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Poules sultanes : pourquoi leur prolifération devient un cauchemar pour les maraîchers

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Sur certaines planches maraîchères, les pertes ne se voient pas seulement au moment de la cueillette. Des légumes presque mûrs disparaissent, des jeunes plants sont déterrés et des rangs entiers doivent être replantés. Pour les exploitants concernés, la menace prend désormais une ampleur qui peut remettre en cause une saison de production.

À La Foa comme à Poya, des producteurs ont trouvé une méthode pour faire chuter les dégâts. Elle ne promet pas de faire disparaître l’animal du paysage calédonien, mais elle permet de protéger concrètement les cultures les plus vulnérables.

Pourquoi ces dégâts inquiètent autant les maraîchers calédoniens

La difficulté vient d’abord du moment où les attaques surviennent. Les poules sultanes ciblent volontiers les produits prêts à être récoltés. C’est le stade où le maraîcher a déjà investi du temps, des plants, de l’eau et du travail sans pouvoir encore vendre sa production.

Les dégâts ne concernent pourtant pas uniquement les légumes arrivés à maturité. Les oiseaux peuvent aussi s’attaquer à des plants tout juste installés. Ils arrachent parfois des végétaux déjà établis depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois.

À Popidéry, sur la commune de La Foa, le maraîcher Franck Soury-Lavergne observe une hausse de leur présence depuis 2021. Élu de la Chambre d’agriculture et de la pêche, il estime que le phénomène a augmenté progressivement avec La Niña.

L’année précédente, certaines de ses cultures ont été entièrement détruites. Cette variabilité rend la gestion encore plus délicate. Une parcelle peut être relativement épargnée, tandis qu’une autre devient impossible à récolter.

Le problème dépasse donc la simple gêne causée par la faune sauvage. Quand les pertes atteignent les récoltes et obligent à repiquer, le calendrier de production se dérègle. Les charges s’accumulent, alors que les ventes attendues disparaissent. Reste à comprendre pourquoi la poule sultane est à la fois si problématique dans les champs et si importante dans son environnement.

La poule sultane, un oiseau protégé par son rôle écologique

La responsable des ravages signalés est la poule sultane, un oiseau natif de Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’une espèce micro-endémique de la région, c’est-à-dire particulièrement liée à ce territoire et à son environnement naturel.

Cette précision est essentielle dans le débat agricole. La multiplication des dégâts pourrait pousser à la considérer comme une espèce nuisible. Pour David Ugolini, président de la Société calédonienne d’ornithologie, ce classement ne serait toutefois pas judicieux.

La poule sultane est une espèce patrimoniale. Elle participe notamment à la régulation des populations d’insectes dans l’écosystème. Sa présence ne se résume donc pas à son impact sur les planches de légumes, même si cet impact peut devenir très lourd pour une exploitation.

La réponse recherchée n’est pas l’éradication. Elle consiste à réduire localement la pression exercée par les individus qui restent sur l’exploitation et s’alimentent des cultures. C’est une logique de régulation ciblée, adaptée à la réalité des maraîchers.

Franck Soury-Lavergne indique avoir atteint un seuil qu’il jugeait vraiment problématique. Les ravages remettaient son activité en cause. Il s’est alors tourné vers la Fédération de la faune et de la chasse de Nouvelle-Calédonie, qui propose des interventions spécifiques. Mais cette action suit un protocole précis.

Comment la régulation protège les cultures maraîchères

La Fédération de la faune et de la chasse de Nouvelle-Calédonie ne commence pas par intervenir au hasard. Ses techniciens, spécialement formés et équipés, évaluent d’abord la présence des poules sultanes sur l’exploitation concernée.

Ce diagnostic est indispensable, car plusieurs espèces peuvent venir consommer les plantations. Identifier les animaux impliqués permet de choisir une réponse cohérente et d’éviter d’attribuer tous les dégâts à un seul oiseau.

  1. Évaluer la situation : les techniciens repèrent la présence des poules sultanes et les dégâts sur les cultures.
  2. Obtenir une dérogation : l’action de chasse nocturne est menée avec une autorisation accordée par la province Sud.
  3. Réaliser une opération initiale : une intervention forte réduit la pression des animaux sur les plantations.
  4. Revenir régulièrement : des passages supplémentaires limitent le retour des dégâts sur les parcelles.

Selon Olivier Mazzoli, président de la Fédération, cette régulation peut faire passer les pertes de 90 % à moins de 10 %. Pour un agriculteur, l’écart est considérable. Il peut marquer la différence entre une récolte perdue et une activité viable.

Chez Franck Soury-Lavergne, la Fédération est intervenue cinq fois. Il constate que ces opérations ont fortement diminué les dégradations. Cette année, face à la reprise des dégâts, il prévoit de faire revenir les équipes plus fréquemment.

L’objectif est de maintenir la pression au niveau le plus faible possible. Une intervention unique ne suffit pas dans la durée. Les oiseaux reviennent, les cultures évoluent et les parcelles restent attractives. Cette continuité explique pourquoi certains maraîchers organisent leur protection sur plusieurs périodes de l’année.

À Poya, des résultats qui changent la saison agricole

Le témoignage d’un agriculteur de Poya illustre l’effet de cette stratégie répétée. Il décrit des oiseaux capables de manger de nombreuses cultures et de déterrer les plants fraîchement mis en terre. Lorsque cela arrive, il faut repiquer, avec une nouvelle dépense de matériel et de main-d’œuvre.

En 2024, cet exploitant estimait ses dégâts à 95 %. Après les interventions, il affirme avoir obtenu 100 % de récolte cette année. Les opérations sont organisées deux à trois fois par an, un rythme qu’il considère comme la seule manière de poursuivre son activité.

Situation observéeRésultat rapporté
Exploitation de Poya en 202495 % de dégâts
Exploitation de Poya cette année100 % de récolte
Régulation suivie par la FédérationDe 90 % de pertes à moins de 10 %
Fréquence citée à PoyaDeux à trois interventions par an

Ces résultats ne signifient pas que chaque exploitation suivra exactement la même trajectoire. La présence de l’oiseau, les cultures concernées et l’environnement de la parcelle peuvent varier. Ils montrent cependant l’intérêt d’agir avant d’atteindre le niveau de dégradation de l’année précédente.

Une surveillance régulière des jeunes plantations et des légumes proches de la récolte reste donc décisive. Dès que les arrachages ou les prélèvements se répètent, demander une évaluation permet d’éviter que la situation ne s’installe. Encore faut-il ne pas confondre régulation responsable et disparition totale de l’espèce.

Ce qu’il faut éviter face à la présence des poules sultanes

La première erreur serait d’attendre des pertes massives avant de réagir. Franck Soury-Lavergne cherche justement à intervenir plus tôt afin de ne pas subir de nouveau le niveau de dégâts de l’année passée.

La deuxième serait de penser qu’une seule opération règle définitivement le problème. Olivier Mazzoli rappelle qu’il faut une action initiale, puis des retours réguliers. La faune sauvage ne peut pas être complètement éradiquée, et cette perspective ne serait pas souhaitable.

Il faut aussi éviter de considérer la viande de poule sultane comme un débouché pour cette régulation. Elle n’est pas valorisable. La démarche vise la protection des cultures, non la création d’une filière alimentaire.

Enfin, les dégâts doivent être correctement attribués. D’autres espèces peuvent fréquenter les plantations. L’évaluation menée par des techniciens formés est donc le point de départ d’une intervention utile et proportionnée.

Pour les maraîchers de La Foa, de Poya et d’autres zones concernées, agir tôt peut préserver une récolte entière. La régulation régulière offre une voie pragmatique : protéger les légumes, maintenir l’activité et conserver la place écologique d’une espèce patrimoniale calédonienne.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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