Les barrages, les dégradations et le ralentissement de l’activité mettent l’économie guadeloupéenne sous pression. Pour les entreprises, l’urgence ne consiste plus seulement à constater les pertes. Il faut rouvrir les accès, préserver les emplois et créer un cadre de dialogue capable de durer.
Réunis à Pointe-à-Pitre le vendredi 23 octobre 2026, les représentants économiques ont esquissé une réponse commune. Mais cette démarche reste fragile tant que toutes les parties ne sont pas autour de la table.
Une économie fragilisée par dix jours de tensions sociales
Le conflit social a conduit des centaines de personnes sur les routes de Guadeloupe depuis dix jours. Dans ce contexte, les professionnels redoutent une paralysie prolongée, avec des conséquences immédiates sur les commerces, les salariés et les entreprises.
Le jeudi 22 octobre 2026, le préfet de la Guadeloupe, Thierry Devimeux, avait déjà échangé en préfecture avec les élus du territoire. Le lendemain matin, il a poursuivi sa démarche auprès des représentants du monde économique.
La rencontre s’est tenue dans les locaux pointois de la Chambre de commerce et d’industrie des îles de Guadeloupe, la CCI IG. Elle était organisée à l’initiative du préfet, avec la participation de la Caisse générale de Sécurité sociale, la CGSS, et de la Direction régionale des finances publiques, la DRFIP.
La quasi-totalité des organisations représentatives des filières professionnelles était présente. Leur priorité est claire : mettre fin aux blocages afin de permettre la reprise de l’activité.
Cette reprise est aussi une condition du paiement des salaires. Sans activité, les trésoreries se dégradent rapidement et les employeurs peuvent rencontrer des difficultés à honorer leurs échéances.
Les commerçants expriment également leur inquiétude face aux exactions commises ces derniers jours. Ils craignent de subir des dommages alors qu’ils ne sont pas directement parties prenantes du conflit. La situation de Jarry illustre particulièrement cette vulnérabilité.
Cette vaste zone industrielle reste en partie bloquée. Selon Camille Vaïtilingon, deuxième vice-président de la CCI IG, cette situation perturbe fortement les entreprises qui y sont implantées. Reste à savoir quels leviers concrets peuvent produire des effets rapides.
La réponse envisagée repose sur une charte, des paiements et un dialogue élargi
La réponse collective réclamée par les acteurs économiques ne se limite pas à un appel au calme. Elle s’appuie sur plusieurs instruments déjà identifiés, notamment pour le bâtiment et les travaux publics, le BTP.
La charte de la commande publique est présentée comme l’outil central pour traiter les difficultés du secteur. Thierry Devimeux l’a décrite comme une méthode structurée, destinée à régler les problèmes rencontrés par les entreprises du BTP.
Son intérêt tient à son organisation. Elle prévoit une méthode, un calendrier et une répartition explicite des responsabilités. Les acteurs concernés peuvent donc savoir qui doit intervenir, à quel moment et sur quels dossiers.
Pour Tony Morvan, vice-président de l’UDE-MEDEF Guadeloupe, ce cadre doit permettre de débloquer rapidement des fonds. Les sommes dues pourraient ainsi être réglées, donnant aux entreprises des signes concrets plutôt que de simples promesses.
Le préfet a également évoqué les stratégies engagées dans les domaines de l’eau et de l’assainissement. L’accélération des investissements attendus dans ces infrastructures pourrait représenter une bouffée d’oxygène pour le BTP.
À partir du lundi suivant cette réunion, les services de l’État et leurs partenaires doivent aussi mettre en place une cellule d’écoute. Elle sera destinée aux entreprises qui souffrent des conséquences de la crise et des dégradations.
Cette combinaison forme le socle de la réponse attendue : rétablir l’activité, sécuriser les entreprises fragiles, payer les sommes dues et relancer l’investissement public. Mais un dispositif administratif ne peut suffire sans participation de tous les acteurs du conflit.
Comment la démarche doit s’organiser sur le terrain
La méthode annoncée repose sur une progression en plusieurs étapes. Elle vise à traiter l’urgence économique tout en ouvrant un travail de fond sur les causes des mobilisations.
- Rétablir l’accès aux zones économiques. La levée des blocages doit permettre aux salariés, fournisseurs, clients et transporteurs de circuler de nouveau. Jarry constitue un point prioritaire compte tenu de son rôle industriel.
- Identifier les entreprises les plus exposées. La cellule d’écoute annoncée doit recueillir les difficultés liées aux pertes d’activité, aux dégradations et aux tensions de trésorerie.
- Activer la charte de la commande publique. Les responsables doivent appliquer le calendrier prévu et clarifier les responsabilités afin de faciliter le déblocage des financements.
- Régler les sommes dues. Le paiement des fonds attendus est essentiel pour donner de l’oxygène aux entreprises, notamment dans le secteur du BTP.
- Accélérer les investissements dans l’eau et l’assainissement. Ces chantiers doivent soutenir l’activité du BTP tout en répondant à des enjeux structurels pour le territoire.
- Créer un contact avec les manifestants. Une délégation doit se rapprocher du collectif Nou Las Palé et des responsables politiques pour engager un échange de fond.
Cette séquence montre que la réponse ne dépend pas d’un seul interlocuteur. L’État, les collectivités, les organisations patronales, les chambres consulaires et les représentants de la mobilisation doivent contribuer à la sortie de crise.
La CCI IG, la Chambre des métiers de la Guadeloupe, l’UDE-MEDEF Guadeloupe, la CGSS et la DRFIP ont chacun un rôle différent. Le défi consiste à transformer cette diversité d’institutions en coordination réelle.
Les travaux engagés le 23 octobre ne constituent donc pas une conclusion. D’autres rencontres sont prévues ou nécessaires, car les mesures économiques doivent être suivies dans le temps. Un détail demeure décisif : l’absence remarquée de certains acteurs du mouvement.
L’absence de Nou Las Palé complique la recherche d’un accord
Des membres du collectif Nou Las Palé, à l’origine de la grogne sociale, avaient été invités à la réunion. Parmi eux figurait José Gaddarkhan, président de la Fédération régionale du BTP.
Selon le préfet, aucun représentant invité du collectif n’était présent. Cette absence ne signifie pas que les revendications portées par la mobilisation sont ignorées. Au contraire, plusieurs responsables économiques estiment qu’elles rejoignent des préoccupations partagées.
Jean-Yves Ramassamy, premier vice-président de la Chambre des métiers de la Guadeloupe et président de l’Union des organisations professionnelles de la Guadeloupe, a souligné cette proximité. Les questions des charges sociales et fiscales, des carburants, de l’eau et des sargasses concernent depuis longtemps les professionnels comme les habitants.
La question des sargasses rappelle que les difficultés économiques de l’archipel ne proviennent pas seulement du conflit actuel. Les entreprises doivent aussi composer avec des contraintes récurrentes, logistiques, environnementales et financières.
Pour Jean-Yves Ramassamy, la réponse doit être construite collectivement et ne doit pas diviser les Guadeloupéens. Il s’est dit prêt à aller à la rencontre des manifestants et des responsables politiques. Toutefois, il ne s’agirait pas d’une initiative isolée.
Une délégation devrait prendre contact avec Nou Las Palé. Cette option vise à éviter un dialogue réduit à une personnalité ou à une institution. Elle donne aussi davantage de poids à la recherche d’un compromis durable.
Ce qu’il faut éviter pour que le dialogue produise des effets
Le premier risque serait de traiter la crise uniquement sous l’angle de l’ordre public. La circulation et la sécurité sont indispensables, mais elles ne règlent pas les revendications liées au coût des charges, aux carburants ou aux infrastructures.
Le second risque serait de multiplier les réunions sans mécanisme de suivi. La charte de la commande publique est justement attendue sur ce point, car elle fixe un calendrier et désigne des responsabilités.
Il faut aussi éviter d’opposer les commerçants, les artisans, les salariés et les manifestants. Les représentants présents ont insisté sur le fait que nombre de difficultés soulevées par le collectif sont déjà connues des secteurs professionnels.
Enfin, la relance ne pourra pas reposer uniquement sur les grandes annonces. Les entreprises attendent des accès rétablis, une écoute opérationnelle, des fonds débloqués et des paiements effectifs.
La sortie de crise dépendra donc de la capacité à faire coïncider les engagements publics et les réalités du terrain. La prochaine étape sera d’élargir le dialogue sans perdre de vue l’urgence économique.
En Guadeloupe, la réponse collective se dessine autour d’une méthode, d’investissements et d’une délégation vers Nou Las Palé. Son efficacité se mesurera désormais à un critère simple : le retour concret de l’activité pour les entreprises et la population.




