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Famille française au Canada : ils sillonnent le pays à bord d’un bus aménagé de 11 mètres et ne reviendront plus en arrière

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Une famille de cinq personnes, trois enfants en âge scolaire et une maison sur roues de 11 mètres : le projet paraît audacieux. Pourtant, après avoir quitté une vie stable au Canada, les Cabot ont choisi les routes, les parcs nationaux et un quotidien où l’école se fait le matin avant de partir marcher. Leur premier bilan est si convaincant qu’ils envisagent déjà de prolonger l’aventure.

Ce choix n’est pas né d’un simple goût pour les vacances. Il répond à une envie ancienne de découvrir le monde autrement, sans faire de l’avion le centre du voyage.

Une famille française au Canada, entre bilinguisme et besoin d’ailleurs

Émeline et Antoine Cabot vivent au Canada avec leurs trois enfants, Louison, 14 ans, Annalee, 12 ans, et Siméon, bientôt 10 ans. Leur départ de France remonte à près de dix ans. À l’origine, les parents voulaient donner à leurs enfants une réelle pratique de l’anglais.

Trois pays étaient alors envisagés : le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le Canada s’est imposé pour une raison très concrète. En cas de difficulté familiale, le trajet pour rentrer en France restait plus accessible que depuis les deux autres destinations.

La famille s’installe à North Vancouver en 2017. Elle y vit pendant sept ans. Les enfants fréquentent d’abord une école publique canadienne francophone, puis terminent leurs deux dernières années sur l’île de Vancouver dans un environnement scolaire anglophone.

Après six années sur place, les Cabot obtiennent la citoyenneté canadienne. Ce nouveau statut renforce leur liberté de mouvement, mais fait aussi émerger une autre question : comment voir davantage du continent sans multiplier les vols ?

Leur sensibilité écologique écarte rapidement l’avion. Quant au voyage à vélo, il reste peu réaliste pour de longues distances avec trois enfants. C’est là que leur solution, spectaculaire mais pensée dans le détail, prend forme.

Le choix décisif : transformer un ancien bus scolaire en maison autonome

Le véhicule des Cabot est un bus scolaire de 36 pieds, soit environ 11 mètres. Il ne s’agit pas d’un véhicule standard. La famille a recherché pendant plusieurs années, aux États-Unis comme au Canada, un modèle suffisamment grand et adapté à un véritable aménagement familial.

Le bus retenu date de 2006. Il possédait déjà un atout déterminant : son toit avait été rehaussé de 50 centimètres. Ce volume supplémentaire était essentiel, notamment parce qu’Antoine est grand. Dans un habitat mobile, quelques dizaines de centimètres changent nettement le confort quotidien.

Antoine Cabot a parcouru plus de 1 600 kilomètres pour aller chercher le véhicule en Saskatchewan. Ce premier trajet n’était que le début. Trouver un professionnel acceptant de convertir un vieux bus scolaire s’est révélé plus complexe que prévu.

L’aménagement a nécessité 18 mois. Neuf mois ont été perdus avec un premier constructeur, une collaboration qui ne s’est pas déroulée comme espéré. La famille a finalement pu prendre la route en novembre 2025, avec une maison roulante conçue selon ses propres besoins.

Émeline avait préparé des plans précis, avec vues de face et vues de dessus. Elle a étudié des bus aménagés, des tiny houses et même l’agencement des bateaux. Une référence logique : sur la route comme sur l’eau, chaque rangement doit rester pratique quand l’espace bouge.

À bord du bus : une organisation familiale pensée pour durer

Le bus des Cabot n’est pas seulement un moyen de transport. C’est une habitation conçue pour limiter les consommations. L’électricité y est utilisée avec attention et la gestion de l’eau vise à éviter tout gaspillage. Cette cohérence environnementale était au cœur du projet dès les premiers plans.

Les enfants ont été associés à la décision. Ils savaient que ce changement impliquerait l’instruction à la maison, des espaces plus réduits et une proximité permanente. Leur accord comptait, car ce voyage ne pouvait fonctionner comme un projet imposé par les parents.

Le rythme scolaire se concentre généralement le matin. C’est le moment où la concentration est la meilleure. Les après-midis sont réservés aux randonnées, aux activités locales et à la découverte des lieux traversés.

  • Le matin : devoirs et apprentissages en famille dans le bus.
  • L’après-midi : marche, visites, activités sportives ou culturelles.
  • Le soir : retour dans un espace compact, où chacun peut aussi retrouver un peu d’intimité.

Annalee explique que les tensions entre frère et sœur peuvent monter lorsque l’espace est réduit. Sortir régulièrement devient donc indispensable. Mais chacun dispose aussi de son lit, fermé par un rideau, afin de s’isoler lorsqu’il en ressent le besoin.

Cette organisation ne cherche pas à reproduire exactement une maison fixe. Elle repose sur un équilibre différent, entre vie collective, autonomie individuelle et temps passé dehors. Reste alors à savoir jusqu’où ce bus a déjà emmené la famille.

De l’île de Vancouver à la Basse-Californie : leur première grande route

Le départ s’est fait depuis l’île de Vancouver, à l’ouest de Vancouver. La famille a embarqué à bord du Coho, un ferry permettant de rejoindre les États-Unis. Le bus a ensuite longé toute la côte ouest américaine vers le sud.

À l’extrémité de cet itinéraire, les Cabot n’étaient pas encore prêts à entrer au Mexique. C’était le début de l’année. Ils ont alors passé plusieurs semaines en Arizona, une étape qui leur a permis de ralentir et de décider de la suite.

Ils ont finalement poursuivi leur chemin vers la Baja California, ou Basse-Californie, péninsule mexicaine bordée par l’océan Pacifique et le golfe de Californie. La famille y est restée deux mois, descendant jusqu’à Cabo San Lucas avant de remonter par le même itinéraire.

ÉtapeCe qu’il faut retenir
Île de VancouverPoint de départ à l’ouest du Canada
Ferry CohoTraversée vers les États-Unis
Côte ouest des États-UnisDescente en direction du sud
ArizonaPlusieurs semaines avant l’entrée au Mexique
Baja CaliforniaDeux mois de voyage jusqu’à Cabo San Lucas

Leur objectif ne se limite pas à accumuler les kilomètres. Ils veulent visiter, rencontrer des habitants, comprendre l’histoire et les cultures locales, tout en découvrant de nombreux parcs nationaux. Cette lenteur choisie est précisément ce qui donne son sens à leur itinérance.

Saint-Pierre-et-Miquelon, une parenthèse française sans le bus

Le lundi 5 octobre, les Cabot sont arrivés à Saint-Pierre-et-Miquelon pour un séjour de dix jours. Émeline y retrouvait sa meilleure amie, rencontrée pendant ses études. Bien qu’elles vivent toutes deux en Amérique du Nord depuis longtemps, elles ne s’étaient pas vues depuis 11 ans.

Cette fois, le bus est resté à Fortune. Il ne pouvait pas embarquer sur le ferry. Cela n’aurait d’ailleurs pas été très utile : seules quelques rues de l’archipel étaient accessibles à un véhicule de cette taille.

Sur place, la famille a rempli son programme. Elle a assisté à des activités de patinage et de taekwondo. Elle a découvert Miquelon-Langlade, qu’elle a particulièrement appréciée, et prévoyait de rejoindre l’île aux Marins pendant le week-end.

Le séjour a aussi eu une dimension gourmande avec la dégustation de homard. Pour cette famille franco-canadienne, Saint-Pierre-et-Miquelon offre une identité singulière : le territoire est français, mais les influences canadiennes y sont visibles. Ce n’est ni le Canada, ni tout à fait la France métropolitaine.

Cette impression de familiarité, mêlée au dépaysement, illustre exactement ce que les Cabot recherchent sur la route : des lieux qui déplacent les repères sans les effacer totalement.

Ce que cette vie mobile demande vraiment

Un bus aménagé ne résout pas tout. Son gabarit de 11 mètres impose des contraintes de circulation, de stationnement et d’accès aux ferries. L’escale à Saint-Pierre-et-Miquelon l’a montré : certains territoires se découvrent mieux sans la maison roulante.

La promiscuité demande aussi une discipline quotidienne. Les rideaux autour des couchages préservent l’intimité, mais ils ne remplacent pas une pièce fermée. Les randonnées, les parcs, les activités extérieures et un cadre clair pour les devoirs sont donc essentiels.

Enfin, le projet a demandé du temps avant même le départ. Recherche du véhicule, trajet en Saskatchewan, plans d’aménagement, difficultés avec un premier constructeur : l’itinérance familiale se prépare longtemps avant le premier kilomètre.

Après moins d’un an de route, les Cabot envisagent déjà une deuxième année. Pour leurs enfants, l’enjeu n’est pas de vivre tous la même expérience, mais de grandir au contact de cultures, d’histoires et de paysages qui pourront nourrir leurs propres centres d’intérêt.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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