Devant le Centre hospitalier de la Polynésie française, au Taaone, la grève ne se limite plus à des revendications salariales ou à quelques rendez-vous déplacés. Un geste collectif, particulièrement fort, a été posé peu avant midi par les responsables médicaux. Il traduit une inquiétude profonde pour l’avenir des soins, alors que les négociations restent dans l’impasse.
Pour les patients comme pour les équipes, les conséquences sont déjà concrètes. Derrière cette décision inhabituelle se joue une question plus large : celle de la capacité du système de santé polynésien à continuer de fonctionner durablement.
Une mobilisation qui perturbe déjà le fonctionnement du CHPF
La grève se poursuit ce jeudi devant le Centre hospitalier du Taaone, aussi appelé CHPF. Près de 300 soignants sont mobilisés depuis dix jours, dans un climat où les discussions entre syndicats et autorités sont jugées peu concluantes par les organisations participantes.
Le CHPF, comme les autres structures sanitaires concernées, maintient un service minimum. Les urgences et le bloc obstétrical restent notamment assurés. Cette continuité est essentielle, car elle concerne les situations graves, les accouchements et les soins qui ne peuvent pas attendre.
Mais ce fonctionnement réduit ne supprime pas les difficultés. Dans certains services de dialyse, des soignants manquent à l’appel et certains médecins participent eux aussi au mouvement. Une soignante s’inquiète alors directement du devenir des patients si cette situation se prolonge jour après jour.
Les consultations programmées sont également touchées. Des rendez-vous médicaux sont reprogrammés, tandis que d’autres sont annulés, parfois seulement la veille. Pour les malades venant des îles, cette incertitude peut entraîner un nouveau déplacement, une nouvelle consultation et l’achat d’un autre billet retour.
Cette désorganisation explique la gravité du geste effectué par les responsables médicaux. Il ne s’agit pas d’une simple réaction aux perturbations actuelles, mais d’une alerte sur les moyens disponibles à l’hôpital.
Pourquoi les chefs de service ont démissionné de leurs fonctions administratives
Les chefs de service n’ont pas annoncé leur départ de l’hôpital ni l’abandon de leur métier de médecin. Ils ont remis leur démission de leurs fonctions administratives au CHPF, peu avant midi, afin de marquer leur soutien au mouvement et leur exaspération.
La décision concerne aussi la présidence et la vice-présidence de la Commission médicale d’établissement, la CME. Cette instance rassemble la représentation médicale d’un établissement et participe aux échanges concernant son organisation, son activité et ses orientations.
Tony Tekuataoa, praticien hospitalier et membre du bureau des syndicats des praticiens du public en Polynésie française, explique que ce geste vise à empêcher une nouvelle dégradation. Selon lui, ne pas agir maintenant risquerait d’affecter davantage la qualité des soins et la sécurité des patients à l’avenir.
Les motifs avancés sont précis : l’épuisement des équipes, le manque de ressources humaines, l’insuffisance des moyens financiers et la dégradation des conditions de travail. Les chefs de service avaient déjà utilisé ce mode d’action en mai 2024, pour dénoncer des problèmes comparables.
Cette répétition est significative. Elle montre que les difficultés signalées ne sont pas présentées comme ponctuelles. Les praticiens estiment que les problèmes d’attractivité, de recrutement et de financement exigent désormais des décisions plus fortes.
Leur objectif affiché dépasse donc la seule situation du CHPF. Ils demandent une réponse qui traite l’ensemble de la chaîne de santé publique en Polynésie française.
Une demande de réforme qui concerne tout le système de santé
Pour les praticiens mobilisés, la crise actuelle ne peut pas être résolue par une mesure isolée. Tony Tekuataoa affirme qu’il faut réformer l’ensemble du système de santé, avec des mesures puissantes et une réflexion sur les priorités budgétaires du pays.
Le sujet du budget est central dans ce conflit. Les équipes évoquent le manque de financements, mais aussi les postes insuffisants et la difficulté à attirer ou à faire revenir des médecins. Dans un hôpital, l’absence de personnel ne se limite pas à une charge accrue pour les présents.
Elle peut aussi allonger les délais, compliquer l’organisation des services et réduire les marges de sécurité. La dialyse, les urgences et l’obstétrique illustrent cette réalité. Ces activités reposent sur des professionnels formés et sur une coordination quotidienne difficile à remplacer.
Les médecins soutiennent par ailleurs les demandes du FISSAP concernant la reconnaissance de l’ensemble des métiers de la santé publique. Le syndicat réclame que tous les agents concernés bénéficient d’une reconnaissance adaptée à leur travail.
Tony Tekuataoa regrette ce qu’il décrit comme un conflit intersyndical inutile. Il assure que les médecins ne s’opposent pas à cette prime ni à cette reconnaissance pour les autres agents. Leur préoccupation porte aussi sur l’attractivité médicale, en particulier pour faire revenir les enfants du pays formés à l’extérieur.
Cette convergence explique pourquoi les revendications ne se résument pas à un seul statut. Reste à voir comment elles sont portées dans les négociations en cours.
Ce que les patients doivent savoir pendant la grève
Pour les personnes suivies au CHPF, la première précaution consiste à vérifier la confirmation du rendez-vous avant de se déplacer. Certains patients ont appris l’annulation de leur visite la veille, ce qui peut être particulièrement difficile pour ceux qui arrivent des îles.
Un proche de patient a ainsi décrit le cas de son beau-père, venu pour un rendez-vous à Taaone. La famille a été avertie un jour avant la consultation que celle-ci était annulée en raison de la grève. Elle doit désormais envisager un autre médecin et un nouveau trajet retour.
Les services minimums permettent toutefois de maintenir les prises en charge indispensables. Les urgences et le bloc obstétrical restent opérationnels. Les patients qui nécessitent une surveillance régulière, notamment en dialyse, peuvent néanmoins subir les effets des absences et d’une organisation fragilisée.
Les réflexes utiles avant un déplacement
- Appelez le service concerné avant de partir, surtout si le rendez-vous est prévu dans les jours qui suivent.
- Conservez vos documents médicaux, ordonnances et convocations, afin de faciliter une reprogrammation éventuelle.
- Anticipez les contraintes de transport si vous venez d’une île, car une consultation annulée peut modifier un billet retour.
- Ne retardez pas une urgence : le service des urgences fait partie des activités maintenues pendant le mouvement.
Ces précautions ne règlent pas la situation, mais elles peuvent limiter les déplacements inutiles. La résolution du conflit reste cependant la condition principale pour retrouver une organisation stable.
Négociations, revendications et mobilisation des syndicats
L’intersyndicale réunissant A Tia i Mua, la CSTP-FO et le SPPPF a rencontré les élus de l’Assemblée de la Polynésie française à 13 h 30. À ce stade, 18 points de revendication restent encore à satisfaire.
Ces demandes s’inscrivent dans le mouvement engagé dans le secteur de la santé depuis le 20 octobre. Aucun protocole d’accord n’a encore été acté, malgré les rencontres et les échanges avec les représentants politiques.
Le FISSAP mène de son côté ses propres négociations avec le gouvernement depuis 17 heures. Après l’échec des discussions du mercredi soir, l’organisation syndicale de Mireille Duval a annoncé son entrée officielle en grève à partir de jeudi, à minuit.
| Élément | Situation rapportée |
|---|---|
| Soignants en grève | Près de 300 personnes mobilisées depuis dix jours |
| Services maintenus | Service minimum, notamment urgences et bloc obstétrical |
| Revendications en attente | 18 points restent à satisfaire |
| Organisations citées | A Tia i Mua, CSTP-FO, SPPPF et FISSAP |
| Décision des médecins | Démission des fonctions administratives, dont la présidence et vice-présidence de la CME |
Le contexte social est donc devenu plus complexe avec plusieurs syndicats et plusieurs calendriers de discussion. La démission collective des chefs de service renforce la pression, sans interrompre les soins essentiels.
Ce qu’il ne faut pas confondre dans ce mouvement
La démission annoncée par les chefs de service ne signifie pas que tous cessent d’exercer comme médecins au CHPF. Elle porte sur leurs responsabilités administratives et représentatives, un levier destiné à alerter sur l’état du système hospitalier.
Il ne faut pas non plus croire que tous les soins sont suspendus. Le service minimum assure les urgences et le bloc obstétrical. En revanche, les rendez-vous non urgents peuvent être annulés ou déplacés, parfois avec un délai très court.
Enfin, la reconnaissance des personnels demandée par le FISSAP n’est pas présentée par les praticiens comme une opposition aux médecins. Ces derniers disent soutenir la reconnaissance de tous les métiers, tout en demandant des réponses spécifiques à la pénurie médicale.
Pour les patients, le bon réflexe reste de confirmer chaque consultation avant le déplacement. Pour les responsables publics, l’enjeu soulevé par les chefs de service est désormais clair : assurer des moyens suffisants pour que les soins et la sécurité des patients ne continuent pas à se fragiliser.




