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St Martin Week Guadeloupe COP17 biodiversité : ce que les décisions mondiales vont changer concrètement pour la Guadeloupe
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COP17 biodiversité : ce que les décisions mondiales vont changer concrètement pour la Guadeloupe

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La Guadeloupe possède une richesse naturelle hors norme, mais ses espaces les plus fragiles ne bénéficient pas tous du même niveau de protection. Derrière les grandes annonces de la COP17 sur la biodiversité, une question très concrète se pose pour l’archipel : quels milieux seront réellement mieux préservés demain ?

La réponse ne concerne pas seulement les espèces emblématiques. Elle touche les récifs coralliens, les mangroves, les forêts sèches et les animaux qui ne vivent nulle part ailleurs sur Terre. Reste à savoir comment les décisions internationales peuvent se traduire sur le terrain guadeloupéen.

Pourquoi la COP17 biodiversité concerne directement la Guadeloupe

La COP17 sur la biodiversité s’est ouverte le lundi 19 octobre en Arménie. Cette conférence internationale précède la COP climat, attendue en novembre à Antalya, en Turquie. Les deux rendez-vous sont liés : le dérèglement climatique accélère l’érosion du vivant, tandis que la destruction des écosystèmes aggrave aussi les déséquilibres climatiques.

L’enjeu majeur de cette COP17 est financier. António Guterres, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, a rappelé vendredi une réalité frappante : pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont encore consacrés à sa destruction.

Les négociations portent donc notamment sur la réduction des subventions publiques versées à des activités nuisibles à la biodiversité. Derrière cette formule, il est question d’orienter davantage les financements vers la restauration des habitats naturels, la protection des espèces et une gestion plus durable des ressources.

Pour la Guadeloupe, le sujet est central. Selon l’Agence régionale de la biodiversité des Îles de Guadeloupe, ou ARBIG, l’archipel concentre 6 % de la biodiversité nationale, si l’on ne tient compte que des espèces indigènes. Cette proportion souligne le poids écologique d’un territoire pourtant très réduit. Mais cette richesse reste inégalement protégée selon les milieux.

Une décision internationale n’a donc d’intérêt local que si elle aide à corriger ces écarts. C’est précisément là que les choix de la COP17 pourraient compter.

Ce que les décisions mondiales peuvent changer concrètement dans l’archipel

La COP17 ne protège pas elle-même une mangrove, un récif ou une forêt guadeloupéenne. Son rôle est d’établir des priorités mondiales et de pousser les États à revoir leurs financements, leurs règles et leurs objectifs. Pour la Guadeloupe, l’effet concret dépendra ensuite des politiques françaises, des collectivités, du Parc national de la Guadeloupe et des gestionnaires d’espaces naturels.

Le premier changement attendu concerne la logique des financements. Si les subventions favorables à la destruction de la nature diminuent, les projets de conservation pourraient devenir plus crédibles et mieux financés. Cela peut concerner le suivi scientifique, la restauration écologique, la surveillance des zones sensibles ou la protection des habitats d’espèces menacées.

Le deuxième enjeu est de ne plus mesurer la protection seulement en pourcentage global de territoire. La Guadeloupe affiche déjà 12,5 % de son territoire sous protection forte, grâce notamment au cœur du Parc national de la Guadeloupe et aux réserves naturelles de Petite-Terre et de La Désirade.

Ce résultat est supérieur à celui observé en France hexagonale et en Corse, où la protection forte atteint seulement 2 %. C’est un point positif, mais ce chiffre masque une réalité essentielle : certains écosystèmes guadeloupéens sont bien couverts, quand d’autres restent presque absents des dispositifs de protection.

Les décisions mondiales peuvent donc pousser à mieux cibler les lacunes. Pour l’archipel, cela signifie que la qualité de la protection compte autant que sa surface totale. Les récifs coralliens, les forêts mésophiles et les forêts xérophiles sont au cœur de cette question.

Des espèces irremplaçables, car elles sont endémiques de la Guadeloupe

La biodiversité guadeloupéenne ne se résume pas aux paysages appréciés des visiteurs. Elle comprend des coléoptères, des libellules, des mollusques, des abeilles, des chauves-souris, des oiseaux et des grenouilles. Plusieurs de ces espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction.

Le risque est particulièrement grave pour les espèces endémiques. En Guadeloupe, 20 % des espèces d’invertébrés et 4 % des vertébrés sont endémiques. Elles vivent naturellement sur ce territoire et n’existent pas ailleurs à l’état sauvage.

Lorsqu’une telle espèce disparaît de l’archipel, elle disparaît donc à l’échelle mondiale. Il ne s’agit pas d’un recul local réversible, mais d’une perte définitive pour le patrimoine vivant de la planète.

Cette disparition n’est pas une menace abstraite. Le flamant des Caraïbes et le courlis esquimau, deux espèces d’oiseaux, ont déjà disparu du territoire. Le phoque moine des Caraïbes a disparu de la planète depuis 1994, après avoir été victime de la chasse intensive et de la surpêche.

Le lamantin a, lui, disparu à l’échelle régionale. Dans les eaux de la Guadeloupe, le cachalot est menacé. Le grand dauphin, le globicéphale tropical et la baleine à bosse sont considérés comme quasi menacés. Ces espèces rappellent que les enjeux terrestres et marins sont indissociables.

Mais la protection d’un animal ne peut pas se limiter à son observation ou à son suivi. Elle doit préserver l’ensemble de son habitat.

Les priorités locales : récifs, mangroves et forêts oubliées

La Guadeloupe dispose d’un vaste outil de protection maritime : le sanctuaire Agoa, créé en 2010. Il recouvre l’ensemble de l’espace marin de la Guadeloupe. Son existence constitue un cadre important pour les mammifères marins, notamment les cétacés.

Mais cette aire marine protège avant tout les mammifères marins et leur habitat. Elle ne garantit pas une couverture suffisante de tous les écosystèmes marins. Seuls 6 % des récifs coralliens sont couverts par une aire marine protégée.

Cette faiblesse est préoccupante, car les récifs coralliens constituent des habitats essentiels pour de nombreuses espèces. Ils participent aussi à l’équilibre des milieux côtiers. Une politique de biodiversité plus ambitieuse devrait donc mieux intégrer ces récifs dans les protections effectives, au-delà du seul périmètre général du sanctuaire.

Les mangroves montrent une situation différente. 83 % des mangroves sont protégées, ce qui leur offre une couverture nettement plus importante. Ces zones humides côtières doivent toutefois continuer à être surveillées, car leur fonction dépend aussi de la qualité des eaux et des espaces voisins.

Le contraste est encore plus marqué pour les forêts. Les forêts mésophiles, situées à moins de 200 mètres d’altitude, et les forêts xérophiles, aussi appelées forêts sèches, restent largement négligées. Les forêts sèches des Grands Fonds font partie de ces milieux vulnérables.

Seuls 6 % de la surface de ces forêts sont protégés. Sans protection adaptée, ces habitats risquent de disparaître, avec les espèces végétales et animales qui y sont associées. C’est l’une des priorités les plus claires pour transformer les objectifs mondiaux en action locale.

Comment traduire une ambition internationale en actions utiles

La première étape consiste à orienter les moyens vers les zones les moins couvertes. Les chiffres montrent que la Guadeloupe ne manque pas seulement de surfaces protégées. Elle doit surtout rééquilibrer la protection entre le milieu terrestre, le milieu marin, les récifs coralliens et les différents types de forêts.

  1. Identifier les lacunes de protection : récifs coralliens, forêts mésophiles de basse altitude et forêts xérophiles doivent être traités comme des priorités distinctes.
  2. Financer la connaissance : le suivi des coléoptères, libellules, mollusques, abeilles, chauves-souris, oiseaux et grenouilles permet d’anticiper les disparitions.
  3. Protéger les habitats avant l’urgence : une espèce menacée dépend de son espace de vie, de ses ressources alimentaires et de la continuité des milieux naturels.
  4. Réduire les soutiens aux activités destructrices : c’est l’axe défendu à la COP17, afin que l’argent public cesse de contredire les objectifs de conservation.
  5. Articuler biodiversité et climat : la COP biodiversité d’Arménie et la COP climat prévue à Antalya doivent conduire à des politiques cohérentes.

Cette méthode demande du temps, mais elle évite un écueil fréquent : annoncer une protection globale sans répondre aux besoins précis des écosystèmes les plus exposés.

Les erreurs à éviter pour ne pas se contenter d’un bon chiffre

La première erreur serait de croire que les 12,5 % de territoire sous protection forte suffisent à sécuriser toute la biodiversité guadeloupéenne. Ce pourcentage est encourageant, mais il ne compense pas la faible protection des récifs coralliens et des forêts sèches.

La deuxième erreur serait de considérer le sanctuaire Agoa comme une réponse à tous les enjeux marins. Il couvre l’espace marin de la Guadeloupe, mais son action concerne principalement les mammifères marins et leur habitat.

Enfin, il faut éviter d’attendre qu’une espèce soit au bord de l’extinction pour agir. Le flamant des Caraïbes, le courlis esquimau, le lamantin et le phoque moine des Caraïbes montrent qu’une disparition ne se répare pas.

Pour la Guadeloupe, l’enjeu de la COP17 est donc de transformer la reconnaissance mondiale de la biodiversité en protections plus équilibrées. Les prochains choix devront regarder au-delà des superficies, vers les récifs, les forêts de basse altitude et les espèces qui ne disposent d’aucun autre refuge sur Terre.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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