Des plafonds qui s’effritent au-dessus des brosses à dents, de l’eau qui traverse les murs et une baie vitrée qui menace de sortir de ses rails. À Marigot, plusieurs familles décrivent un quotidien où chaque averse, mais pas seulement, peut aggraver les dégâts.
Derrière des façades récemment repeintes, les habitants disent se heurter à des demandes sans réponse. Leur colère vise leur bailleur social, qu’ils accusent de percevoir les loyers sans engager les travaux attendus.
À Marigot, des résidences qui semblent entretenues de l’extérieur
La résidence Santa Monica se situe sur les hauteurs de Marigot, à Saint-Martin. Construite à la fin des années 1980 par la Société immobilière de la Guadeloupe, la SIG, elle comprend 12 petits immeubles.
Vu depuis la rue, l’ensemble paraît correctement suivi. Les peintures extérieures ont été refaites récemment. Pourtant, plusieurs locataires affirment que cette apparence ne reflète pas l’état réel des appartements.
Ils évoquent des murs et plafonds fissurés par l’humidité, des infiltrations récurrentes, des moisissures et des installations dégradées. Certains équipements sont aussi considérés comme dangereux par les occupants.
Les témoignages se recoupent à Santa Monica et dans la résidence Beverly, également propriété de la SIG. Selon les habitants rencontrés, le problème ne relève donc pas d’un incident isolé.
Dans ce contexte, la question ne concerne pas uniquement l’esthétique d’un logement. L’humidité persistante, les fuites et les éléments instables peuvent affecter la sécurité, la santé et la vie familiale. Mais les situations rapportées montrent surtout que les dégâts durent malgré les signalements.
Ce que dénoncent les locataires de la SIG à Saint-Martin
À Santa Monica, Nadia Agapé montre des portions de murs et de plafonds qu’elle avait repeintes elle-même en juin 2026. Quatre mois plus tard, des marques brunâtres d’humidité sont déjà revenues dans une chambre et dans la salle de bains.
Pour cette locataire, l’eau semble traverser la maçonnerie même lorsqu’il ne pleut pas. Repeindre ne règle donc pas la cause du problème. Cela ne fait que masquer temporairement les traces visibles.
Marlène Catiche, originaire de La Réunion et installée depuis longtemps à Saint-Martin, explique que ses difficultés ont commencé après l’ouragan Irma. Son appartement aurait été fortement endommagé par le passage du cyclone, puis pillé durant cette période de désorganisation.
Elle estime que son logement n’a pas été entièrement rénové après ces événements. Malgré des réparations réalisées de sa propre initiative, les infiltrations continueraient. Elle rapporte des visites répétées d’experts et des prises en compte annoncées par la SIG, sans intervention concrète selon elle.
Arrivée dans le logement en 2008, Marlène Catiche affirme qu’un seul coup de peinture a été réalisé à l’intérieur depuis son installation. Elle décrit désormais des fuites dans plusieurs pièces et envisage de ne plus verser directement son loyer. Son intention serait de le consigner auprès d’un huissier, dans l’attente d’une réaction du bailleur.
Quelques dizaines de mètres plus loin, dans la résidence Beverly, le même sentiment d’abandon est exprimé. Les récits deviennent alors très concrets et soulèvent des inquiétudes immédiates pour les familles.
Infiltrations, plafonds abîmés et risques pour les enfants
Tasha Georges vit à Beverly. Elle explique que de l’eau s’écoulerait dans son appartement lorsque les voisins du dessus nettoient le leur. Cette situation laisse supposer un problème d’étanchéité ou de canalisation entre les logements, même si son origine précise n’est pas établie dans les témoignages.
Elle s’inquiète aussi d’une baie vitrée devenue instable. Selon son récit, elle sortirait de ses rails lorsqu’on la manipule et aurait failli tomber à plusieurs reprises sur le téléviseur.
La locataire vit avec un enfant de 7 ans. Elle dit devoir surveiller ses déplacements près de cette ouverture, par crainte d’un accident. Une menuiserie qui se désolidarise de son rail n’est plus une simple gêne d’usage.
Larissa Miller-Mathurin, son mari et leurs enfants occupent un autre appartement de Beverly depuis 2015. Chez eux, des particules de peinture tomberaient du plafond lorsqu’ils se brossent les dents ou prennent une douche.
L’humidité détériorerait la peinture dans la salle d’eau. Les enfants de la famille sont asthmatiques, ce qui renforce l’inquiétude des parents face à un environnement marqué par l’humidité et les dégradations.
Larissa Miller-Mathurin rapporte également être tombée plusieurs fois dans la douche. Des flaques se formeraient au pied de la vasque, créant un risque de glissade. Ces éléments expliquent pourquoi certains locataires envisagent désormais des démarches plus formelles.
Les démarches déjà engagées par les habitants
Les occupants concernés affirment avoir essayé plusieurs moyens pour alerter la SIG. Ils disent avoir téléphoné, écrit, effectué des déplacements et demandé des interventions à de nombreuses reprises.
Nadia Agapé indique notamment avoir envoyé des dizaines de lettres recommandées avec accusé de réception. Ces courriers couvriraient une période allant de 2019 à septembre 2026, sans résultat concret à ses yeux.
Elle explique aussi avoir reçu un courrier annonçant le passage de personnes à partir du 27 août. En octobre 2026, elle assure qu’aucune visite annoncée n’avait encore débouché sur des travaux.
Les locataires décrivent un parcours administratif difficile. Lorsqu’ils contacteraient la SIG, ils seraient renvoyés vers la SIG Guadeloupe. Celle-ci leur indiquerait que le message serait transmis à Monsieur Edmond, ou leur demanderait de s’adresser à lui directement.
Monsieur Edmond est présenté comme le représentant de la SIG à Saint-Martin. Son bureau se trouve dans l’enceinte même de la résidence Santa Monica. Lors d’une tentative de rencontre, il était absent.
La direction de la SIG en Guadeloupe a également été sollicitée. Cette démarche n’aurait pas permis d’obtenir davantage de réponses, selon les informations rapportées. Face à cette impasse, certains résidents se déclarent prêts à saisir la justice. Reste à constituer des dossiers aussi précis que possible.
Comment documenter un logement dégradé avant toute action
Lorsqu’un logement présente des désordres répétés, la preuve est essentielle. Les occupants ont intérêt à conserver les courriers, les accusés de réception et toute réponse reçue du bailleur.
Les photographies et vidéos datées peuvent aussi montrer l’évolution des infiltrations. Il est utile de photographier les taches sur les murs, la peinture qui se détache, les flaques d’eau, les fissures ou une fenêtre instable.
- Conserver chaque lettre recommandée et son accusé de réception.
- Noter les dates d’appels, de visites et les noms des interlocuteurs.
- Photographier régulièrement les mêmes zones pour montrer la progression des dégâts.
- Signaler rapidement les risques de chute, de glissade ou de blessure.
- Garder les factures des réparations réalisées à titre personnel.
Dans une situation de désaccord, il est prudent de demander un avis juridique ou de se rapprocher d’un organisme compétent avant toute décision sur le paiement du loyer. La consignation évoquée par Marlène Catiche ne doit pas être confondue avec un arrêt unilatéral des versements.
Pour les familles de Santa Monica et Beverly, l’enjeu est désormais de faire reconnaître l’urgence des travaux, sans perdre la trace des nombreuses alertes déjà envoyées.
Ce qu’il faut éviter lorsque les travaux tardent
Le premier piège consiste à se contenter d’un échange oral. Un appel téléphonique peut être utile, mais un courrier daté laisse une trace vérifiable. Les habitants de Marigot disent justement avoir multiplié les tentatives de contact sans obtenir de solution durable.
Le second consiste à repeindre sans traiter l’origine d’une infiltration. Le cas de Nadia Agapé l’illustre : les marques d’humidité sont revenues quatre mois après ses travaux réalisés en juin.
Enfin, un danger immédiat ne doit pas être banalisé. Une baie vitrée qui sort de ses rails, de l’eau au sol dans une salle de bains ou des matériaux qui tombent d’un plafond exigent une vigilance particulière, surtout en présence d’enfants.
Publié le 13 octobre 2026, ce dossier met en lumière des situations que les locataires jugent insoutenables. À Santa Monica comme à Beverly, ils attendent désormais des réponses et des réparations à la hauteur des désordres signalés.




