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Soup An Nou à Fort-de-France : derrière cette opération soupe solidaire, un combat pour l’inclusion qui touche des milliers de personnes

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Sur la place de l’Abbé-Grégoire, aux Terres-Sainville, de simples bols chauds ont ouvert bien plus qu’un temps de repas. Pendant quelques heures, les habitudes du quartier ont laissé place aux échanges, aux sourires et aux rencontres spontanées.

L’initiative repose sur une idée forte : permettre à chacun de participer, d’être vu et d’occuper pleinement sa place dans la vie locale. Derrière cette scène conviviale, un travail collectif donne un visage concret à l’inclusion.

À Fort-de-France, l’inclusion se joue aussi dans l’espace public

Le handicap reste trop souvent associé à l’accompagnement institutionnel ou à l’isolement. Pourtant, l’inclusion sociale se construit aussi dans les gestes ordinaires : préparer un repas, accueillir un voisin, servir un passant ou engager une conversation dans la rue.

C’est précisément le sens de l’opération organisée le vendredi 9 octobre à Fort-de-France. De 12 h 30 à 15 h 30, la place de l’Abbé-Grégoire, dans le quartier des Terres-Sainville, est devenue un point de rendez-vous ouvert aux habitants, aux voisins et aux personnes de passage.

L’événement a été porté par Le Carbet du Cœur – Projet de L’Arche en Martinique, à travers son centre d’accueil de jour, Les Petites Tables. L’association accompagne des adultes âgés de 20 à 60 ans présentant différents handicaps intellectuels.

Le principe semble simple, mais son impact est concret. Lorsqu’une personne accueillie prépare des légumes, propose une soupe ou échange avec les habitants, elle n’est plus seulement considérée comme bénéficiaire d’un dispositif. Elle devient actrice d’une initiative citoyenne, visible dans son quartier. Encore faut-il comprendre comment cette action a pris forme.

Soup An Nou : 300 soupes pour faire du vivre-ensemble une réalité

Le nom de cette opération solidaire est « Soup An Nou ». Pour sa deuxième édition, elle a permis de préparer et distribuer gratuitement 300 soupes de légumes maison aux habitants de Fort-de-France, aux passants et aux riverains des Terres-Sainville.

Cette distribution ne se résume pas à une aide alimentaire. Son objectif principal est de favoriser l’inclusion sociale des personnes en situation de handicap. Le choix de sortir du lieu d’accueil et d’aller au-devant du public est essentiel : les rencontres se font naturellement, autour d’un geste accueillant et accessible à tous.

Muriel Ventadour, directrice du Carbet du Cœur et des Petites Tables, présente cette journée comme un moment de partage et de convivialité avec les habitants du quartier. Le message est clair : le vivre-ensemble n’est pas une idée abstraite. Il se construit dans des situations réelles, lorsque des personnes différentes coopèrent et se rencontrent.

Une dizaine d’adultes en situation de handicap ont participé à la préparation des légumes dès la veille. Une autre dizaine s’est mobilisée pour la distribution le jour même. Quatre élèves de troisième du collège Aimé-Césaire ont également rejoint l’initiative.

Cette organisation donne à chacun une responsabilité adaptée à ses capacités. Préparer, accueillir, servir, proposer un bol ou expliquer le projet : chaque rôle compte. Mais cette mobilisation repose aussi sur une méthode concrète, pensée pour faire participer les personnes accompagnées à toutes les étapes.

Comment la soupe a été préparée et distribuée sur la place de l’Abbé-Grégoire

La réussite de Soup An Nou tient à une préparation collective, commencée avant l’arrivée des premiers passants. L’action s’est déroulée sur deux temps, afin que les participants puissent découvrir plusieurs facettes de l’organisation d’un événement de quartier.

  • Préparer les légumes la veille : une dizaine d’adultes accompagnés par Les Petites Tables ont participé à la préparation des ingrédients destinés aux 300 soupes de légumes.
  • Organiser la distribution : le vendredi 9 octobre, une autre dizaine de participants a pris part au service sur la place de l’Abbé-Grégoire.
  • Accueillir les habitants : entre 12 h 30 et 15 h 30, les soupes maison ont été proposées gratuitement aux voisins, aux habitants et aux passants.
  • Faire participer les collégiens : quatre élèves de troisième du collège Aimé-Césaire ont contribué à cette dynamique intergénérationnelle.

Pour Loïc, âgé de 34 ans, cette journée est d’abord une expérience agréable. Il avait déjà participé à l’édition précédente, qui s’était bien déroulée. Il explique que la préparation avait commencé dès la veille au matin et qu’il aimait proposer de la soupe aux personnes qui passaient.

Son témoignage révèle l’essentiel : la relation ne se limite pas au service d’un repas. Il faut oser aller vers l’autre, interpeller poliment les passants et créer un échange. Cette prise d’initiative participe pleinement à l’autonomie et à la confiance en soi.

La soupe devient alors un prétexte chaleureux pour entrer en contact. Toutefois, l’engagement du Carbet du Cœur ne s’arrête pas à cette opération annuelle.

Les Petites Tables, un lieu d’apprentissage ouvert chaque jeudi

Depuis plusieurs années, Le Carbet du Cœur développe des actions pour soutenir l’autonomie, la participation citoyenne et l’inclusion sociale d’adultes en situation de handicap intellectuel. Au sein de la structure, la vie collective repose sur l’entraide, la reconnaissance des singularités et la possibilité de contribuer selon ses capacités.

Chaque jeudi, à partir de 12 h 30, Les Petites Tables se transforment en véritable table d’hôtes. Le lieu de vie accueille alors des convives dans une organisation qui permet aux personnes accompagnées de s’essayer à plusieurs rôles.

Élément proposéParticipation des personnes accompagnéesTarif
Entrée, plat et dessertPréparation des repas, service en salle et posture de cuisinier19 euros
CocktailParticipation à l’accueil et au service selon l’organisation4 euros

Cette table d’hôtes constitue un cadre concret d’apprentissage. Les participants prennent part à la préparation, au service et à la coopération nécessaire au bon déroulement d’un repas. Ils peuvent ainsi exercer des gestes culinaires, adopter une posture d’accueil et travailler en équipe.

Pour Lauryane Pancrate-Relut, éducatrice spécialisée, le cœur de son métier réside dans la valeur du vivre-ensemble. Elle souligne ce que ces expériences apportent : voir le monde à travers le regard des personnes accompagnées, mobiliser ses compétences et aller ensemble là où elles ne sont pas toujours attendues.

Ces journées demandent parfois de l’improvisation. Il faut trouver des solutions, s’adapter à la situation et prendre l’initiative de parler aux passants. C’est aussi dans cette souplesse que se développent les compétences sociales. Et l’association entend désormais élargir encore cet horizon.

Des restaurants martiniquais et des collégiens pour enrichir les projets

Le Carbet du Cœur souhaite développer des partenariats avec plusieurs restaurants reconnus de Martinique. L’objectif est de proposer des ateliers partagés et de faire découvrir aux personnes accompagnées des pratiques culinaires nouvelles, avec des plats plus novateurs.

Un premier contact a notamment été établi avec le restaurant MIZA. Pour Muriel Ventadour, ces collaborations permettraient d’aller plus loin dans les expériences proposées, en créant des temps de transmission avec des professionnels de la restauration.

Ces partenariats ne visent pas seulement à apprendre une recette. Ils ouvrent un accès à d’autres environnements, à de nouvelles rencontres et à des savoir-faire valorisants. La cuisine devient alors un espace de création, de coopération et de reconnaissance.

Les élèves du collège Aimé-Césaire s’inscrivent dans la même logique. Leur présence répond aussi à leurs propres envies et projets. Cette année, le thème retenu est celui de la gourmandise, un sujet fédérateur qui facilite les échanges entre adolescents, adultes accompagnés et professionnels.

En partant d’un intérêt commun, le goût et la cuisine, les générations peuvent dialoguer sans que le handicap soit le seul sujet de la rencontre. Reste néanmoins à éviter quelques réflexes qui affaibliraient la portée de ces initiatives.

Ce qu’il faut éviter pour parler justement du handicap et de la solidarité

La première erreur serait de présenter les personnes en situation de handicap comme de simples destinataires d’une action charitable. À Soup An Nou, elles ont préparé, accueilli, proposé et distribué. Leur rôle est actif, utile et visible.

Il faut aussi éviter de réduire l’inclusion à un événement ponctuel. La distribution de 300 soupes a marqué le quartier, mais elle s’inscrit dans un travail mené tout au long de l’année par Les Petites Tables, notamment lors de la table d’hôtes du jeudi.

Enfin, la solidarité ne signifie pas faire à la place des personnes. Elle consiste à créer des conditions où chacun peut participer selon ses possibilités, avec un accompagnement adapté et des responsabilités réelles.

À Fort-de-France, un bol de soupe a ainsi permis de rendre l’inclusion visible, concrète et partagée. Le jeudi, autour d’une table d’hôtes, cette même ambition continue de prendre forme dans les gestes du quotidien.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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