Une soixantaine de bidons de chlore pour piscines endommagés, des produits tombés dans le Maroni et une station de captage d’eau à proximité : mercredi matin, Saint-Laurent-du-Maroni a frôlé un incident bien plus grave. L’odeur de chlore était perceptible autour du débarcadère, tandis que les secours devaient évaluer un risque à la fois chimique, sanitaire et environnemental.
La situation a finalement été maîtrisée après près de huit heures d’intervention. Plusieurs éléments ont limité la propagation du produit, mais chacun aurait pu basculer dans l’autre sens.
Pourquoi la chute de chlore dans le Maroni inquiétait les secours
L’incident s’est produit mercredi matin au débarcadère de Saint-Laurent-du-Maroni. Une pirogue transportait un important chargement de produits chlorés destinés au traitement des piscines lorsqu’une partie de sa cargaison est tombée dans le fleuve.
Selon les éléments recueillis par la gendarmerie, la pirogue était à l’arrêt au bord du Maroni. Une autre embarcation est alors passée à proximité. Les remous auraient fait tanguer la pirogue chargée, provoquant la chute de plusieurs produits dans l’eau.
La gendarmerie ne qualifie donc pas l’événement d’accident de navigation à proprement parler. Il s’agirait plutôt d’une perte de chargement déclenchée par le mouvement de l’eau au passage d’une autre embarcation.
Le danger ne concernait pas seulement les bidons flottants ou immergés. Au contact de l’eau, le chlore peut générer du chlore gazeux. Ce gaz est à la fois toxique et corrosif, ce qui impose une protection renforcée aux personnes directement exposées.
La faune aquatique représentait aussi un point de vigilance majeur. Une station de captage d’eau se trouve en outre à environ deux kilomètres du secteur concerné. C’est ce contexte qui explique l’ampleur du dispositif déployé.
Ce qui a empêché le scénario le plus grave
La marée descendante a été l’un des facteurs décisifs. Elle a éloigné le flux de la station de captage, située en amont du point de chute des produits. Cette configuration a réduit le risque que l’eau concernée se dirige vers cette installation.
Les analyses réalisées par les secours ont apporté un autre élément rassurant. Malgré une odeur de chlore dans le secteur, les mesures effectuées dans l’air n’ont pas révélé de concentration atteignant les seuils de toxicité.
Dans l’eau, les sapeurs-pompiers ont relevé un pH de 10 dans la zone touchée. Sur une échelle allant de 0 à 14, le pH mesure le caractère acide ou basique d’un milieu. Cette valeur traduit une eau devenue nettement basique.
Le fait que les secours aient pu mesurer, reconnaître les lieux et récupérer progressivement les contenants a également évité une aggravation. La baisse du niveau du Maroni a rendu accessibles des palettes restées immergées, qui ne pouvaient pas être localisées immédiatement.
Enfin, la baignade a été temporairement interdite en aval par précaution. Cette restriction visait à protéger la population pendant l’évaluation du risque, avant que les opérations de récupération ne puissent se poursuivre.
Une intervention chimique menée en plusieurs étapes
L’incident aurait eu lieu aux alentours de 8 heures. Dans un premier temps, des personnes présentes ont essayé de récupérer elles-mêmes une partie de la cargaison, estimant pouvoir contrôler la situation.
Les secours n’ont finalement été alertés que vers 10 heures. À leur arrivée, leur première mission a consisté à identifier précisément le danger et à définir les conditions de sécurité nécessaires à l’intervention.
- Évaluer l’exposition : les pompiers ont recherché la présence éventuelle de chlore gazeux dans l’air et contrôlé la zone.
- Mesurer l’impact sur l’eau : des relevés ont été réalisés dans le Maroni, dont une mesure de pH fixée à 10 près du déversement.
- Protéger les intervenants : les personnels exposés ont travaillé avec des tenues de protection et des appareils respiratoires.
- Interdire temporairement la baignade : la mesure concernait la partie du fleuve située en aval.
- Attendre la baisse des eaux : la marée descendante a permis de retrouver certaines palettes immergées.
- Récupérer et reconditionner : les produits sortis de l’eau ont été traités sur le port.
L’intervention s’est achevée vers 18 heures. Elle a donc duré près de huit heures, avec une phase d’environ deux heures consacrée aux mesures et aux reconnaissances initiales.
La récupération ne pouvait pas être improvisée. Un bidon détérioré, exposé à la pluie ou manipulé sans précaution, pouvait accentuer les émanations et compliquer la sécurisation du site.
Une cargaison massive et un dispositif important
Le chargement transporté par pirogue était particulièrement conséquent. D’après Gilles Galio, officier du Service départemental d’incendie et de secours de Guyane, il comprenait 16 palettes de bidons de 25 kilos de chlore pour piscines.
Après récupération et contrôle de la cargaison, les secours ont recensé environ 60 bidons endommagés. Une partie était tombée dans le fleuve. Certains contenants se sont ouverts, ce qui expliquait la nécessité de surveiller à la fois l’air et l’eau.
| Élément de l’intervention | Donnée constatée |
|---|---|
| Heure présumée de l’incident | Vers 8 heures |
| Alerte des secours | Vers 10 heures |
| Fin des opérations | Vers 18 heures |
| Pompiers mobilisés | 27 sapeurs-pompiers |
| Véhicules engagés | Environ sept |
| Produits endommagés | Environ 60 bidons |
| Mesure dans l’eau | pH 10 |
Une équipe spécialisée dans le risque chimique a participé aux reconnaissances, aux mesures et à la récupération. Cette compétence était indispensable face à un produit chloré susceptible de dégager un gaz dangereux.
Les bidons récupérés ont ensuite été reconditionnés sur le port. Les contenants endommagés ont été bâchés afin d’éviter leur contact avec la pluie et de limiter les émanations.
Les erreurs à éviter lors d’un incident impliquant des produits chlorés
La première erreur consiste à vouloir régler seul une perte de chargement chimique. À Saint-Laurent-du-Maroni, les premières tentatives de récupération ont précédé l’alerte des secours. Or le risque réel ne se voit pas toujours immédiatement.
Un produit chloré dans l’eau peut modifier le pH et dégager du chlore gazeux. Une simple odeur ne permet pas de déterminer le niveau de danger. Seules des mesures réalisées avec du matériel adapté peuvent établir si un seuil toxique est atteint.
Il faut aussi éviter de laisser des contenants endommagés exposés aux intempéries. Le bâchage mis en place au port répondait précisément à ce besoin de limiter le contact avec la pluie et les émanations.
La marée, le sens du courant et la localisation des prises d’eau doivent être analysés immédiatement. Dans cet épisode, le déplacement du flux vers l’aval a joué en faveur des secours. Cette circonstance n’aurait pas nécessairement produit le même effet à un autre moment.
Une vigilance maintenue autour du fleuve
Le sous-préfet Gérard Marin s’est rendu sur place pour suivre l’intervention. Grâce à la mobilisation des 27 sapeurs-pompiers, à l’équipe spécialisée et à la marée descendante, la situation a été contenue avant de prendre une autre ampleur sur le Maroni.
Pour les activités de transport fluvial, cet épisode rappelle une règle concrète : un chargement de produits chimiques doit être protégé autant des remous que des aléas de récupération sur l’eau.




