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St Martin Week Guadeloupe Géothermie en Guadeloupe : Albioma obtient le feu vert pour creuser plus profond sous la Soufrière
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Géothermie en Guadeloupe : Albioma obtient le feu vert pour creuser plus profond sous la Soufrière

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Sous les pentes de la Soufrière, une ressource énergétique pourrait changer l’équilibre électrique de la Guadeloupe. Mais avant de descendre à plusieurs kilomètres sous terre, Albioma doit d’abord résoudre une question essentielle : où chercher sans multiplier les impacts en surface ?

Le feu vert obtenu ne signifie pas encore le démarrage de grands travaux de forage. Il ouvre une phase plus discrète, mais décisive, qui doit permettre d’identifier les zones les plus prometteuses avant tout investissement lourd.

Un permis d’exploration dans une zone sensible de Basse-Terre

Le projet concerne le périmètre appelé Sud Soufrière, situé entre Vieux-Fort et Capesterre-Belle-Eau. Cette zone couvre 62 kilomètres carrés sur le territoire de la Basse-Terre.

Elle se trouve à proximité immédiate du massif volcanique de la Soufrière, mais reste en dehors des limites du Parc national de la Guadeloupe. Cette précision compte dans un territoire où les paysages, les milieux naturels et les usages de l’eau sont particulièrement surveillés.

Un arrêté ministériel fixe le contour du permis exclusif attribué à Albioma. À ce stade, l’entreprise est seulement autorisée à mener des recherches de surface. Elle ne peut pas encore explorer directement le sous-sol par forage.

Les premières investigations se concentreront autour du lieu-dit Moscou, entre Gourbeyre et Trois-Rivières. Le choix de ce secteur ne sort pas de nulle part : des travaux réalisés dans les années 1980 y avaient déjà signalé une possibilité intéressante.

À l’époque, une étude avait conclu qu’une eau assez chaude pourrait être présente dans cette partie de l’île. Si cette eau est accessible et suffisamment énergétique, elle pourrait servir à produire de l’électricité. Reste à démontrer que la ressource existe réellement, en quantité exploitable.

Albioma s’est manifestée en 2020 pour étudier cette piste géothermique. Quarante ans après les premières indications, les outils scientifiques permettent désormais d’affiner la connaissance des roches et des circulations d’eau souterraine.

Cette phase préalable est donc bien plus qu’une formalité administrative. Elle déterminera si le projet peut passer un jour à l’étape, beaucoup plus coûteuse, des forages profonds.

Ce qu’Albioma peut réellement faire, et ce qui reste interdit

Le terme de « feu vert » peut prêter à confusion. Albioma n’a pas encore l’autorisation de creuser à trois kilomètres de profondeur. Le permis actuel permet des études de terrain et des analyses, sans fouille du sous-sol.

L’objectif est de repérer des indices fiables de la présence d’une ressource géothermique. Les équipes cherchent aussi à identifier les contraintes qui pourraient empêcher ou compliquer une future implantation.

Concrètement, plusieurs disciplines seront mobilisées pour dresser une carte précise du secteur Sud Soufrière :

  • La géologie, pour comprendre la nature des roches et l’organisation des couches profondes.
  • La géophysique, pour observer indirectement la structure du sous-sol grâce à des mesures réalisées depuis la surface.
  • La géochimie, pour analyser les eaux, les gaz et les marqueurs pouvant révéler une circulation hydrothermale.
  • L’étude de l’accessibilité, afin d’évaluer les possibilités d’accès au futur site.
  • L’analyse des contraintes sociales, car un projet énergétique doit tenir compte des habitants et des activités locales.
  • L’examen du raccordement électrique, indispensable pour injecter la production sur le réseau guadeloupéen.

Ces données doivent permettre de trouver la meilleure adéquation entre la ressource enfouie et les enjeux visibles en surface. Une zone riche en chaleur ne suffit pas si elle est difficilement accessible ou impossible à raccorder au réseau.

Les scientifiques devront également estimer le comportement possible du réservoir géothermique. Sans forage, ils ne peuvent toutefois pas confirmer la profondeur, la température, la pression ou le volume d’eau disponible.

C’est précisément cette inconnue qui explique la prudence du calendrier. Les indices de surface guident les recherches, mais ils ne remplacent jamais une vérification en profondeur.

À partir de 2030, des forages jusqu’à trois kilomètres pourraient être envisagés

Si les études de surface sont concluantes et si toutes les autorisations nécessaires sont obtenues, Albioma pourrait envisager des forages à partir de 2030. Ces opérations constitueraient le véritable test du potentiel de Sud Soufrière.

Les puits pourraient atteindre 3 kilomètres de profondeur, soit presque deux fois la hauteur de la Soufrière. À cette échelle, il ne s’agit plus de simples sondages géologiques, mais d’infrastructures industrielles très spécialisées.

Le but serait d’atteindre de la saumure, c’est-à-dire une eau salée chauffée naturellement par l’activité volcanique. Cette eau chaude pourrait fournir la chaleur nécessaire à une centrale géothermique.

La distinction avec l’eau potable est importante. Selon Albioma, la ressource visée est salée et ne serait donc pas en concurrence avec les réserves destinées à la consommation humaine.

Élément envisagéCaractéristique annoncée
Calendrier possible des foragesÀ partir de 2030
Profondeur maximaleJusqu’à 3 kilomètres
Profondeur d’un forage commercialEntre 2 et 3 kilomètres
Diamètre envisagéEntre 30 et 40 centimètres
Coût estimé par forage commercialEntre 15 et 20 millions d’euros

Un forage de ce type représente donc un risque financier majeur. Avant d’engager entre 15 et 20 millions d’euros pour un seul puits commercial, il faut savoir où les chances de rencontrer un réservoir productif sont les plus élevées.

Le forage permettrait enfin de mesurer directement les paramètres indispensables : présence de saumure, température, pression, profondeur et volume exploitable. Sans ces informations, aucune puissance électrique ne peut être sérieusement annoncée.

Si les résultats sont favorables, une centrale pourrait reprendre le principe de l’installation géothermique déjà existante à Bouillante. Une telle centrale ne pourrait toutefois pas voir le jour avant 2033.

Le chemin reste donc long. Mais une production stable, disponible jour et nuit, expliquerait l’intérêt stratégique de cette ressource pour l’archipel.

Pourquoi la géothermie intéresse autant la transition énergétique guadeloupéenne

La géothermie est encore sous-exploitée en Guadeloupe. Pourtant, les estimations avancées indiquent qu’elle pourrait, à terme, couvrir 30 % des besoins en électricité de l’archipel.

Son avantage majeur tient à sa continuité. Contrairement au photovoltaïque, dépendant de l’ensoleillement, ou à l’éolien, dépendant du vent, une centrale géothermique peut produire de manière permanente.

Cette production dite pilotable peut aider à stabiliser le réseau électrique. Elle complète les autres énergies renouvelables plutôt qu’elle ne les remplace, notamment lorsque la demande augmente ou que les conditions météorologiques réduisent la production solaire et éolienne.

Le potentiel local semble aussi plus vaste qu’on ne l’imaginait. En 2019, une thèse menée par Alexiane Favier à Fouillole a mis en évidence un potentiel géothermique guadeloupéen plus important que les évaluations antérieures.

La Soufrière constitue un contexte volcanique favorable à la circulation d’eaux réchauffées dans les profondeurs. Mais un potentiel théorique ne garantit pas une exploitation viable : le réservoir doit être assez chaud, assez étendu et durablement productif.

Il faut aussi prévoir les installations de surface, les canalisations, les équipements de production et le raccordement au réseau. C’est pourquoi la localisation finale ne dépendra jamais de la seule température des eaux souterraines.

Cette promesse énergétique soulève aussi une question centrale : qui bénéficiera économiquement de cette ressource du sous-sol guadeloupéen ?

Retombées locales, redevance et code minier : les demandes autour du projet

Le projet ne fait pas l’unanimité, même parmi les défenseurs du développement géothermique. Alain Plaisir, membre d’un mouvement autonomiste, ne s’oppose pas au principe d’une exploitation de la ressource.

Sa préoccupation porte sur les retombées économiques pour la Guadeloupe. Il réclame une redevance pouvant atteindre 15 % des bénéfices de la multinationale, en s’appuyant sur ce qui existe, selon lui, dans des pays autonomes.

À moyen terme, Alain Plaisir demande aussi le transfert du code minier à la Région Guadeloupe. Le code minier encadre notamment l’attribution des titres de recherche et l’exploitation des ressources du sous-sol.

Ces revendications s’ajoutent à une contestation déjà visible autour de la demande de permis exclusif. Des articles publiés les 20 et 29 novembre 2025 ont notamment relayé des craintes de pillage de la Guadeloupe et un vent d’opposition au projet.

Ces débats rappellent qu’un projet géothermique ne se juge pas uniquement à ses données techniques. L’acceptabilité locale, le partage de la valeur et la protection des milieux pèseront aussi dans son avenir.

Pour l’instant, la décision la plus concrète reste l’exploration de surface. Les résultats obtenus autour de Moscou diront si Sud Soufrière peut réellement devenir un nouveau pôle de géothermie.

Les points à ne pas confondre avant de parler d’une centrale

Le permis actuel n’autorise pas une centrale ni des forages profonds. Il autorise seulement Albioma à collecter des données de surface dans le périmètre Sud Soufrière.

La présence d’eau chaude n’est pas confirmée. Personne ne connaît encore avec certitude sa profondeur, sa température, sa pression ou son volume. Ces réponses exigeraient des forages, éventuellement à partir de 2030.

Il faut également éviter d’assimiler la saumure recherchée à une nappe d’eau potable. Le projet cible une eau salée chauffée par le volcanisme, ce qui constitue un élément déterminant dans les discussions sur la ressource en eau.

Enfin, l’échéance de 2033 reste conditionnelle. Elle dépendra des études, des autorisations, du succès des forages et de la viabilité économique d’une future centrale.

Le premier enjeu est désormais de produire des données solides sans précipiter les opérations profondes. Sous la Soufrière, l’énergie potentielle est considérable, mais elle devra d’abord être démontrée avec précision.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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