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St Martin Week Guadeloupe Dettes fiscales en Guadeloupe : ce que les entreprises réclament vraiment, et ce que ça change pour vous
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Dettes fiscales en Guadeloupe : ce que les entreprises réclament vraiment, et ce que ça change pour vous

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Une dette envers le fisc ou la Sécurité sociale peut sembler être un problème réservé aux dirigeants. Pourtant, derrière les demandes portées en Guadeloupe, il est aussi question de remboursements de soins, de retraites, d’allocations et d’emplois locaux.

Le débat oppose deux urgences concrètes : empêcher des entreprises de disparaître et préserver les ressources qui financent la protection sociale. Les mesures réclamées ne sont donc pas une simple affaire de comptabilité.

Pourquoi la question des dettes d’entreprise concerne toute la Guadeloupe

Le collectif Nou Las Palé, qui rassemble de nombreux chefs d’entreprise, a mis le sujet sur la place publique par des barrages et des mobilisations. Les organisations patronales, dont la CPME et l’UDE-MEDEF, dénoncent une situation de trésorerie devenue intenable pour certaines très petites entreprises et PME.

Les élus guadeloupéens ont relayé cette demande. Le président de Région Ary Chalus, le président du Département Guy Losbar, les parlementaires, l’Association des maires et les présidents d’intercommunalités ont écrit conjointement au président de la République et au Premier ministre.

Leur requête comporte trois mesures : suspendre temporairement les poursuites et saisies, proposer des échéanciers adaptés à chaque entreprise, puis supprimer les pénalités et majorations de retard pour les sociétés considérées comme viables.

À l’Assemblée nationale, le député Olivier Serva a déposé un amendement au budget 2027. Il vise un moratoire de douze mois sur les dettes fiscales des PME guadeloupéennes, suivi d’un remboursement sur trois ans sans pénalités. Il s’agit d’un amendement d’appel, destiné à inciter le gouvernement à prendre position.

Mais un moratoire n’a pas le même effet qu’un effacement total. Pour comprendre ce qui se joue, il faut distinguer l’argent dû à l’État de celui destiné aux organismes sociaux.

Ce que les entreprises réclament réellement : du temps, et parfois l’effacement des surcoûts

Une dette fiscale correspond à un impôt ou une taxe non réglés dans les délais au Trésor public. En pratique, la TVA représente souvent la part la plus importante de ces sommes.

Lorsqu’un menuisier vend une porte à 1 000 euros hors taxes, son client paie le prix de la porte auquel s’ajoute la TVA. Cette TVA n’est pas un revenu du menuisier. Il la collecte pour l’État et doit la reverser mensuellement ou trimestriellement.

Quand une entreprise manque de liquidités, elle peut utiliser cette somme pour payer les salaires ou les fournisseurs. La dette commence alors à se constituer. S’ajoutent l’impôt sur les sociétés, fondé sur le bénéfice, et la cotisation foncière des entreprises, ou CFE, qui contribue au financement des communes et intercommunalités.

Les dettes sociales concernent, elles, les cotisations qui n’ont pas été versées. En Guadeloupe, l’interlocuteur est la CGSS, la Caisse générale de sécurité sociale, qui exerce le rôle assumé par l’URSSAF dans l’Hexagone.

  • Les cotisations patronales sont payées par l’employeur en plus du salaire brut.
  • Les cotisations salariales sont prélevées directement sur le salaire brut du salarié.
  • L’employeur doit ensuite reverser ces retenues à la CGSS.

Ce dernier point explique les réticences face à une amnistie globale. Une partie de la dette sociale correspond à des montants déjà prélevés sur les fiches de paie. L’entreprise en est dépositaire, mais ne peut pas les considérer comme sa trésorerie disponible.

La revendication centrale porte donc d’abord sur des délais réalistes et sur la suppression des majorations. Reste à voir pourquoi une facture publique impayée peut déclencher un tel engrenage.

Le mécanisme qui piège les entreprises, notamment dans le BTP

Les chefs d’entreprise mettent en avant les retards de paiement des clients publics. En Guadeloupe, une part significative de l’activité économique, particulièrement dans le bâtiment et les travaux publics, dépend de la commande publique.

L’État, les collectivités et le SMGEAG peuvent régler certaines factures plusieurs mois après la réalisation d’un chantier. Entre-temps, l’entreprise a payé ses ouvriers, ses matériaux, ses sous-traitants et ses fournisseurs. Elle doit aussi respecter ses échéances de TVA et de cotisations.

Le résultat est simple : faute d’encaissement, elle repousse les versements au fisc ou à la CGSS. Or la dette augmente rapidement. Pour les cotisations sociales, les majorations atteignent 5 % immédiatement, puis 0,2 % par mois supplémentaire. D’autres pénalités peuvent encore s’ajouter.

SituationConséquence possible
Facture publique payée avec plusieurs mois de retardTrésorerie insuffisante malgré un chantier réalisé
TVA ou cotisations non versées à l’échéanceCréation d’une dette fiscale ou sociale
Retard de cotisations socialesMajoration de 5 %, puis 0,2 % par mois
Dette non régulariséeDifficulté à obtenir les attestations nécessaires aux marchés publics

Le problème se transforme alors en cercle vicieux. Pour répondre à un appel d’offres, une entreprise doit présenter une attestation de vigilance de la CGSS et une attestation de régularité fiscale.

Une société endettée peut perdre l’accès à de nouveaux marchés. Elle est parfois pénalisée alors que sa difficulté vient justement de factures publiques encore impayées. C’est ce verrou que les élus et employeurs demandent de desserrer.

Ce que cela change pour vos soins, votre retraite et les aides versées

Les cotisations collectées par la CGSS ne restent pas dans ses caisses. Elles alimentent les grandes branches de la protection sociale. Elles ne relèvent pas directement du budget de l’État, mais du budget propre de la Sécurité sociale, voté chaque année par le Parlement dans la loi de financement de la Sécurité sociale.

  • L’assurance maladie finance les remboursements de consultations, médicaments et hospitalisations.
  • L’assurance vieillesse contribue au versement des pensions de retraite.
  • La branche famille, la CAF et le FNAL participent notamment aux allocations familiales et aux aides au logement.
  • La branche accidents du travail couvre les conséquences d’un accident professionnel.
  • La branche autonomie participe à l’accompagnement des personnes âgées dépendantes.
  • L’Unédic, via France Travail, finance l’assurance chômage.

Une partie des sommes sert aussi au remboursement de la dette sociale par la CADES, via la CRDS. D’autres prélèvements financent la formation professionnelle, l’apprentissage ou encore les transports collectifs grâce au versement mobilité.

Voilà pourquoi l’État hésite à annuler intégralement les dettes. Effacer des cotisations signifie réduire des ressources destinées à des droits collectifs. Cela pose aussi une question d’équité pour les entreprises qui ont payé à temps, parfois après de lourds efforts.

En Outre-mer, le dispositif LODEOM prévoit déjà des allègements de charges. L’État est censé compenser auprès de la Sécurité sociale les pertes de recettes liées à ces exonérations. La difficulté actuelle porte donc bien sur les sommes restant dues et sur les pénalités accumulées.

Les solutions immédiates à connaître pour éviter que la dette s’aggrave

Les entreprises concernées disposent de plusieurs outils. Ils doivent être examinés avec un expert-comptable, mais le premier réflexe reste déterminant : toujours déclarer, même lorsqu’il est impossible de payer.

Ne pas déclarer expose à une taxation d’office et à des pénalités plus lourdes. Cela rend aussi l’obtention d’un délai de paiement beaucoup plus difficile. Il vaut mieux contacter la CGSS ou le service des impôts des entreprises avant l’échéance, plutôt qu’après une mise en demeure.

Selon Jean-Pierre Dalleau, directeur de la CGSS, 4 133 demandes de délai représentant 95 millions d’euros ont été déposées cette année. La CGSS a accordé 3 200 échéanciers, pour 49 millions d’euros. Cela représente 5 % de plus que l’année précédente.

  1. Isolez la TVA et les cotisations sur un compte séparé dès leur encaissement. Elles ne constituent pas un revenu disponible pour l’entreprise.
  2. Demandez un échéancier auprès de la CGSS et des impôts. Après paiement de la dette principale, une remise des majorations peut être sollicitée en cas de bonne foi.
  3. Saisissez la CCSF, la Commission des chefs des services financiers. Elle permet de négocier confidentiellement un plan unique avec le fisc et les organismes sociaux.
  4. Réclamez les intérêts moratoires aux acheteurs publics retardataires. Une indemnité forfaitaire de 40 euros par facture est également due.
  5. Contactez le Médiateur des entreprises si le paiement public reste bloqué.
  6. Faites appel à la médiation du crédit, assurée en Guadeloupe par l’IEDOM, si une banque refuse un découvert ou un prêt de trésorerie.

Ces mécanismes ne remplacent pas une facture encaissée. Ils peuvent toutefois empêcher qu’un retard ponctuel ne devienne une situation irréversible.

Les erreurs à éviter et les procédures qui peuvent protéger l’activité

Attendre une saisie bancaire est l’erreur la plus coûteuse. Les organisations patronales alertent sur des saisies désormais réalisables à distance, parfois en quelques minutes. Beaucoup gardent aussi en mémoire la suspension, en 2023, d’environ 12 000 moratoires accordés à des TPE et PME.

Il ne faut pas attendre le tribunal pour agir. Le président du tribunal mixte de commerce peut ouvrir un mandat ad hoc ou une conciliation. Ces procédures confidentielles facilitent la négociation avec l’ensemble des créanciers.

Lorsque la situation se détériore, la procédure de sauvegarde peut geler les dettes. En cas d’assignation, le dirigeant doit impérativement se présenter à l’audience. Des liquidations sont prononcées faute de comparution. Le tribunal mixte de commerce indique être prêt à recevoir les requérants.

Enfin, une vérification des exonérations LODEOM avec l’expert-comptable peut révéler des allègements insuffisamment appliqués. L’État a déjà accordé des moratoires collectifs, notamment après la crise des sargasses de 2018, mais privilégie généralement le traitement au cas par cas.

La rencontre annoncée avec le préfet Thierry Devimeux et l’examen du budget 2027 seront donc décisifs. Pour les entreprises, l’enjeu immédiat reste de réclamer les paiements dus, de déclarer sans délai et de négocier avant que les majorations ne ferment toute issue.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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