Une pré-rentrée peut sembler réglée d’avance : café d’accueil, réunions, retrouvailles et préparation des premières heures de cours. Pourtant, pour les enseignants martiniquais, cette rentrée 2026 ouvre plusieurs chantiers qui vont toucher très concrètement la vie des classes.
Entre les nouvelles règles à construire, l’attention renforcée portée aux matières scientifiques et des équipes techniques incomplètes dans certains établissements, l’année 2026-2027 ne se résume pas à un simple retour en salle des professeurs.
Une rentrée sereine, mais des conditions de travail à surveiller
Dans les lycées de Martinique, le retour des enseignants intervient après celui des personnels techniques et administratifs. Au lycée professionnel et général Joseph Zobel, ces derniers avaient repris une semaine avant la journée de pré-rentrée des professeurs.
Le proviseur Henri Guiose avait prévu un accueil dès 8 heures, autour d’un café, avant le début effectif des travaux à 8 h 30. Cette journée de pré-rentrée doit permettre aux équipes de se rencontrer, de reprendre les dossiers pédagogiques et d’organiser l’année scolaire.
Près de 110 enseignants sont attendus au lycée Joseph Zobel. L’établissement accueille aussi environ 700 élèves. Pour la direction, l’effectif des professeurs reste dans la moyenne habituelle, même si l’équipe évolue chaque année.
Cette fois, 9 nouveaux enseignants rejoignent le lycée, soit environ 8 % de l’effectif. L’arrivée de nouveaux collègues demande un temps d’intégration, notamment pour s’approprier le règlement intérieur, les dispositifs d’accompagnement et l’organisation des filières générales et professionnelles.
Le principal point de vigilance ne concerne donc pas directement le nombre d’enseignants. Il porte plutôt sur les agents de la Collectivité territoriale de Martinique, indispensables au fonctionnement quotidien des établissements. Or cette réalité aura aussi des conséquences sur l’organisation pédagogique.
Le changement le plus visible : une interdiction du téléphone à préparer
Le grand dossier de cette rentrée 2026 est l’interdiction du téléphone portable au lycée, annoncée parmi les projets nationaux de l’Éducation nationale. Pour les enseignants et les proviseurs, l’enjeu ne consiste pas seulement à demander aux élèves de ranger leur appareil.
Une telle mesure doit être pensée collectivement. Patricia René-Corail, proviseur du lycée polyvalent La Jetée, souligne qu’un véritable travail reste à mener pour fixer des règles applicables et comprises par tous.
Le téléphone portable devra ainsi être abordé dans plusieurs instances de la communauté éducative :
- le conseil de la vie lycéenne, où les élèves peuvent exprimer leur point de vue ;
- le conseil des parents, afin d’associer les familles ;
- les échanges avec les enseignants, les personnels et la direction ;
- le conseil d’administration, qui devra examiner les règles retenues.
La décision devra ensuite figurer clairement dans le règlement intérieur. C’est un point essentiel : sans procédure précise, les enseignants risquent de devoir gérer seuls des situations différentes d’une classe à l’autre.
Le défi est aussi pédagogique. Le numérique peut être utile pour certains apprentissages, notamment en sciences, mais l’usage personnel du smartphone peut perturber la concentration, les échanges et le rythme du cours. L’objectif sera donc de tracer une frontière lisible entre les outils numériques autorisés pour apprendre et les usages privés interdits ou encadrés.
Cette règle ne pourra fonctionner que si elle est portée par l’ensemble de l’établissement. Mais la discipline n’est pas le seul sujet qui mobilisera les équipes cette année.
Mathématiques, français et sciences : la priorité donnée au niveau des élèves
La rentrée 2026-2027 s’inscrit sous l’autorité de la nouvelle rectrice de l’académie, Cécile Laloux. Ses priorités sont claires : améliorer le niveau des élèves dans les matières scientifiques, particulièrement en mathématiques, mais aussi renforcer le français.
Les mathématiques constituent un enjeu majeur dans les lycées. Amélie Destin, professeure de mathématiques et de sciences, observe que beaucoup d’élèves manifestent un désintérêt, voire une réticence, face à cette discipline scientifique.
Cette difficulté est d’autant plus sensible que l’épreuve de mathématiques au baccalauréat a été instaurée depuis l’année dernière. Les enseignants doivent donc aider les élèves à maintenir une continuité dans le programme et à retrouver de la confiance face aux exercices.
Pour y parvenir, plusieurs leviers sont envisagés en classe :
- l’utilisation du numérique dans un cadre pédagogique ;
- des jeux et activités permettant de rendre les notions plus accessibles ;
- des exercices plus ciblés pour consolider les acquis ;
- un accompagnement qui relie davantage les mathématiques à des situations concrètes.
Le problème n’est pas seulement technique. Les élèves peinent parfois à percevoir l’utilité des mathématiques dans la réalité. Donner du sens à une fonction, à un calcul statistique ou à une démarche scientifique devient alors aussi important que corriger un exercice.
Au lycée La Jetée, Loïc Pancrate, professeur de physique chargé des examens, insiste sur la nécessité d’élever le niveau. Dans un établissement à dominante scientifique, les équipes cherchent également à renforcer l’équilibre avec les disciplines littéraires. Cet accompagnement passe par des actions très concrètes tout au long de l’année.
Comment les enseignants vont accompagner les élèves au fil de l’année
La rentrée ne se joue pas seulement pendant les premiers jours de septembre. Au lycée La Jetée, l’objectif reste de se rapprocher autant que possible de 100 % de réussite, grâce à un suivi régulier des élèves.
Les résultats obtenus en 2026 donnent un repère encourageant : l’établissement a atteint 100 % de réussite au baccalauréat général et 95 % au baccalauréat technologique. Pour les équipes, ces performances confirment l’intérêt du soutien et de l’accompagnement déployés depuis plusieurs années.
Dans la pratique, les enseignants peuvent organiser ce suivi selon une progression claire :
- Repérer les fragilités dès les premières semaines. Les évaluations, les prises de parole et les travaux écrits permettent d’identifier les notions mal maîtrisées.
- Proposer du soutien ciblé. Il ne s’agit pas seulement de refaire le cours, mais de travailler les méthodes, la compréhension des consignes et les exercices essentiels.
- Maintenir l’accompagnement toute l’année. La régularité évite que les difficultés s’accumulent avant les examens.
- Utiliser les petites vacances. Le lycée La Jetée met aussi en place de l’accompagnement pendant ces périodes, pour offrir du temps supplémentaire aux élèves qui en ont besoin.
- Préparer les examens sans réduire l’enseignement aux épreuves. Les attentes du baccalauréat comptent, mais les élèves doivent aussi développer leurs connaissances et leur autonomie.
Cette méthode demande une vigilance accrue de la part des professeurs. Elle repose aussi sur une coordination entre les disciplines, particulièrement lorsque les mathématiques, la physique, le français et les compétences rédactionnelles se croisent.
Mais cet investissement pédagogique peut être fragilisé par un élément moins visible : les moyens humains nécessaires à la vie quotidienne du lycée.
Le manque d’agents reste un frein dans certains établissements
Au lycée Joseph Zobel, les conditions de travail sont jugées correctes par Jimmy Villeronce, secrétaire académique du Snetaa-FO Martinique et enseignant dans l’établissement. Il alerte néanmoins sur les difficultés liées aux effectifs des agents de la CTM.
Des absences de personnels ont créé un déficit dans les équipes. Marie Claire, agente au lycée depuis plusieurs années, évoque un manque de 9 agents. Selon elle, cette situation n’a rien d’exceptionnel et aucune solution durable n’a encore été trouvée.
| Repère de rentrée au lycée Joseph Zobel | Situation observée |
|---|---|
| Enseignants attendus | Près de 110 |
| Nouveaux enseignants | 9, soit environ 8 % de l’effectif |
| Élèves attendus | Environ 700 |
| Déficit évoqué chez les agents | 9 agents manquants |
Les agents assurent pourtant des fonctions essentielles pour les professeurs et les élèves. Quand les équipes sont réduites, l’organisation matérielle devient plus complexe et les conditions de travail peuvent se dégrader progressivement.
Les personnels concernés espèrent donc des renforts en cours d’année. L’objectif est simple : pouvoir travailler dans de meilleures conditions, au service des élèves comme des enseignants.
Ce qu’il ne faut pas sous-estimer cette année
La nouvelle politique sur les téléphones portables ne pourra pas reposer sur la seule vigilance des enseignants. Elle devra être inscrite dans le règlement intérieur et validée avec les élèves, les parents et les instances de l’établissement.
Autre erreur possible : croire que les difficultés en mathématiques se règlent uniquement par davantage d’exercices. Les professeurs devront aussi aider les jeunes à comprendre le lien entre les notions scientifiques et des situations réelles.
Enfin, de bons résultats au baccalauréat ne dispensent pas d’un accompagnement continu. Les taux de réussite de La Jetée montrent que le soutien, y compris pendant les petites vacances, peut porter ses fruits. Ils ne doivent pas masquer les besoins persistants en personnels techniques et administratifs.
Pour cette rentrée 2026, les enseignants martiniquais auront donc à concilier exigence scolaire, nouvelles règles collectives et attention quotidienne aux élèves. La capacité des établissements à mobiliser toute leur communauté éducative fera la différence dès les premières semaines.




