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St Martin Week Guadeloupe Guadeloupe sans eau : pourquoi la France préfère investir 120 millions d’euros en République dominicaine
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Guadeloupe sans eau : pourquoi la France préfère investir 120 millions d’euros en République dominicaine

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À quelques centaines de kilomètres de la Guadeloupe, une enveloppe de 120 millions d’euros doit soutenir de grandes infrastructures énergétiques. Sur l’archipel français, l’accès à l’eau potable reste pourtant fragilisé par des réseaux vieillissants et des tours d’eau qui bouleversent le quotidien.

Le rapprochement des deux montants ne suffit pas à conclure à un abandon. Mais il révèle une interrogation concrète, difficile à écarter : quelle place la France accorde-t-elle à la Guadeloupe dans ses priorités d’investissement caribéennes ?

Pourquoi la comparaison entre la Guadeloupe et la République dominicaine interpelle

La Guadeloupe ne cherche pas à financer un équipement secondaire. Elle doit reconstruire et renouveler un réseau d’eau potable et d’assainissement indispensable aux foyers, aux établissements de santé, aux écoles, aux entreprises et au tourisme.

Les tours d’eau illustrent directement les conséquences de ces fragilités. L’eau est distribuée par secteurs et selon des horaires déterminés, ce qui oblige les habitants à anticiper, stocker et adapter leur vie quotidienne.

Le plan d’investissement prévu pour la période 2024-2027 atteint 213 millions d’euros. Il vise à remettre à niveau les installations et à sortir durablement de cette situation. Or, ce total repose sur plusieurs contributeurs et non sur le seul budget de l’État.

Financeur du plan eau 2024-2027Montant
État83 millions d’euros
FEDER71 millions d’euros
Département20 millions d’euros
Région20 millions d’euros
Office de l’eau19 millions d’euros
Total213 millions d’euros

Dans le même temps, la France prépare un financement de 120 millions d’euros en République dominicaine. Les objets sont distincts, mais le contraste entre les capacités financières mobilisées dans cette même zone géographique devient inévitable. Reste à comprendre ce que finance exactement cette enveloppe dominicaine.

Les 120 millions d’euros concernent l’hydroélectricité dominicaine

Les 120 millions d’euros annoncés ne sont pas destinés à l’eau potable en République dominicaine. Ils doivent financer la réhabilitation et la modernisation de centrales hydroélectriques dominicaines. Il s’agit donc d’un projet énergétique, porté dans le cadre de la coopération française avec un État souverain voisin.

L’annonce a été faite par Sonia Barbry, ambassadrice de France en République dominicaine, à quelques jours de la fin de sa mission. Elle présentait ce dossier comme l’un des projets qu’elle souhaitait voir engagé avant son départ.

L’objectif affiché est de soutenir une production d’énergie renouvelable et moins coûteuse. Une centrale hydroélectrique utilise la force de l’eau pour produire de l’électricité. Sa modernisation peut concerner les équipements de production, les systèmes de contrôle et la fiabilité générale des installations.

Ce financement s’inscrit dans une relation franco-dominicaine en expansion, selon le ministère français des Affaires étrangères. La République dominicaine est considérée comme un partenaire économique important de la France dans la Caraïbe.

La question n’est donc pas de présenter ces 120 millions comme une aide arbitraire. Ils s’inscrivent dans une stratégie de coopération économique, énergétique et diplomatique plus large. Mais la situation guadeloupéenne conduit à regarder un autre chiffre : les 83 millions d’euros apportés par l’État au principal plan local consacré à l’eau.

En Guadeloupe, un plan de 213 millions d’euros à plusieurs financeurs

Le plan 2024-2027 en Guadeloupe mobilise 213 millions d’euros, soit davantage que l’enveloppe annoncée pour les centrales dominicaines. Toutefois, comparer les seuls totaux serait imprécis. La différence essentielle tient à la structure du financement.

Dans le plan guadeloupéen, l’État apporte 83 millions d’euros. Le reste vient du Fonds européen de développement régional, le FEDER, des collectivités territoriales et de l’Office de l’eau. L’effort est donc partagé.

La première action du plan d’accélération représente à elle seule 112 millions d’euros. Elle est consacrée au renouvellement des réseaux d’eau potable. Ce montant montre l’ampleur du chantier : il ne s’agit pas de réparer quelques canalisations isolées, mais de remettre en état une infrastructure étendue.

Le SMGEAG, syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe, est au cœur de ce redressement. Son équilibre financier conditionne la capacité à programmer, réaliser et maintenir les travaux nécessaires sur la durée.

  1. Renouveler les réseaux d’eau potable afin de limiter les défaillances et d’améliorer la continuité de distribution.
  2. Moderniser l’assainissement pour mieux traiter les eaux usées et protéger les milieux naturels.
  3. Assurer un financement durable afin que les investissements ne s’arrêtent pas au terme du programme actuel.

Ce dernier point est décisif. Un réseau ne se redresse pas uniquement avec une enveloppe ponctuelle : il demande une visibilité budgétaire de long terme.

Après 2027, la question devient celle d’un financement sur dix ans

Le problème de l’eau en Guadeloupe ne disparaîtra pas à la fin du programme 2024-2027. Lors d’un débat au Sénat, le 17 juin 2026, il a été rappelé qu’un plan initial de 320 millions d’euros avait été ramené à 213 millions.

Ce programme de quatre ans arrive bientôt à son terme. Lors de ce débat, la nécessité d’un financement sur dix ans a été soulignée pour prolonger la reconstruction des réseaux et éviter une succession de dispositifs trop courts.

Un engagement complémentaire a également été annoncé lors du Congrès sur l’eau du 24 juin 2026. Le préfet y a confirmé 14 millions d’euros nouveaux pour 2026, dans le cadre du COROM, le Contrat de redressement en outre-mer.

Cette contribution doit participer au redressement financier du SMGEAG. Elle est toutefois conditionnée à une mobilisation des collectivités. Cette précision compte : l’argent annoncé ne règle pas seul les difficultés, car la gouvernance locale, l’engagement des partenaires et la capacité d’exécution restent essentiels.

Le débat ne porte donc plus seulement sur le montant de l’État dans le plan actuel. Il porte sur la continuité des crédits, sur la solidité financière du service de l’eau et sur la possibilité d’organiser des travaux pendant une décennie.

La coopération française en République dominicaine dépasse largement l’énergie

Le financement des centrales hydroélectriques n’est pas un projet isolé. L’Agence française de développement, l’AFD, et des entreprises françaises participent à plusieurs projets structurants en République dominicaine.

  • Les deux lignes du métro de Saint-Domingue.
  • Quatre lignes de téléphérique.
  • Le monorail de Santiago.
  • Le futur monorail de la capitale dominicaine.
  • La réhabilitation de la station d’eau potable de La Noriega, à Santiago.
  • Un projet d’assainissement des eaux usées à San Cristóbal, mené avec l’Union européenne.

Selon Sonia Barbry, environ 80 entreprises françaises sont implantées dans le pays. Les coopérations couvrent donc les transports urbains, l’énergie, l’eau, l’environnement et la sécurité.

Cette présence répond à une logique d’influence, de partenariats économiques et de coopération régionale. La République dominicaine occupe une place croissante dans la stratégie française pour la Caraïbe.

Mais cette dynamique met en lumière une attente spécifique en Guadeloupe. Les habitants ne demandent pas nécessairement que la France cesse de coopérer avec ses voisins. Ils peuvent légitimement attendre qu’un territoire français bénéficie aussi d’un cadre ambitieux pour une infrastructure aussi fondamentale que l’eau.

Ce qu’il faut éviter dans le débat sur les priorités françaises

Première erreur : présenter les deux opérations comme identiques. L’une concerne des centrales hydroélectriques en République dominicaine. L’autre concerne l’eau potable et l’assainissement en Guadeloupe. Les objectifs, les bénéficiaires et les montages financiers ne sont pas les mêmes.

Deuxième erreur : comparer uniquement 120 millions à 213 millions. Le montant pertinent pour mesurer l’effort direct de l’État dans le plan guadeloupéen est 83 millions d’euros, auxquels s’ajoute l’annonce de 14 millions pour 2026 sous conditions dans le cadre du COROM.

Troisième erreur : considérer que le sujet s’arrête en 2027. Le réseau exige des investissements prolongés et une programmation sur dix ans est désormais présentée comme nécessaire.

La vraie interrogation est politique et budgétaire. La France peut-elle développer une coopération régionale ambitieuse tout en garantissant à ses territoires ultramarins une priorité durable pour leurs infrastructures essentielles ?

La République dominicaine n’a pas à être opposée à la Guadeloupe. En revanche, l’eau potable guadeloupéenne ne peut plus dépendre de réponses limitées dans le temps. La prochaine étape sera de transformer les annonces actuelles en une trajectoire financière lisible, suivie et durable.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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