise est particulièrement visible dans le quartier des Sources, à Capesterre-Belle-Eau. Les habitants y sont privés d’eau potable depuis six semaines consécutives, selon les témoignages recueillis sur place. Certaines zones du centre-ville subissent aussi ces difficultés.
Pour Jean David, résident du quartier des Sources et déjà fragilisé par la maladie, l’absence d’eau est devenue une épreuve supplémentaire. Il explique dépendre de sa famille et de son infirmière pour pouvoir assurer sa toilette.
Son constat est direct : sans cette aide, il n’aurait pas disposé d’eau pour se laver. Cette situation montre ce que les coupures prolongées impliquent pour les personnes malades, âgées ou dépendantes.
À la Cité des Sources, Steeve Jalet a mis en place une autre organisation. Chaque matin, il remplit des gourdes à une source naturelle située près d’une rivière. Cette eau lui sert ensuite à laver le sol et à faire la vaisselle, parfois chaque jour, parfois tous les deux jours.
Ces gestes permettent de tenir, sans pour autant remplacer un approvisionnement régulier et sûr en eau potable. Car l’enjeu ne se limite pas au confort : il concerne l’hygiène, les sanitaires et la dignité des habitants. Cette réalité explique la fermeté nouvelle affichée par les élus locaux.
Deux maires interpellent le SMGEAG le même jour
Le 13 août, Jean-Philippe Courtois, maire de Capesterre-Belle-Eau, a adressé un courrier au SMGEAG. Il y alerte solennellement le syndicat sur l’ampleur de la situation dans sa commune.
L’élu rappelle que les services municipaux ont déjà multiplié les échanges et les relances auprès du SMGEAG et de ses équipes techniques. Selon lui, ces démarches n’ont apporté aucune amélioration concrète. Aucune réponse durable n’aurait non plus été mise en œuvre.
Cette lettre ne suffit pas à rassurer Jean David. Pour le résident des Sources, les échanges institutionnels ressemblent à des paroles sans effet tant que l’eau ne revient pas dans les habitations.
À Sainte-Anne, le même jour, la municipalité a publié un communiqué sur les difficultés persistantes d’alimentation en eau potable. La commune indique que certains quartiers sont touchés depuis plusieurs jours, et que des habitants sont privés d’eau depuis plusieurs semaines.
Le maire de Sainte-Anne, Francs Baptiste, a lui aussi saisi directement le SMGEAG. Il demande au syndicat de mobiliser tous les moyens nécessaires afin de rétablir l’alimentation des secteurs concernés dans les meilleurs délais.
Les deux initiatives partent donc d’un constat identique : les pannes et interruptions ne peuvent plus être traitées comme de simples désagréments temporaires. Reste à traduire cette mobilisation en réponses visibles dans les quartiers.
À Douville, l’exaspération dépasse la question des courriers
À Douville, quartier de Sainte-Anne, la colère est tout aussi nette. Marie-Line Guyon prépare l’arrivée prochaine de ses enfants et de ses petits-enfants, dont certains sont très jeunes. Elle se demande comment répondre aux besoins les plus élémentaires sans eau au domicile.
Les bains des enfants, l’utilisation des toilettes et l’organisation de la maison deviennent des problèmes à anticiper. Pour elle, la fatigue collective est réelle : les habitants ont le sentiment que cette crise dure depuis des années.
Marie-Line Guyon juge que la nouvelle prise de parole des élus risque d’être perçue comme une opération de communication. Son attente est simple : voir une amélioration du service plutôt qu’une succession de déclarations.
Lors d’une réunion réunissant quelques membres de la communauté de quartier de Douville, la question de l’eau a rapidement éclipsé les autres sujets liés à la vie locale. L’incompréhension est alimentée par la présence d’un château d’eau à Deshauteurs.
Claire Bart, habitante de Douville, s’interroge sur cette installation qui pourrait alimenter le secteur. Elle ne comprend pas pourquoi le quartier reste privé d’eau malgré l’existence de ce château d’eau, et parle d’un ras-le-bol général.
La demande des habitants ne porte plus sur le nombre de courriers envoyés. Ils attendent de connaître les interventions techniques prévues, les délais de rétablissement et les mesures susceptibles d’empêcher de nouvelles semaines sans eau.
Les actes attendus pour gérer une coupure prolongée
Dans une situation aussi longue, l’information doit d’abord être précise. Les habitants ont besoin de savoir quels quartiers sont concernés, si l’interruption est totale ou partielle, et quand une remise en eau peut être envisagée.
La coordination entre la commune, le SMGEAG et les équipes techniques est également centrale. À Capesterre-Belle-Eau, le maire affirme que cette coordination a déjà été recherchée à plusieurs reprises. Les habitants attendent désormais un résultat concret de ces relances.
- Identifier les secteurs les plus fragiles, notamment les personnes malades, isolées ou dépendantes, comme Jean David au quartier des Sources.
- Donner une information régulière sur l’état de l’alimentation en eau potable, même lorsqu’aucune réparation immédiate n’est possible.
- Préciser les solutions temporaires disponibles pour les foyers affectés, afin que chacun puisse organiser l’hygiène, les repas et les besoins sanitaires.
- Expliquer les travaux ou manœuvres nécessaires lorsque des équipements, des réseaux ou des réservoirs sont concernés.
- Présenter une solution pérenne, car une reprise ponctuelle du service ne répond pas à des coupures qui reviennent depuis plusieurs semaines.
Pour les habitants qui utilisent une eau issue d’une source ou d’une rivière pour les tâches ménagères, la distinction doit rester claire. Une eau collectée dans l’environnement ne doit pas être assimilée automatiquement à de l’eau potable.
Cette gestion quotidienne ne peut rester durablement à la charge des familles. La question de fond est celle de la fiabilité du réseau public et de la capacité des institutions à en assurer la continuité.
Une crise locale sur fond de réorganisation du service de l’eau
Les difficultés de Capesterre-Belle-Eau et de Sainte-Anne s’inscrivent dans un contexte plus large de réorganisation du service public de l’eau en Guadeloupe. Le SMGEAG est notamment appelé à réduire sa masse salariale afin de retrouver un équilibre financier.
Le principe d’un transfert de 80 à 100 agents du SMGEAG vers les collectivités locales a été adopté à l’unanimité lors du Congrès de l’eau, le 24 juin. Cette perspective suscite toutefois la contestation des organisations syndicales, qui dénoncent une méthode jugée brutale.
Le syndicat a aussi retenu Jean-Mallory Rousseau pour devenir directeur général de la future Régie Archipel’Eau. Sa nomination doit encore être validée par le conseil d’administration.
Cette désignation constitue une étape dans la réorganisation annoncée. Pour les usagers confrontés aux coupures, elle ne prendra toutefois son sens que si elle s’accompagne d’améliorations perceptibles dans les communes.
Le 20e Congrès des élus, consacré à l’eau à Basse-Terre le 24 juin, a adopté quatre résolutions destinées à accélérer le redressement du service public. L’absence de Michel Hotin, président de la Communauté d’agglomération de la Riviera du Levant, y a alimenté une polémique.
Des critiques ont souligné le mauvais signal envoyé par cette absence, alors que ce territoire figure parmi ceux qui sont fortement touchés par les interruptions. Les débats institutionnels restent donc étroitement liés à l’urgence vécue au robinet.
Ce que les habitants refusent désormais
La première erreur serait de considérer ces coupures comme un problème d’organisation domestique. Remplir des gourdes à une source, compter sur des proches ou repousser certaines tâches sont des solutions de survie, pas un service public normal.
La seconde serait de réduire la colère à une réaction ponctuelle. À Douville comme aux Sources, les témoignages évoquent des semaines sans eau et un problème installé depuis plusieurs années.
Enfin, l’existence d’un équipement comme le château d’eau de Deshauteurs ne suffit pas, à elle seule, à garantir l’alimentation d’un quartier. Les habitants demandent donc des explications compréhensibles sur le réseau et des interventions dont ils puissent constater les effets.
À Capesterre-Belle-Eau et à Sainte-Anne, le message est désormais sans ambiguïté : l’eau potable doit revenir durablement, avec des réponses techniques et des délais clairs. Pour les familles concernées, chaque journée supplémentaire sans eau transforme une crise publique en épreuve intime.




