Un courrier très direct a fait monter d’un cran la tension autour des barrages du collectif Nou Las Palé. Son destinataire, José Gaddarkhan, était invité à faire un choix immédiat entre la fin de son engagement dans le mouvement et son mandat fédéral. Mais la réponse du président du BTP guadeloupéen ne laisse guère place au doute.
Alors que les axes routiers et l’activité économique restent perturbés, ce bras de fer révèle aussi une profonde divergence sur les moyens d’alerter face aux difficultés des entreprises du bâtiment. Derrière l’ultimatum, c’est l’autonomie de la Fédération régionale du BTP de Guadeloupe qui est désormais en question.
Des barrages qui pèsent sur l’économie et la circulation
Le conflit s’est accéléré après l’installation des premiers barrages par le collectif Nou Las Palé. Les blocages ont notamment touché la zone de Jarry, principal pôle économique de la Guadeloupe, dès le mercredi précédant l’envoi du courrier.
Le jeudi 15 octobre 2026, les perturbations se sont poursuivies sur plusieurs axes de l’archipel. Circulation ralentie, accès compliqués pour les salariés, retards de livraison et activité des entreprises affectée : les conséquences ont rapidement dépassé le seul secteur du bâtiment.
Dans son message adressé à José Gaddarkhan, Frédéric Carré, président de la Fédération française du bâtiment, décrit une situation « sans précédent ». Selon lui, ces actions nuisent sérieusement à la vie économique et à la vie collective des Guadeloupéens.
La Fédération française du bâtiment ne nie pourtant pas les difficultés auxquelles les professionnels sont confrontés. Elle reconnaît notamment les retards de paiement des collectivités locales, un sujet particulièrement sensible pour les entreprises du BTP, qui doivent continuer à payer leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs charges.
Mais pour la direction nationale, l’existence de ces difficultés ne peut pas justifier la méthode des barrages. C’est précisément sur ce point que la rupture entre les deux niveaux de la fédération apparaît.
La demande de Frédéric Carré : arrêter les blocages ou quitter le mandat
Le courrier envoyé le jeudi 15 octobre par Frédéric Carré tient en une injonction claire : José Gaddarkhan doit mettre un terme à sa participation au collectif Nou Las Palé ou démissionner de son mandat. Le président national de la Fédération française du bâtiment désavoue ainsi les actions menées sur le terrain.
José Gaddarkhan préside la Fédération régionale du BTP de Guadeloupe. Sa participation au collectif Nou Las Palé est au centre de la contestation formulée par Paris, alors que le mouvement a organisé les blocages routiers.
Frédéric Carré reproche aussi au dirigeant guadeloupéen d’avoir engagé sa fédération sans décision explicite de ses instances. Dans son courrier, il rappelle qu’une organisation affiliée ne peut pas engager la Fédération française du bâtiment dans le cadre d’initiatives présentées comme personnelles.
Pour la direction nationale, ces pratiques s’écartent des valeurs défendues par la FFB. L’ultimatum constitue donc autant une réponse aux barrages qu’un rappel des règles internes de représentation et de délibération.
| Acteur | Fonction | Position exprimée |
|---|---|---|
| Frédéric Carré | Président de la Fédération française du bâtiment | Demande l’arrêt des blocages ou la démission de José Gaddarkhan. |
| José Gaddarkhan | Président de la Fédération régionale du BTP de Guadeloupe | Refuse que la décision de son départ soit imposée par la direction nationale. |
| Bruno Blandin | Président du MEDEF Guadeloupe | Dément être intervenu auprès de Frédéric Carré dans ce dossier. |
Reste à savoir si le président régional acceptera cette pression ou choisira de défendre ouvertement son indépendance. Sa réaction a été presque immédiate.
José Gaddarkhan refuse l’ultimatum de la Fédération française du bâtiment
José Gaddarkhan affirme avoir échangé avec Frédéric Carré dans la matinée du 15 octobre. Selon lui, le président de la FFB lui aurait expliqué avoir été sollicité par Bruno Blandin, président du MEDEF Guadeloupe, ainsi que par Matignon.
Cette version est toutefois formellement contestée par Bruno Blandin. Le président du MEDEF Guadeloupe assure ne pas être intervenu dans cette affaire, ce qui ajoute un point de désaccord au dossier déjà tendu des barrages.
Sur la menace de démission, José Gaddarkhan se montre inflexible. « Ça ne me pose pas de problème. Et ce n’est pas lui qui va décider si je démissionne ou pas. J’ai un conseil d’administration », déclare-t-il.
Cette réponse repose sur le fonctionnement même de la Fédération régionale du BTP de Guadeloupe. Pour José Gaddarkhan, sa fonction ne dépend pas d’une décision individuelle prise par le président de la Fédération française du bâtiment.
Il insiste également sur le statut de son organisation : « Je ne suis pas une filiale de la FFB et je n’ai pas un patron qui est le président de la FFB. » Le message est explicite. La fédération régionale entend conserver sa capacité à décider de son orientation et de sa gouvernance.
Le différend ne porte donc pas uniquement sur les blocages. Il pose aussi la question des relations entre une fédération territoriale et l’organisation nationale à laquelle elle adhère.
Ce que révèle le conflit entre la FFB et le BTP guadeloupéen
Les entreprises du bâtiment dépendent fortement de la régularité des règlements publics et privés. Lorsque les collectivités locales accumulent des retards de paiement, les trésoreries se tendent rapidement, surtout pour les petites structures du BTP.
Dans ce contexte, le collectif Nou Las Palé semble vouloir faire des barrages un moyen de pression visible. Le choix de la zone de Jarry, où sont concentrées de nombreuses activités économiques, donne une portée particulière au mouvement.
La Fédération française du bâtiment défend, elle, une ligne différente. Elle reconnaît les difficultés financières évoquées, mais considère que les perturbations de circulation et d’activité fragilisent l’ensemble du territoire, y compris des entreprises qui peuvent déjà être en difficulté.
- Pour la FFB nationale, les barrages ne correspondent pas aux méthodes ni aux valeurs de l’organisation.
- Pour José Gaddarkhan, la fédération régionale n’est pas placée sous une autorité hiérarchique directe de Paris.
- Pour les professionnels concernés, les retards de paiement des collectivités locales demeurent un problème concret et urgent.
Cette opposition illustre la difficulté à concilier une revendication locale, des impératifs de mobilité et la représentation patronale d’un secteur essentiel. Mais la suite dépendra aussi des règles propres à la fédération régionale.
Les points à surveiller après cette prise de position
Le premier élément déterminant sera la position du conseil d’administration de la Fédération régionale du BTP de Guadeloupe. José Gaddarkhan rappelle que cette instance existe et qu’elle participe à la légitimité de son mandat.
Le deuxième point concerne l’adhésion à la Fédération française du bâtiment. José Gaddarkhan évoque clairement l’hypothèse d’une rupture si la structure nationale ne souhaite plus compter la fédération guadeloupéenne parmi ses adhérents.
« S’ils ne veulent plus que la Fédération de Guadeloupe soit adhérente à la FFB, qu’ils le disent clairement. Et nous en prendrons acte. Mais rien ne nous empêchera de continuer à fonctionner », affirme-t-il.
Il faut enfin distinguer les faits établis des déclarations des parties. José Gaddarkhan rapporte une évocation de Matignon et de Bruno Blandin lors de son échange avec Frédéric Carré. Bruno Blandin dément, pour sa part, avoir joué un rôle dans ce dossier.
Une crise qui dépasse désormais la question des barrages
En maintenant sa position, José Gaddarkhan transforme l’ultimatum de la FFB en débat sur l’indépendance de la fédération régionale. La prochaine décision du conseil d’administration sera donc scrutée autant que l’évolution des blocages.
Pour les entreprises et les habitants touchés par les perturbations, une issue rapide reste l’enjeu le plus concret. Elle devra répondre aux difficultés de paiement dénoncées sans prolonger la paralysie des axes économiques de la Guadeloupe.




