À Bois Carré, au Lamentin, un rassemblement politique a choisi de partir des préoccupations les plus concrètes des Martiniquais. Vie chère, eau, transports, formation des jeunes ou finances publiques : les sujets évoqués dessinent une même inquiétude.
Mais, pour le Gran Sanblé pou Matinik, répondre à ces urgences ne consiste pas seulement à ajuster des dispositifs. Le mouvement veut ouvrir une réflexion plus profonde sur la manière dont la Martinique est administrée et sur les décisions qui peuvent y être prises.
Des difficultés quotidiennes qui nourrissent le débat politique
Le dimanche 11 octobre, le Gran Sanblé pou Matinik a réuni élus, militants, citoyens et personnalités au quartier Bois Carré, au Lamentin. Cette rencontre, appelée Gran Konsit, était consacrée aux difficultés auxquelles le territoire martiniquais est confronté.
La coordinatrice du rassemblement, Francine Carius, a placé cette rentrée politique sous le signe de l’écoute. L’organisation souhaite recueillir les inquiétudes, les avis et les propositions de la population. L’idée est de ne pas élaborer des réponses uniquement entre responsables politiques.
Les débats ont porté sur les finances de la Collectivité territoriale de Martinique, les sargasses, la santé, les transports, l’eau, les déchets, l’insertion et les violences. Le rassemblement les présente comme sept thématiques, même si cette énumération en comprend huit.
Ces dossiers touchent directement les conditions de vie. Ils interrogent aussi la capacité des institutions locales à agir vite, avec des moyens suffisants et des décisions adaptées au territoire. C’est précisément là que le mouvement situe le cœur de sa démarche.
Le projet défendu : une Martinique davantage responsable de ses choix
La réponse portée par le Gran Sanblé pou Matinik est claire : le rassemblement appelle à davantage de responsabilités politiques exercées en Martinique. Son objectif est que le territoire puisse fonctionner de façon autonome, au lieu de subir des décisions prises à 8 000 kilomètres.
Cette orientation ne renvoie pas seulement à une revendication institutionnelle abstraite. Pour Francine Carius, elle doit permettre de mieux relier les politiques publiques aux réalités martiniquaises. Les difficultés liées à la cherté de la vie, aux équipements scolaires, au transport ou aux services essentiels nécessitent, selon le mouvement, des réponses pensées localement.
La coordinatrice reconnaît toutefois que l’adhésion de la population n’est pas acquise. Les conditions ne seraient pas encore entièrement réunies pour que les Martiniquais soutiennent pleinement cette évolution. Le Gran Sanblé pou Matinik annonce donc vouloir poursuivre un travail d’explication, de sensibilisation et de dialogue.
Le terme d’autonomie, dans cette démarche, est présenté comme une capacité accrue à décider et à assumer les choix faits sur place. Pour convaincre, le mouvement devra néanmoins relier cette ambition à des propositions concrètes sur les dossiers qui préoccupent déjà les habitants.
Les finances de la CTM, un paramètre central pour les propositions à venir
La situation financière de la Collectivité territoriale de Martinique, ou CTM, a occupé une place majeure lors du Gran Konsit. Francine Carius estime que les projets politiques doivent désormais être adaptés aux contraintes budgétaires actuelles.
Le mouvement affirme porter certaines propositions depuis plusieurs années. Mais il ne peut pas envisager les mêmes mesures dans une collectivité dont la gestion serait saine et dans une institution confrontée à une situation financière dégradée. Le cadre budgétaire modifie donc la nature des réponses possibles.
La coordinatrice conteste aussi l’idée selon laquelle la situation actuelle de la CTM résulterait du passif laissé par Alfred Marie-Jeanne. Lors de la rencontre, des éléments ont été présentés sur l’état de la collectivité en 2016, en 2021 et aujourd’hui.
Le Gran Sanblé pou Matinik renvoie également aux observations de la Chambre régionale des comptes. Cette institution contrôle les comptes et la gestion des collectivités. Pour le rassemblement, expliquer ces données est indispensable avant de débattre des solutions.
| Dossier évoqué | Enjeu mis en avant |
|---|---|
| Finances de la CTM | Adapter les propositions aux contraintes budgétaires actuelles |
| Sargasses | Prendre en compte une difficulté environnementale et sanitaire locale |
| Santé | Répondre aux besoins de la population |
| Transports et eau | Améliorer des services essentiels au quotidien |
| Déchets, insertion et violences | Construire des réponses de proximité |
Ce diagnostic financier ne ferme donc pas le débat politique. Il oblige plutôt le mouvement à préciser ses priorités et à expliquer comment il entend les rendre réalisables.
Comment le mouvement veut faire participer les citoyens
Le Gran Sanblé pou Matinik ne présente pas le Gran Konsit comme une réunion isolée. Il veut maintenir un travail de terrain, afin d’associer les citoyens à la réflexion politique et d’enrichir ses propositions à partir des expériences vécues.
La méthode repose sur plusieurs étapes concrètes :
- Écouter les préoccupations locales sur les services publics, le coût de la vie, la jeunesse et les difficultés sociales.
- Recueillir les contributions des habitants, des militants, des élus et des personnalités réunis lors des échanges.
- Mettre à jour les propositions existantes en tenant compte de l’évolution de la situation martiniquaise.
- Expliquer le contexte financier de la CTM et les conséquences possibles sur les politiques publiques.
- Préparer les prochaines échéances politiques par la voie démocratique, avec des orientations plus compréhensibles pour la population.
Cette méthode suppose de faire circuler l’information entre les institutions et les habitants. Elle vise aussi à éviter que la question de la gouvernance ne reste réservée aux spécialistes du droit public ou aux seuls élus.
Le rassemblement reconnaît ne pas avoir obtenu les résultats espérés lors de la précédente échéance électorale. Francine Carius admet que le mouvement n’a peut-être pas été suffisamment convaincant. Il entend néanmoins poursuivre son engagement démocratique.
La jeunesse au centre des préoccupations sur la vie chère
Les récentes mobilisations de lycéens et d’étudiants s’inscrivent dans un contexte de contestation lié notamment à la vie chère. Francine Carius apporte son soutien à leurs revendications et souligne leurs conditions d’études.
Les lycées et les collèges relèvent de la compétence de la CTM. Pour la coordinatrice, les établissements doivent disposer des moyens nécessaires pour accueillir les élèves dans de bonnes conditions. Or, la perspective d’une réduction des dotations versées aux lycées inquiète les jeunes.
Cette réaction est jugée compréhensible par le Gran Sanblé pou Matinik. Le mouvement considère que l’on ne peut pas parler de l’avenir de la Martinique sans traiter l’avenir des lycéens et des étudiants.
Francine Carius relève une contradiction : les responsables publics veulent lutter contre la fuite des cerveaux et enrayer le déclin démographique. Pourtant, les jeunes rencontreraient des difficultés pour se former correctement sur leur territoire.
- Des établissements scolaires doivent pouvoir fonctionner dans de bonnes conditions.
- Les dotations destinées aux lycées sont un sujet particulièrement sensible.
- La formation locale est liée au maintien des jeunes en Martinique.
- Les mobilisations étudiantes et lycéennes doivent être entendues dans le débat public.
Pour le mouvement, donner aux jeunes les moyens de se former en Martinique est une condition concrète de toute stratégie contre le départ des compétences.
Ce qu’il faut retenir avant les prochains rendez-vous politiques
Le Gran Sanblé pou Matinik ne promet pas que l’évolution institutionnelle réglera, à elle seule, les difficultés de l’île. Le rassemblement insiste plutôt sur la nécessité de combiner gouvernance, information citoyenne et propositions adaptées aux ressources disponibles.
La question financière demeure un point de vigilance majeur. Les revendications sur la santé, l’eau, les transports, les déchets ou l’éducation devront être confrontées aux capacités réelles de la CTM.
Reste aussi un enjeu de confiance. Après des résultats électoraux jugés insuffisants, le mouvement devra démontrer que ses échanges de terrain débouchent sur des propositions lisibles et utiles pour les Martiniquais.
Le prochain défi sera donc de transformer les contributions recueillies au Lamentin en orientations précises. Pour le Gran Sanblé pou Matinik, c’est par ce travail patient que l’idée d’une Martinique plus maîtresse de ses choix pourra progresser.




